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Toronto: victoire facile de John Tory face à Jennifer Keesmaat

TORONTO – Les Torontois pouvaient choisir entre le changement audacieux proposé par Jennifer Keesmaat ou encore, la continuité incarnée par John Tory. Malgré les critiques contre son administration, le maire sortant a pu obtenir un second mandat, après une campagne marquée par la réduction forcée du conseil municipal par Doug Ford.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Il n’aura fallu qu’une dizaine de minutes pour que tout soit joué. Vers 20h20, John Tory amassait 347 123 votes contre 127 820 pour sa principale adversaire. Le coup fatal était déjà donné, le sort en était jeté dans la Ville reine. Quelques instants plus tard, Jennifer Keesmaat concédait la victoire.

Au terme de la soirée, John Tory remportait la victoire avec 63,5 % du vote, alors que sa principale adversaire récoltait 23,56 %. La candidate d’extrême droite Faith Goldy, écartée de tous les débats, a pu convaincre 3,4 % des Torontois. L’avocate Saron Gebresellassi, considérée comme la révélation de la campagne, la suit avec 2 % des votes.

John Tory a fait un plaidoyer pour l’inclusion dans son discours de victoire. «Le cœur de Toronto et la Tour CN semblent bien loin pour bien des gens. Il faut qu’on s’entraide plus, qu’on se rapproche», a-t-il lancé. M. Tory a indiqué qu’il ferait de la lutte au chômage chez les jeunes des minorités ethniques l’une de ses priorités. «Les racistes n’ont pas leur place dans cette ville!», a-t-il poursuivi.

Quant à la crise du logement qui empêche des milliers de familles de pouvoir même imaginer vivre à Toronto, il a promis de rendre la vie plus abordable. «Peu importe votre classe sociale, vous pourrez vivre à Toronto», a-t-il promis. Alors que le prix d’un logement d’une chambre à coucher est en moyenne de 2 000 $ dans la Ville reine, plusieurs se feront une fierté de ressortir cette citation dans l’éventualité où il ne la remplirait pas.

John Tory a dit quelques mots en français lors de son discours de victoire. En 2014, il avait débuté son discours dans la langue de Molière, ce qui avait provoqué de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.

Dans son discours de défaite, Jennifer Keesmaat a pour sa part affirmé qu’elle saluait John Tory et lui souhaitait tout le succès que tous les Torontois méritent. «Il faut un meilleur réseau de transport, des rues plus sécuritaires et un jour, on va se débarrasser du monstre qui défigure les berges de Toronto», a-t-elle lancé en référence à l’autoroute Gardiner.

 

Doug Ford s’invite dans la campagne

Le début de campagne électorale a été marqué par une crise municipale jamais vue. Le premier ministre ontarien, Doug Ford, a forcé la réduction du conseil municipal de 47 à 25 élus, menaçant même d’utiliser la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés pour y parvenir.

John Tory a affirmé tout au long de la campagne ne pas avoir coupé les ponts avec le premier ministre ontarien. Si certains ont accusé le maire sortant de Toronto d’avoir fait preuve de lâcheté, M. Tory a utilisé sa retenue comme arme politique. Au contraire, son adversaire Jennifer Keesmaat a martelé qu’elle aurait haussé le ton face à Ford et qu’elle n’allait pas en laisser passer une si elle devait être couronnée à la tête de la Ville reine.

En entrevue avec #ONfr, Jennifer Keesmaat ne cachait pas son plaisir d’être comparée à Valérie Plante, qui avait un an plus tôt réussi à déloger le maire de Montréal, Denis Coderre. Les deux se battent contre «l’establishment politique», une référence aux politiciens d’expérience qui favorisent l’immobilisme au niveau de la vision, précisait-elle. Mme Keesmaat a fait campagne en partageant une vision d’un Toronto plus vert, plus sécuritaire pour les piétons et cyclistes, ainsi qu’une Ville où il en coûte moins cher vivre.

Quelques instants avant la défaite de Mme Keesmaat, l’un de ses conseillers Chris Ball affirmait qu’elle avait fait face à deux difficultés pendant la course. D’abord, le refus de John Tory de débattre en face à face avec elle a empêché Mme Keesmaat de véritablement confronter sa vision avec celle du maire sortant, selon lui. Puis, la crise de la réduction du conseil municipal a occupé une partie importante de la campagne, empêchant d’approfondir l’ensemble des enjeux, a-t-il ajouté.

 

Surprises chez les conseillers municipaux

Chez les conseillers municipaux, la soirée a été marquée par plusieurs surprises. Norm Kelly, le conseiller le plus âgé de la Ville reine, a été battu dans Scarborough-Agincourt par Jim Karygiannis. Il était le président du comité consultatif francophone et se proclamait « l’ami des francophones » de Toronto. Il appuyait fortement le projet d’Université de l’Ontario français.

Le conseiller municipal Norm Kelly a appuyé sans équivoque le projet d’université francophone Crédit image: gracieuseté

Autre surprise: la défaite de Giorgio Mammoliti. Le conseiller municipal reconnu de droite était un proche du premier ministre Doug Ford. M. Mammoliti était d’ailleurs en faveur de la réduction de la taille du conseil municipal de Toronto. Finalement, les changements à la carte électorale semblent avoir provoqué sa perte.

Dans Etobicoke Nord, Michael Ford, le neveu du premier ministre Doug Ford, a cependant été réélu. Un résultat prévisible dans ce qui est considéré comme un château fort de la famille Ford depuis des décennies.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.