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Joly devient ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie

La ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly. Crédit image: Benjamin Vachet

OTTAWA – Critiqué pour avoir supprimé les langues officielles du titre de ministre du Patrimoine canadien en octobre 2015, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé la nomination de Mélanie Joly comme ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, ce mercredi, lors d’un remaniement ministériel. Un changement qui suscite de nombreuses questions.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Après avoir piloté l’élaboration du plan d’action pour les langues officielles 2018-2023, Mme Joly poursuivra son travail sur le dossier des langues officielles. Elle perd toutefois une grande partie de ses responsabilités, puisque Pablo Rodriguez la remplacera comme ministre du Patrimoine canadien, rebaptisé ministère du Patrimoine canadien et du Multiculturalisme.

«Je suis fière de ce que j’ai fait au ministère du Patrimoine canadien depuis 2015. Je suis prête pour un nouveau défi et contente de cette opportunité d’avoir un ministère économique et international», a-t-elle commenté, assurant que le dossier des langues officielles reste «entre de bonnes mains».

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau. Crédit image: Benjamin Vachet

Le premier ministre Justin Trudeau a refusé de parler de rétrogradation.

«Le tourisme est un secteur important de notre économie, c’est essentiel pour créer des milliers d’emplois. C’est un portefeuille très important», a-t-il commenté, omettant au passage de parler des langues officielles.

Mais pour la politologue de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne et les politiques publiques de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal, il ne fait aucun doute que Mme Joly a payé ses mauvaises performances, notamment sur la question de la taxe Netflix et de la modernisation de la Loi sur les droits d’auteurs.

«Au niveau des langues officielles, c’est différent, car personne ne dit qu’elle a échoué, même si elle ne maîtrise pas bien le dossier et témoigne d’une vision très québécoise des langues officielles. Son plan d’action a été assez bien accueilli.»


«On ne veut pas que les langues officielles subissent le même sort que Mélanie Joly, à savoir une rétrogradation» – François Choquette, député NPD


Le politologue Martin Normand voit le ministère de Mme Joly comme un «prix de compensation» et une manière de ne pas se mettre à dos le Québec à plus d’un an des élections.

«On a bricolé quelque chose et ce qui me dérange, c’est que cela semble réduire la promotion des langues officielles au folklore. Le tourisme, c’est important, mais on ne peut jumeler tout le temps les langues officielles avec.»

 

Un recul pour les langues officielles?

Mais même si M. Rodriguez a assuré que les Langues officielles seraient désormais uniquement sous la responsabilité de Mme Joly, la Loi sur les langues officielles dit le contraire, en nommant responsables le Secrétariat du Conseil du Trésor et Patrimoine canadien.

«Il y a une importante question de gouvernance qui est posée. Dans la Loi, c’est Patrimoine canadien, qui est responsable des enveloppes. Est-ce que ça veut dire que pour chaque décision, Mme Joly devra faire valider par M. Rodriguez?», dit M. Normand, soulignant également l’ordre de l’intitulé du ministère, qui relègue les langues officielles au second plan.


«Mettre la Francophonie avec les Langues officielles, on peut le comprendre. Mais y ajouter le Tourisme donne l’impression d’un ministère pêle-mêle» – Linda Cardinal, politologue


S’il reconnaît avoir été agréablement surpris de la création d’un ministère de prime abord, le porte-parole du Parti conservateur du Canada (PCC) en matière de langues officielles, Alupa Clarke, se dit inquiet.

«On passe d’un ministère central, Patrimoine canadien, à un ministère d’État. C’est un recul pour les langues officielles, Mme Joly aura encore moins de pouvoir. Cela crée encore plus de division alors qu’il faudrait davantage de centralisation. En ajoutant «multiculturalisme» à Patrimoine canadien, le gouvernement libéral démontre où se situent ses priorités et les langues officielles n’en font clairement pas partie.»

L’inquiétude domine également du côté de François Choquette, du Nouveau Parti démocratique (NPD).

«C’est un coup de massue pour les langues officielles qui se retrouvent dans un portefeuille mineur. La responsabilité des langues officielles doit aller soit à Patrimoine canadien ou à une place encore plus importante pour lui donner une vitrine dans tous les ministères. Cela confirme ce qu’on a vu pendant trois ans, à savoir une action assez décousue, sans logique, malgré quelques bonnes actions.»

 

Dans l’attente des lettres de mandat

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada trouve positif que le portefeuille de la Francophonie soit combiné à celui des Langues officielles, y voyant des occasions pour le rayonnement de la francophonie canadienne à l’étranger. Mais elle s’interroge, elle aussi, sur le fonctionnement de ce nouveau ministère.

«De conférer à Mélanie Joly le titre de ministre des Langues officielles, ça peut être vu comme un message sur l’importance que le premier ministre accorde à ce dossier alors qu’il s’est engagé, il y a un mois, à moderniser la Loi sur les langues officielles. Cependant, l’infrastructure de gestion des langues officielles reste en principe à Patrimoine canadien, qui a un nouveau ministre. Dans le concret, comment tout cela s’organisera-t-il?», questionne le vice-président de la FCFA, Justin Johnson.

Beaucoup d’interrogations demeurent auxquelles les lettres de mandat, qui seront publiées dans le courant de l’été, pourront peut-être répondre.

 

Dernière mise à jour mercredi 18 juillet 2018 à 13h39.

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.