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Tout sera à rebâtir pour les Franco-Ontariens en 2019

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO), Carol Jolin. Archives #ONfr

[ANALYSE]

En 2017, le crépuscule du gouvernement libéral de Kathleen Wynne avait correspondu à quelques avancées pour les Franco-Ontariens. Reconnaissance du caractère bilingue de la Ville d’Ottawa, feu vert définitif pour l’Université de l’Ontario français ou encore, mise en place de nouvelles subventions pour les organismes, les francophones en avaient pour leurs bonbons.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Stratégie électoraliste? Sensibilité du gouvernement aux causes francophones? Probablement un peu des deux. Autant de bonnes intentions qui arrivaient un chouia trop tard, laissant planer une ombre sur ces nouveaux financements promis en cas d’arrivée au pouvoir d’un nouveau parti politique.

Le couperet est finalement tombé le 15 novembre dernier. Dans son énoncé économique, le nouveau gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford annulait le projet de l’Université de l’Ontario français, et tout aussi grave, supprimait le poste de commissaire aux services en français de François Boileau.

En quelques heures, les Franco-Ontariens rangeaient leur aspiration pour une refonte de la Loi sur les services en français, une immigration plus massive, pour se concentrer sur la sauvegarde de leurs propres acquis. Une situation ubuesque et jamais vue depuis la fermeture annoncée de l’Hôpital Montfort en 1997.

Les premiers cinq mois de collaboration entre les progressistes-conservateurs et les militants francophones avaient jusque-là étaient relativement neutres. L’engagement répété du gouvernement, le 23 juillet, sous forme d’un communiqué de presse, pour une université de langue française apparaissait alors comme un gage de sérieux. À la déception s’est donc ajouté pour les Franco-Ontariens un sentiment légitime de trahison.

 

Reconstruire une confiance avec le gouvernement

C’est dans ces conditions qu’à la veille du premier jour de l’année 2019, une relation de confiance est à rebâtir avec le gouvernement Ford. Face au premier ministre dont les décisions contestables sont adoubées par la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, il faudra s’armer de fermeté, mais aussi de patience et de persuasion.

Tout est surtout à rebâtir concernant les acquis. Comme en 1913, après le Règlement XVII, comme dans les années 70 avec les crises scolaires, et comme en 1997, les Franco-Ontariens sont mis encore au pied d’un mur. Et qu’ils s’appellent James Whitney, Mike Harris ou Doug Ford, ce mur représente toujours le gouvernement de leur propre province.

C’est en ce sens que l’année 2019 sera décisive pour les Franco-Ontariens. En l’absence d’une solution politique, la voie des tribunaux s’avère la solution plausible.

 

Doug Ford sur la même trajectoire?

Les manifestations impressionnantes du 1er décembre un peu partout dans la province n’ont pas fait reculer le gouvernement d’un iota. Mais gageons que la grogne des francophones aux quatre coins du pays pourrait freiner de nouvelles initiatives de Doug Ford pour s’en prendre aux institutions franco-ontariennes.

La volonté du chef conservateur Andrew Scheer de battre Justin Trudeau lors des élections fédérales cet automne pourrait, là encore, entrer dans l’équation «fordiste». M. Scheer a besoin de faire des gains au Québec, tout comme M. Ford a besoin de M. Scheer. Donc?

Au moment où s’achève 2018, on ne peut aussi passer sous silence ceux qui nous ont quittés au cours de l’année. À commencer par Gaétan Gervais, Michel Dupuis, Jacques De Courville Nicol, et même d’anciens élus conservateurs engagés à l’image de Royal Galipeau et Noble Villeneuve.

En compilant le thème de construction de l’identité franco-ontarienne chère à M. Gervais, et l’engagement ferme de tous les partis sans exception à la cause francophone, le drapeau vert et blanc pourrait flotter encore longtemps.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 31 décembre.

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Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
spierroz@tfo.org @sebpierroz

Natif d’Annecy dans les Alpes françaises, Sébastien Pierroz obtient une maîtrise d’histoire de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne en 2007. Après avoir travaillé pour Le Reflet dans l’Est ontarien, puis L’Express d’Ottawa, Sébastien rejoint l’équipe d’#ONfr au Groupe Média TFO en janvier 2015.