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Transformation du système de santé: les francophones retiennent leur souffle

TORONTO – Le thème de la santé dominera peut-être la rentrée législative à Queen’s Park. D’autant que la ministre de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario, Christine Elliott, s’apprête à déposer un projet de loi pour changer le visage du système de santé de la province. Du côté des francophones, on espère que cela se fera sans perte et fracas…

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

Trois mois après le déclenchement de la crise linguistique, les militants franco-ontariens sont aux aguets plus que jamais. Dans une lettre envoyée jeudi matin à Mme Elliott, l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) fait part des bons points, mais aussi des attentes du projet de loi.

Il y a deux semaines, le Nouveau Parti démocratique (NPD) avait laissé fuité une ébauche du projet de loi prêt à être déposé par Mme Elliott. Si le gouvernement progressiste-conservateur avait alors parlé d’un «brouillon», le document de travail a été manifestement scruté à la loupe par beaucoup.

Sans surprise, l’ébauche du projet de loi évoquait la disparition des 14 réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS), remplacés alors par une «Super Agence».

Des lignes qui n’inquiètent pas tellement l’AFO. «Nous sommes encouragés que le gouvernement de l’Ontario veuille conserver la structure des entités de planification de services de santé en français et veuille légiférer son lien avec la Super Agence. La Loi sur les services en français serait appliquée dans le plan provincial de votre ministère et par la Super Agence. Le Comité consultatif sur les services de santé en français serait reconduit», écrit l’AFO dans sa missive.

«il y a des possibilités à travers cette réforme», affirme le président de l’AFO, Carol Jolin, en entrevue pour #ONfr. «Le gouvernement est d’accord à ce que les entités continuent de faire le travail, ceci étant dit, on rejoint ce que la ministre aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, nous a dit le 25 septembre, à savoir que la livraison des services en français était importante.»

 

La question des entités de planification

S’il y a inquiétude avec les six entités de planification francophones, c’est que leur service est crucial. Ces six entités qui conseillent depuis 2010 les autorités régionales en matière de services en français pourraient tout de même être épargnés, malgré la disparition des RLISS.

«C’est un optimisme avec réserve, on n’a pas vu le projet de loi, ni les nouveaux règlements», laisse entendre Gilles Marchildon, directeur de l’organisme Reflet Salvéo, l’une justement des six entités de planification. «Mais si on se fie à la première lecture de l’ébauche, je suis certainement rassuré car j’ai vu une mention explicite aux entités de planification dans le document.»

Gilles Marchildon, directeur général de l’organisme Reflet Salvéo. Archives #ONfr

Reste qu’en cas de création d’une Super Agence, le rôle des entités évoluerait considérablement. «Il faudrait identifier qui serait notre interlocuteur dans le système de santé. La Super Agence? On anticipe aussi la création de structures locales capables de donner directement des services.»

L’argument de conserver les entités est même monétaire pour M. Marchildon. «Cela éviterait pour les patients francophones des risques d’hospitalisation, de dégradation de la santé, parce qu’il n’y aurait pas eu une communication optimale à la base. Cela représente des coûts pour le système. Il y a des bénéfices qui en découlent.»

 

Autres défis

Malgré le ton positif, l’AFO fait tout de même part de quelques doléances au gouvernement. En premier lieu «clarifier légalement le mandat et la gouvernance communautaire des entités afin d’en faire un partenaire d’égal à égal avec les instances décisionnelles provinciales», par ailleurs, s’assurer que les «organismes prestataires de services et qui sont désignés, en voie de l’être et identifiés, conservent la désignation».

Enfin, l’AFO recommande aussi au gouvernement d’explorer le «virage numérique, car plusieurs d’entre eux vivant dans des régions non désignées ou éloignées n’ont pas accès à des services de santé en français».

En entrevue, M. Jolin va plus loin. «Il faut protéger les acquis. On sait que dans le domaine de la santé, quand des gens sont malades, t’as beau avoir parlé anglais toute ta vie, une fois en souffrance, la première langue devient la langue de communication.»

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