Le Sentier récréatif Prescott-Russell s'étend sur 72 km à travers les paysages ruraux de l'Est ontarien, attirant une clientèle cyclotouristique en forte croissance. Photo : Gracieuseté du Sentier de Prescott-Russell
Société

Un bilan record de fréquentation pour le Sentier Prescott-Russell

Le Sentier récréatif Prescott-Russell s'étend sur 72 km à travers les paysages ruraux de l'Est ontarien, attirant une clientèle cyclotouristique en forte croissance. Photo : Gracieuseté du Sentier de Prescott-Russell

ALFRED ET PLANTAGENET — Présenté mardi soir devant le conseil municipal local, le bilan annuel du Sentier récréatif Prescott-Russell dresse le portrait d’une année 2025 exceptionnelle. L’organisme, qui souffle ses 20 bougies, a franchi un sommet historique d’achalandage malgré les secousses financières causées par une météo extrême. 

« C’est notre meilleure année à ce jour », confirme d’emblée le directeur général du sentier, Éric Collard. Plus de 120 000 passages ont été comptabilisés l’an dernier sur l’ensemble du réseau de 72 kilomètres, marquant une hausse à deux chiffres comparativement à 2024. 

« C’est un sentier sécuritaire et dédié. Les cyclistes, surtout ceux qui font de la longue randonnée, aiment ça parce qu’ils n’ont pas peur de se faire frapper par une auto. Dans la section rurale, c’est le fun : vous avez de l’air frais, des champs, des arbres et parfois même des animaux ou des vaches. C’est beaucoup plus agréable que de rouler sur le bord d’une autoroute », explique-t-il.

Pour arriver à mesurer ces données, l’organisme a complètement modernisé sa méthodologie. Auparavant, le calcul reposait sur de simples compteurs physiques fixes installés à seulement deux pavillons. Désormais, il utilise un logiciel d’analyse spatiale qui capte et comptabilise anonymement les signaux des téléphones cellulaires présents sur la piste.

« Ça nous donne une meilleure approximation des visites », souligne M. Collard, précisant que cette technologie permet de mieux évaluer les trajets continus et la provenance exacte des visiteurs.

Le créneau francophone attire la clientèle québécoise

Raccordé au réseau du Sentier transcanadien depuis trois ans, le réseau s’impose comme un moteur économique majeur pour la région, attirant des usagers en provenance de l’Ouest canadien, des États-Unis, d’Ottawa et de Montréal, mais aussi une forte proportion de Québécois.

« Il y a beaucoup de monde, notamment quand je vais au Québec faire des présentations, qui ne sait pas que Prescott-Russell est une région très francophone. Les Québécois aiment vraiment venir ici pour parler français, avoir des services en français et vivre la culture canadienne-française », soulève M. Collard.

L’organisme fonde d’ailleurs de grands espoirs sur le rapport de Destination Canada publié en décembre 2025, une étude d’un quart de million de dollars à laquelle il a participé, visant à faire du corridor Prescott-Russell/Montérégie une destination cyclotouristique reconnue mondialement.

Le directeur général Éric Collard se réjouit de l’essor du Sentier Prescott-Russell, dont la portée numérique s’envole avec plus de 18 000 visiteurs web et 2800 abonnés Facebook. Photo : Gracieuseté d’Éric Collard

Gros chantiers à Alfred-Plantagenet et Bourget

Pour soutenir cette expansion, l’organisme indique avoir investi plus de 1 million de dollars dans l’amélioration de ses infrastructures au cours des quatre dernières années.

Actuellement, le grand chantier de l’été se déroule précisément dans le canton d’Alfred et Plantagenet : la réfection du pont de Plantagenet. 

Cette structure imposante de 320 pieds (qui soutenait autrefois les trains dans les années 1970) voit son tablier entièrement resurfacé en bois de pruche sur mesure. Les travaux, menés en partenariat avec le club de motoneige local et le Sentier transcanadien, doivent se terminer d’ici la fin août.

Autre projet phare : la gare historique de Bourget (datant de 1890), dont la réouverture est prévue en 2026. 

« Ça va être notre premier attrait direct sur le sentier. En ce moment, on a plusieurs attraits dans la région, mais il faut sortir du sentier pour aller les voir. Ça va être le fun de pouvoir s’arrêter directement sur le sentier, ou juste à côté, on parle de 10 pieds du sentier, pour prendre un café, un sandwich, une bière, une crème glacée ou aller aux toilettes. Ça va vraiment pouvoir attirer plus de monde pour une marche, du vélo et même l’hiver pour la motoneige. » 

La facture salée de la météo extrême

Ce bilan positif est toutefois assombri par la multiplication des événements météorologiques violents qui s’enchaînent sans répit depuis quatre ans.

L’organisme dit subir un véritable contrecoup climatique : après les ravages du derecho de 2022 qui a terrassé des centaines d’arbres, la tempête de verglas de 2023 et le passage d’une quasi-tornade en 2024, c’est une sécheresse historique qui aurait frappé le secteur en 2025.

Celui qui est en poste depuis quatre ans explique que sur certains tronçons, notamment du côté d’Alfred et Plantagenet où le couvert forestier est plus clairsemé en bordure de piste, le sol s’est complètement asséché. Cette déshydratation extrême de la terre a provoqué d’importantes et profondes crevasses sur la surface du sentier.

« Ça fait quatre ans qu’on a des événements climatiques qui ne nous aident pas », a déploré Éric Collard. Les seuls travaux de colmatage et de réparation de ces crevasses ont entraîné une facture de plus de 10 000 dollars l’an dernier, une somme estimée colossale pour le budget restreint de cet OSBL. 

L’équipe espère un répit météorologique cet été pour réussir à rattraper son retard dans l’entretien général de ses 72 kilomètres d’infrastructures.

L’ombre du projet Alto

En plus des aléas climatiques, l’équipe du sentier scrute avec anxiété l’évolution du projet de train à grande fréquence (TGF) Alto. 

Le corridor récréatif de 72 km se trouve intégralement dans la bande d’étude de 10 kilomètres ciblée par les promoteurs du tracé.

« La pire chose, c’est qu’on a plein de questions, mais pas beaucoup de réponses », déplore le directeur général. Est-ce qu’on va être affectés de manière minime ou majeure? Ça se peut qu’on perde tout le sentier. »

 Les prochaines annonces d’Alto concernant le tracé exact sont attendues à l’automne 2026.