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Un bilinguisme à oublier pour la PPO à Hearst

Temps de lecture : 3 minutes

HEARST – Vu comme une lueur d’espoir pour la communauté de Hearst il y a quelques années, le projet d’un poste de police provinciale bilingue à Hearst tombe à l’eau. La Ville se dit dans l’incapacité de faire bouger les choses alors qu’elle se bute une fois de plus à la barrière de la langue.

Cette idée avait germé en 2016 dans la ville du Nord de l’Ontario, après que la ville de Hawkesbury, dans l’Est ontarien, eut obtenu un détachement de la Police provinciale de l’Ontario (PPO) en 2012. Ce détachement oblige le bilinguisme comme critère d’embauche pour tout employé du bureau de police de la ville de quelque 10 000 habitants.

Le maire de Hearst avoue que la situation n’a pas beaucoup changé depuis deux ans et craint que le tout sombre dans l’oubli.

« C’est quelque chose qu’on se bat tous les jours et je vais être honnête, on n’avance pas, on a pris du recul au niveau du bilinguisme avec la police. C’est frustrant, car celui qui est responsable de la police provinciale dans le Nord est un anglophone et ce n’est pas une mauvaise personne, mais on se fait dire qu’il n’y a pas de francophones qui appliquent pour ces emplois-là », explique Roger Sigouin.

Le manque de policiers bilingues est un argument qui avait aussi été présenté, il y a quelques années au conseil municipal.

« Combien de recrues de Hearst font la demande pour la police provinciale ? On peut imaginer que ce nombre-là est déjà très petit, donc le défi est plus là », croit Bert Lapalme, ancien policier et coordonnateur du programme de Techniques de service policiers au Collège Boréal.

Pour ce dernier, le problème est moins pire qu’il y a une quinzaine d’années où il était policier à Sudbury.

« C’est moins un problème, car les jeunes recrues ont l’occasion de se rapprocher de chez eux. Aujourd’hui, quand quelqu’un fait sa demande à la police provinciale, on leur demande déjà trois à cinq endroits où il préférerait travailler. Donc, il y a beaucoup plus d’efforts pour rapprocher une jeune recrue d’où il vient. On ne garantit pas qu’ils vont commencer dans leur ville natale, mais on les rapproche le plus possible. »

Le problème pas juste à Hearst

Les petites villes francophones dans le Nord de l’Ontario ou dans l’Est ontarien paient pour ce manque de main-d’œuvre bilingue, selon M. Lapalme.

« Combien de gens bilingues y a-t-il à la PPO pour dire : on envoie tous les francophones à Hearst. On ne connaît pas la banque de candidatures, alors définitivement ça devient un gros défi dans les petites villes. Ça doit être comme ça dans la région d’Ottawa aussi, quand on parle d’Embrun, Hawkesbury et St-Albert, il y a encore beaucoup de francophones, mais combien d’agents de police sont francophones dans ces coins-la ? Alors je peux voir un gros défi aussi dans l’Est ontarien. »

Aussi président de l’Association française des municipalités de l’Ontario (l’AMFO), Roger Sigouin est d’accord avec les propos de M. Lapalme.

« On est conscient qu’il faut se battre pour ça tous les jours, c’est un dossier prioritaire pour l’AMFO aussi. »

Le maire de Hearst, Roger Sigouin. Archives ONFR+

Le responsable du programme au Collège Boréal dit compter en moyenne sur 30 nouveaux visages chaque année, dont plusieurs intéressés à la PPO.

« On sait que les francophones sont intéressés pour faire leur demande avec eux. La PPO considère le bilinguisme comme un atout important. Nos étudiants qui sont du Nord, à Boréal, reviennent chez eux après avoir obtenu leur diplôme si les opportunités sont là. Par exemple, j’ai récemment eu un entretien avec la PPO concernant un ancien étudiant qui allait travailler dans sa région natale à Espanola », donne en exemple Bert Lapalme.

Un anglophone en charge

Pour le moment, le maire Roger Sigouin avoue ne pas pouvoir faire grand-chose dans le dossier.

« Ils ont engagé un anglophone et c’est lui qui est en charge en ce moment… Nos mains sont liées, quand on est à la table avec eux, on parle en anglais par respect, mais c’est frustrant. Dans le moment, c’est ça qu’on vit. Ce n’est pas contre l’individu qu’on se bat, c’est contre la grosse machine qui vient avec… On perd pas espoir, mais c’est un dossier où il faut faire de la pression à chaque fois auprès de la police provinciale. Il faut que ça passe ou ça casse, mais c’est pas évident. »

La PPO n’avait pas répondu aux demandes d’entrevues de ONFR+ au moment de publier cet article.

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