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Un élu de Hearst refuse de prêter serment à la reine: il perd son poste

Gaëtan Baillargeon a refusé de prêter serment à la Reine lors de son assermentation. Crédit image: Steve McInnis, journal Le Nord

HEARST – Gaëtan Baillargeon était sur le point de devenir le seul conseiller d’origine autochtone du conseil municipal de Hearst. Mais après avoir refusé de prêter serment à la reine, un symbole d’oppression des autochtones, selon lui, il a perdu son poste.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Le moment était solennel: le lundi 3 décembre en soirée, les élus de la dernière élection municipale se sont présentés dans la salle du conseil afin que la greffière procède à leur assermentation. Gaëtan Baillargeon s’est avancé tranquillement au lutrin. «J’aimerais demander au greffier de changer les mots du paragraphe 4, car ils sont en conflit avec ma vision des Premières nations du Canada et la reine», a-t-il laissé tomber.

«Puisqu’il n’existe aucune loi permettant de faire exception à un membre élu, comme greffière, je suis dans l’obligation de refuser votre déclaration modifiée. Si vous maintenez votre position de refuser de prêter allégeance à la reine, tel que prescrit par la province, cela signifie que vous renoncer à votre siège», a fait savoir la greffière de la Ville, ce à quoi le principal intéressé a acquiescé, résigné.

En entrevue avec #ONfr, le Franco-Ontarien d’origine autochtone explique sa décision. «Pour moi, la monarchie a été contre le peuple autochtone. Des traités ont été signés puis non respectés. Pire, ils ont eu un rôle à jouer dans les écoles résidentielles où m’a mère a été placée et a subi des mauvais traitements. Jamais je n’aurais prêté allégeance à une reine qui a été contre mon peuple», explique-t-il.

Celui qui a grandi sur la réserve autochtone de Constance Lake serait devenu, lundi soir, le premier élu autochtone du conseil municipal de Hearst, dit-il. Il aurait pu être une voix précieuse pour représenter l’ensemble des citoyens de la communauté, croit-il.

Avant la réunion du conseil municipal, il a discuté avec la greffière. «Je crois qu’il aurait été possible de m’accommoder. Mais il semble qu’au niveau municipal, la loi impose toujours ce serment à la reine en public, alors qu’aux autres niveaux gouvernementaux, il est possible de le faire en privé, par exemple. Là, on m’a dit qu’on ne pouvait rien modifier», confie-t-il avec déception.

«Les gens ont voté pour moi. Mais si c’est pour aller contre mes valeurs, lever ma main et ne rien dire, je ne veux pas être politicien. Quand on croit en certaines choses, on ne reste pas la bouche fermée», dit-il.

Gaëtan Baillargeon, alors candidat aux élections provinciales. Crédit image: Étienne Fortin-Gauthier

«Je ne veux pas faire un show avec ça. J’ai parlé à des intervenants des Premières nations et ils m’ont dit qu’en travaillant avec le greffier, on peut trouver une exception. J’aurais prêté allégeance au Canada et au peuple que je représente, donc le peuple de Hearst», précise-t-il.

Selon Gaëtan Baillargeon, tout n’est pas joué. «J’espère que quelque chose va arriver. Je veux représenter le peuple de Hearst, je pensais que finalement il y aurait une voix pour les autochtones au conseil. J’espère qu’on va amener ça plus haut et qu’il y aura des changements», lâche-t-il.

Gaëtan Baillargeon s’était aussi présenté comme candidat libéral à l’élection provinciale de juin. Il avait alors fait des enjeux autochtones un élément clé de sa campagne dans la nouvelle circonscription à majorité francophone de Mushkegowuk-Baie James.

Au Québec, les élus de Québec solidaire ont aussi refusé de prêter serment publiquement à la reine, lors de leur assermentation en novembre. Ils ont trouvé un stratagème pour contourner la chose: effectuer leur serment d’allégeance en cachette loin des caméras. La chef parlementaire de QS, Manon Massé, avait alors qualifié de «pas sérieux», «antidémocratique» «archaïque» le serment.

 

Le maire de Hearst souhaite une exception autochtone

Le maire de Hearst, Roger Sigouin, croit que des changements doivent être apportés au niveau législatif. «Je crois qu’il devrait y avoir une exception pour les autochtones. On nous dit de travailler avec les Premières nations, là on a un jeune qui veut siéger au conseil municipal. C’est triste de refuser quelqu’un de cette envergure à cause de règlement en place», dit-il.

Le maire avait déjà accordé certaines responsabilités au nouvel élu, soit les travaux publics et le développement économique. «Hier, tout le monde était sous le choc, c’était une douche froide. Aujourd’hui, on fait des recherches. C’est à la province de faire les changements nécessaires. Il n’est pas trop tard, mais il va falloir que le règlement soit changé», affirme M. Sigouin.

D’un point de vue légal, la greffière ne pouvait pas faire autrement, en soirée, selon lui. «La greffière a ses responsabilités. On lui a dit de ne pas toucher à ça, car elle pourrait être poursuivie, on doit respecter la loi», tranche le maire.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.