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Un projet d’autonomie régionale pour l’Acadie

SHÉDIAC – Le projet de l’Assemblée nationale de l’Acadie (ANA) vise à donner plus d’autonomie aux communautés acadienne et francophone de l’Atlantique. Une idée qui ne fait pas l’unanimité.

« Je suis inquiet pour l’état de la francophonie d’ici, comme d’en Ontario. On fête cette année les 50 ans de la Loi sur les langues officielles au Nouveau-Brunswick, une loi qui allait dans la bonne direction, mais quels en sont les résultats ? Les anglophones n’apprennent pas plus le français et on voit encore, comme nous l’a montré le dossier des Jeux de la Francophonie, que les décisions sont prises par la majorité anglophone. »

Raison pour laquelle l’ancien élu provincial libéral et ancien ombudsman du Nouveau-Brunswick, Bernard Richard, a accepté de coprésider la Commission sur la gouvernance en Acadie.


« Comme ministre et comme député, j’ai fait l’expérience des limites du pouvoir de l’Acadie » – Bernard Richard


Avec le professeur de droit de l’Université d’Ottawa, le constitutionnaliste, Pierre Foucher, ils auront la charge de veiller à la bonne direction du projet de l’ANA, initié l’été dernier. D’ici l’automne 2020, ils devront présenter un modèle de gouvernance régionale pour l’Acadie.

« Ça fait des années que les Acadiens réfléchissent à un modèle de gouvernance qui améliorerait leur qualité de vie », explique porte-parole du projet de l’ANA, Daniel LeBlanc.

Ce dernier raconte qu’à l’initiative de citoyens et après avoir consulté plusieurs organismes, le projet d’ANA a été créé afin de regrouper toutes les communautés francophone et acadienne du Nouveau-Brunswick, de Nouvelle-Écosse, de l’Ile du Prince-Édouard et de Terre-Neuve et Labrador autour d’une assemblée qui gérerait plusieurs responsabilités actuellement entre les mains des gouvernements provinciaux.

« Les frontières qui séparent le peuple acadien ont été décidées par la majorité », rappelle M. Richard. « Le régime politique actuel ne sert pas bien la minorité acadienne. Même pendant les quatre dernières années au Nouveau-Brunswick, alors que le gouvernement et ses ministres étaient majoritairement composés d’Acadiens, on a continué à reculer. Les provinces pourraient voir ça comme un accommodement raisonnable et réparateur. »


« Quand on a le pouvoir, on peut faire des choses, décider de notre avenir… On l’a vu en éducation. Il faut se permettre de rêver ! » – Bernard Richard


M. Foucher rappelle que de tels modèles existent.

« Ça fait longtemps que j’étudie la question de l’autonomie des minorités, aussi bien en Acadie que dans le monde. On trouve des modèles en Europe, en Afrique… Ici aussi, des communautés autochtones ont développé des sphères d’autonomie régionale et on veut les consulter. La communauté acadienne gère déjà ses conseils scolaires, il y a peut-être lieu d’élargir ça ! », analyse celui qui a vécu 30 ans en Acadie et qui compte y retourner s’installer.

Un projet qui divise

Mais le projet ne semble pas faire l’unanimité dans la communauté acadienne. Des organismes contactés par #ONfr ont décliné les demandes d’entrevue. Certains se disent mal à l’aise avec ce projet. Une réaction que l’on retrouve aussi sur les médias sociaux.

« L’art de diviser nos forces et d’épuiser nos maigres ressources et énergies. On est bon là-dedans en Acadie par moment… », écrit, par exemple, le directeur général de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick (AFMNB), Frédérick Dion.

L’avocat acadien spécialiste des droits linguistiques, Michel Doucet, s’interroge.

« D’où vient le mandat de cette « convention nationale de l’Acadie » ? Qui fait partie du conseil d’administration ? Qui a choisi les coprésidents ? Pourquoi un coprésident de l’extérieur de l’Acadie ? Je pose des questions et ne prends aucune position. »

M. LeBlanc juge que les organismes porte-paroles ont des mandats limités et qu’il faut pousser plus loin la réflexion. Mais pour M. Richard, le projet ne remet en cause ni leur pertinence ni leur travail.

« Il ne s’agit pas de remplacer les organismes porte-paroles qui font un très bon travail », explique l’ancien secrétaire général de la Société nationale de l’Acadie (SNA). « Mais je pense que ce que nous faisons est un exercice de réflexion nécessaire. »

Objectif 2020

D’ici l’automne 2020, la commission présidée par MM. Foucher et Richard présentera un modèle de gouvernance régionale, après avoir étudié la question plus en détail et interrogé la communauté acadienne, les Premières Nations et les communautés anglophones.

Des premières consultations publiques pourraient notamment avoir lieu cet été dans le cadre du Congrès Mondial Acadien.

« Il est encore trop tôt pour dire quelle forme cela prendra, mais le modèle que nous allons développer pourrait servir également les communautés francophones de l’Ontario ou de l’Ouest », pense M. LeBlanc.

Il souligne toutefois que ce projet ne s’inscrit pas en réaction aux crises linguistiques qui secouent le Nouveau-Brunswick et l’Ontario.

« Nous avions lancé le projet avant le résultat des élections et il existe depuis longtemps. Mais les défis actuels démontrent que même si la Loi sur les langues officielles au Nouveau-Brunswick prévoit la sauvegarde de la communauté acadienne, les résultats ne sont pas là ! »

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