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Un projet musical met en avant la singularité de la langue française de Windsor

Temps de lecture : 3 minutes

WHITEHORSE – La violoncelliste Jane Chan et le pianiste Nicolas Hyatt qui forment le duo « Parler bien » sortent ce vendredi un album francophone qui mélange musique de chambre, univers électro et voix francophones du Sud-Ouest ontarien. Au-delà de la nouveauté artistique, l’œuvre se veut un récit expérimental de la vie en contexte minoritaire linguistique. 

C’est depuis la capitale yukonnaise Whitehorse, loin de son Sud-Ouest natal que Nicolas Hyatt, francophone originaire de Belle-Rivière (Lakeshore), décoche ce vendredi un premier album, intitulé Histoires du comté d’Essex, entièrement en français.

Pianiste de formation, il s’est embarqué dans un projet singulier avec sa comparse Jane Chan, Albertaine francophile installée à Vancouver (Colombie-Britannique), dont le résultat final est désormais disponible en ligne et en vinyle.

Le duo a revisité des extraits vocaux collectés par Nicolas Hyatt au moment de son projet de maitrise portant sur l’analyse musicale de la langue, en les mariant avec une rythmique classique et électronique, essentiellement de la musique de chambre pour synthétiseurs, piano, violoncelle et batterie. Des voix de résidents franco-ontariens anonymes d’âge et d’horizons différents, tantôt naturelles, tantôt remixées, affichent la diversité linguistique du comté d’Essex.

La violoncelliste Jane Chan, membre du groupe « Parler bien », en studio. Gracieuseté

Le duo revendique un projet à la fois d’archivage et de création. La musique est un vecteur de transmission et de partage de la façon de parler et de vivre en français à Windsor et dans un contexte minoritaire et bilingue.

« On a une façon de parler assez spéciale dans le comté d’Essex et les gens ne connaissent pas notre réalité », confie le musicien. « À Montréal ou ailleurs, ils sont surpris de savoir qu’il y a des francophones en Ontario et font souvent des commentaires sur notre accent. On avait envie de mettre en avant cet accent, de créer une œuvre qui nous ressemble. C’est rare de trouver des pièces de musique avec le français de notre coin. »

Accent de Windsor : « On veut célébrer cette différence car c’est une richesse » – Nicolas Hyatt

Le nom du groupe formé en 2018, « Parler bien », est d’ailleurs un écho à la marginalisation de ce français local qui émergeait dans les entrevues conduites par Nicolas auprès des résidents.

« Les gens s’excusent souvent de ne pas parler aussi bien que d’autres francophones. Ils se font dire qu’ils font trop d’anglicismes ou que leurs tournures de phrase sont à l’envers et sonnent anglophones. C’est parfois à cause de ça qu’ils abandonnent le français », regrette-t-il.

« Le fait que la langue évolue, change, c’est la belle partie, et en même temps on doit être conscient de sa fragilité au contact de l’anglais. On veut célébrer cette différence, car c’est une richesse et on continuera à le faire dans notre deuxième album qui sera, cette fois, bilingue. »

L’album juxtapose des extraits vocaux en français à des sonorités classiques et digitales. Gracieuseté

Mais comment est perçu ce français de la minorité franco-ontarienne dans le Yukon et en Colombie-Britannique, autre milieu linguistiquement minoritaire ? « Ici, les gens ont une belle curiosité pour cette musique », se rend compte l’artiste franco-ontarien.

« Windsor et Whitehorse vivent deux réalités différentes. La francophonie de Windsor est ancienne, implantée depuis longtemps, mais moins nombreuse, autour de 4-5 %, constate Nicolas. « La francophonie de Whitehorse est plus récente, mais représente autour de 10-15 % de la population. J’y entends plus souvent le français dans mon quotidien. L’autre différence, c’est qu’il n’y a pas un accent à Whitehorse comme on peut le trouver à Windsor. Quand je reviens à Windsor, je sais que je suis à la maison. Mais ces deux francophonies partagent des enjeux liés à leur contexte minoritaire. »

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