Un sombre record de 85 000 sans-abri en Ontario
La crise de l’itinérance s’aggrave selon l’Association des municipalités de l’Ontario (AMO) qui a révélé les dernières données de 2025 : la province compte désormais 85 000 personnes sans-abri, soit une hausse de 8 % en un an, et de près de 50 % depuis 2021. Le sans-abrisme évoluerait également plus rapidement dans les communautés rurales et nordiques de l’Ontario. L’AMO réclame une action immédiate de la part du fédéral et du provincial.
L’association des municipalités de l’Ontario (AMO) a publié cette semaine son rapport de 2026, « Les municipalités sous pression, un an plus tard : mise à jour sur les coûts humains et financiers de la crise de l’itinérance en Ontario », des données actualisées sur l’itinérance en Ontario.
85 000 Ontariens étaient sans-abri en 2025, ce qui constitue une hausse de 8 % en un an, mais aussi une hausse vertigineuse de 50 % depuis 2021.
Autre phénomène relevé par ce nouveau rapport : la crise de l’itinérance progresse plus rapidement dans les communautés rurales et nordiques de l’Ontario. L’itinérance rurale a bondi de plus de 30 % l’an dernier, et de 37 % dans le Nord de l’Ontario.

Source : Rapport de l’AMO Municipalities Under Pressure One Year Later : An Update on the Human and Financial Cost of Ontario’s Homelessness Crisis, réalisé avec l’Ontario Municipal Social Services Association (OMSSA), la Northern Ontario Service Deliverers Association (NOSDA) et HelpSeeker Technologies
On y apprend également que les Ontariens demeurent en situation d’itinérance pour des périodes de plus en plus longues, plus de la moitié souffrant d’itinérance chronique, sans logement depuis au moins six mois, ou vivant des cycles répétés d’itinérance.
La liste d’attente pour un logement social s’est également allongée pour atteindre plus de 300 000 ménages.
« Personne en Ontario ne devrait accepter l’ampleur de l’itinérance décrite dans ce rapport, a déclaré Robin Jones, présidente de l’AMO. Notre rapport de 2025 indiquait clairement que la situation ne ferait qu’empirer à moins de s’attaquer aux causes profondes. Aujourd’hui, la situation est encore plus critique. Depuis janvier dernier, on compte 5000 sans-abri de plus en Ontario. Beaucoup d’autres sont à risque en raison de l’incertitude économique. »
Doug Ford recommande « une formation et un emploi bien rémunéré » aux sans-abri
En conférence de presse plus tôt cette semaine, Doug Ford a été interpellé par le journaliste Liam Casey (Presse canadienne) au sujet des fonds débloqués par la province qui ne parviennent pas à suivre la progression du nombre de personnes qui tombent dans l’itinérance.
« Nous investissons des centaines et des centaines de millions de dollars pour aider les sans-abri. La meilleure façon d’aider une personne itinérante, c’est de lui offrir une formation et un emploi bien rémunéré, et c’est ce que nous faisons », a répliqué le premier ministre ontarien.
« Nous avons formé 750 000 personnes jusqu’à présent. Je veux aider ces gens, et je sais qu’ils veulent pouvoir se remettre sur pied et louer un appartement ou un condo, ou éventuellement économiser assez d’argent pour en acheter un. Nous nous concentrons donc là-dessus et sur le développement économique. »
Réagissant au rapport de l’AMO ce jeudi par voie de communiqué, l’opposition officielle a imputé ces nouveaux chiffres au gouvernement Ford.
« Sous le gouvernement Ford, l’itinérance en Ontario a augmenté de près de 8 % en une seule année, et de près de 50 % depuis la pandémie, a déclaré Marit Stiles, la cheffe du NPD. Cette crise n’est pas apparue du jour au lendemain. On a laissé ce problème échapper à tout contrôle alors que les listes d’attente pour un logement s’allongent et que de plus en plus de personnes sont poussées vers les campements. »
« Les gens tombent dans l’itinérance plus rapidement qu’ils ne peuvent être logés, a affirmé Catherine McKenney, du NPD dans Ottawa-Centre et porte-parole en matière de Logement. Nous savons tous que démanteler et évacuer les campements ne règle rien. Les municipalités implorent de l’aide, les experts ont proposé des solutions, et le gouvernement refuse toujours d’agir à l’échelle requise. »
« L’itinérance est un échec politique, a conclu Stiles. Et c’est un échec que ce gouvernement doit enfin assumer en apportant des correctifs. »
Des appels à l’action de l’AMO
L’AMO prévient que le nombre de sans-abri en Ontario pourrait doubler d’ici 2035 pour atteindre près de 300 000 personnes en cas de ralentissement économique.
« Nous avons besoin que le gouvernement provincial exerce son leadership par des actions concrètes, soutenues par des investissements fédéraux, afin de protéger les individus, les communautés et notre prospérité collective », a exhorté la présidente de l’AMO. Nous pouvons résoudre cette crise, mais nous devons travailler ensemble. »
Si les investissements et efforts de la province pour gérer des campements sont soulignés, l’association décrie toutefois « des décennies de sous-investissement en logement abordable, en soutien au revenu et en santé mentale et dépendances », en plus des pressions économiques subies par les communautés.
Celle-ci estime que les municipalités font leurs parts en investissant dans les programmes de logement et de lutte contre l’itinérance (2 milliards de dollars en 2025), et que les gouvernements provincial et fédéral se doivent de prendre des mesures significatives pour éradiquer l’itinérance.
Parmi ses recommandations, l’AMO préconise le maintien du financement fédéral via la Stratégie nationale sur le logement pour préserver les programmes essentiels comme l’Allocation Canada-Ontario, et un investissement de 11 milliards de dollars sur 10 ans pour développer 75 000 unités de logements abordables avec services de soutien.
Elle estime qu’un investissement de 2 milliards de dollars supplémentaires sur huit ans est nécessaire pour s’assurer que les personnes vivant dans les campements soient relogées rapidement, ainsi qu’une collaboration accrue de tous les paliers gouvernementaux.