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Un troisième mandat crucial pour Carol Jolin

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

OTTAWA – La continuité encore à la tête de L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO). Réélu par acclamation il y a quelques jours, Carol Jolin entre, à partir d’aujourd’hui, dans son troisième et dernier mandat de président de l’organisme porte-parole des Franco-Ontariens.

L’assemblée générale annuelle qui se tient ce samedi marque la dernière étape des six jours du congrès annuel de l’AFO. Un événement réduit cette année aux rencontres par Zoom en raison des mesures de distanciation sociale.

Mais cette tranquillité n’est qu’apparente. Entre la crise linguistique, les tensions autour de l’Université de l’Ontario français (UOF), puis les soubresauts déclenchés par la pandémie, le second mandat de M. Jolin, commencé en octobre 2018, fut riche en rebondissements. Et les deux prochaines années seront décisives pour l’organisme.

Trois dossiers majeurs se profilent devant le président, épaulé par le directeur général, Peter Hominuk. D’abord, la refonte de la Loi sur les services en français. Le document de modernisation de cette loi présenté aux membres de l’AFO lors du congrès de 2019 exige entre autres le retour à l’indépendance pleine et entière du commissaire aux services en français.

Depuis l’an passé, l’AFO a considérablement amélioré sa relation avec la ministre des Affaires francophone, Caroline Mulroney, privilégiant la solution diplomatique à la voie des tribunaux comme envisagée dans un premier temps pour réparer les pots cassés de la crise linguistique.

Bien que le gouvernement conservateur ait offert aux Franco-Ontariens la reconnaissance de leur drapeau comme emblème provincial, et la mise en place des accents et cédilles sur le permis de conduire, Mme Mulroney n’a pas encore donné la garantie pleine et entière sur la refonte de la loi.

Le dossier de l’inclusion

L’autre dossier sur lequel M. Jolin ne doit pas échouer, c’est la capacité de l’AFO à inclure les Franco-Ontariens racialisés. Aux frustrations tenaces de la part de certains militants s’est ajouté le mouvement Black Lives Matter qui a remis au centre du jeu politique la question raciale.

Si l’AFO a semblé prendre le problème à bras le corps, des obstacles persistent : la lenteur du suivi des différentes consultations effectuées tout au long de l’année 2018, ou encore la difficulté de la Coalition des Noirs francophones de l’Ontario (CNFO) à s’ériger comme un organisme reconnu et fédérant tous les militants noirs et franco-ontariens.

Enfin, ces deux prochaines années devraient conduire Carol Jolin à venir au secours d’organismes affaiblis par la pandémie. Le président sera sollicité pour empêcher la disparition de dizaines d’associations déjà étranglées financièrement depuis des années.

Peu de candidats

Reste une ombre dans ce congrès 2020 : l’absence d’un adversaire à Carol Jolin pour la poste de président. Pour les quatre autres sièges à pourvoir au conseil d’administration, il n’y a pas eu de lutte non plus. Manque de relève ? Absence d’intérêt ? La pandémie a-t-elle eu raison des motivations ?

Tant mieux pour Carol Jolin, plébiscité par les membres de l’organisme, lui, qui n’a pas échappé aux critiques et quolibets sur les médias sociaux – une caisse de résonnance décidément bien trop forte -, parfois davantage sur son genre, son âge, et sa « blancheur » que ses arguments pour les francophones.

Mais l’organisme aurait gagné à connaître d’autres candidats, et Franco-Ontariens désireux d’apporter du sang neuf. Les changements importants démarrent souvent avec des élections synonymes de débats et d’argumentations. Une occasion perdue.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 24 octobre.

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