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Une année constrastée pour les librairies et maisons d’édition franco-ontariennes

Temps de lecture : 4 minutes

Une migration vers la vente virtuelle, des lancements de livres retardés, des ventes records et des fermetures répétitives, l’année pandémique aura été particulière dans le monde littéraire franco-ontarien. Pour les maisons d’édition et les librairies, l’année aura été marquée par des hauts pour certains et des bas pour d’autres.

Le retour du livre dans l’univers des gens aura été une des choses qui aura très certainement marqué l’imaginaire après près d’un an de pandémie.

« Parmi les loisirs du quotidien, c’est sûr que la lecture a repris une place qu’il y avait moins quand les gens avaient accès aux spectacles de musique et de théâtre. Le goût et l’intérêt pour la lecture seront toujours là. C’est sûr que cette année il y a un effet conjectural », lance Marc Haentjens, le directeur général des Éditions David.

Ce retour de la lecture dans le quotidien des gens a permis à certaines maisons de frapper des records. C’est le cas pour la maison d’édition franco-ontarienne Prise de parole qui a terminé l’année avec un record de ventes en librairie, selon son directeur général Stéphane Cormier.

Si le début du confinement en mars a eu un effet sévère sur les ventes, M. Cormier affirme que ça n’a pas paru à la fin.

« Assez rapidement, les ventes ont repris du poil de la bête, surtout les ventes en ligne et les ventes numériques. En mai, la vente a repris en vigueur et ça ne s’est jamais arrêté. En fait, les ventes de livres des éditeurs francophones en 2020 ont été assez bonnes », avance le codirecteur général de la maison d’édition sudburoise.

Ce dernier se dit sûr que cette vague pourra perdurer encore pendant quelque temps surtout avec de récents confinements au Québec et en Ontario.

« Les ventes en ligne sont stables et c’est assez tôt pour dire si ça va se maintenir pour le reste de l’année, mais je suis modérément optimiste pour 2021. »

Pour Marc Haentjens, le portrait aura été quelque peu différent pour les Éditions David. La non-tenue des salons du livre aura laissé un trou de près de 25 % dans les revenus de l’éditeur d’Ottawa.

« L’annulation des salons du livre a été assez pénalisante pour nous parce qu’on vend beaucoup de livres aux différents salons du livre. Notre dernier salon remonte à la fin mars au Salon du livre de l’Outaouais, l’an dernier. Depuis des salons ont été annulés, on n’a pas été à Montréal, à Québec et aux salons régionaux. Il y a eu des salons virtuels, mais il n’y avait pas de contexte de vente commerciale. Ce n’est pas pareil que d’être là en personne et de se promener en parlant avec les différents auteurs », explique M. Haentjens.

Auteurs avec plus de temps

Si la population a repris goût à la lecture en ayant plus de temps libre, les éditeurs ont remarqué que l’abondance de temps libre a aussi été positive pour les auteurs.

« Avec la pandémie, c’est vrai que les auteurs étaient beaucoup plus disponibles, alors le travail d’édition a été plus rapide ce qui fait qu’on a beaucoup avancé dans la préparation des manuscrits. D’un autre côté, certains auteurs ont été éprouvés par la pandémie, certains étaient moins inspirés et moins créatifs. Il y a eu des effets. Plusieurs étaient plus disponibles, mais certains n’avaient pas la création facile », soutien Marc Haentjens.

Malgré les difficultés engendrées, les auteurs ont su trouver le temps pour produire plus qu’à l’habitude, avance M. Cormier.

« On a reçu un bon volume de manuscrits. Un petit plus fort que d’habitude, rien qui est passé du simple au triple, mais c’est une année où on a reçu quand même beaucoup de propositions alors ça peut indiquer que des gens ont profité du contexte de la pandémie pour se mettre à l’ouvrage ou finir un manuscrit qui était en chantier. C’est sûr que comme maisons d’édition, on a été obligé de retenir certains titres en mai et en avril par exemple. On ne voulait pas faire paraître des titres qui auraient passé inaperçus, car on n’aurait pas pu les voir. »

Des confinements difficiles à la Librairie du Nord

À Hearst, à la Librairie du Nord, le propriétaire Omer Cantin avoue que les confinements, qui ont forcé la fermeture de sa librairie, lui ont fait baisser son chiffre d’affaires, mais pas de façon catastrophique. Il salue toutefois l’effort de la population depuis l’arrivée de la COVID-19.

« Les gens se sont forcés à faire des achats locaux. Je l’ai remarqué et les gens me l’ont dit aussi. Par exemple, une dame a appelé sa famille en leur disant d’aller acheter un livre à la Librairie du Nord, car ils en ont besoin. Les réactions des gens étaient géniales », admet le commerçant francophone.

Le propriétaire de la Librairie Le Nord, Omer Cantin. Archives ONFR+

Pour M. Cantin, l’arrivée en grande force de l’achat en ligne l’inquiète pour le futur des plus petites librairies comme la sienne.

« Il y a une pente qui a été prise et c’est tellement facile d’acheter en ligne. Les gens se sont habitués à acheter, et je pense que ça va rester au détriment de petits commerçants comme moi. C’est trop facile d’acheter des livres sur Amazon, Renaud Bray et Archambault et ces gros noms-là. Ce n’est pas nouveau, mais je crois qu’il y a encore plus de gens qui ont pris l’habitude de faire des achats en ligne », affirme le propriétaire du commerce de Hearst.

Pour ce dernier, c’est l’achat en ligne de livres usagés qui lui a permis de remplacer une partie des revenus perdus en raison des fermetures imposés par les mesures sanitaires de la province.

« Notre section des livres usagés a beaucoup marché, ça l’a quintuplé nos ventes dans ce secteur-là… On fait partie d’un réseau de libraires qui vendent des livres usagés et on vend partout dans le monde et ça l’a débloqué. Le monde était confiné partout sur la planète alors ça l’a débloqué. »

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