Une lueur d’espoir pour des municipalités du Nord dépendantes de la meurtrière Route 11
OPASATIKA – Une aire de repos pour véhicules devrait voir le jour en 2027 sur la Route 11 à Opasatika, une oasis vitale pour plusieurs municipalités du Nord. Le maire, Jacques Dorval, revient sur la tragédie de décembre 2025 qui a coûté la vie à une mère et ses deux filles. Plusieurs élus pointent du doigt la pénurie d’aménagements comme facteur aggravant et pressent le gouvernement d’agir face à l’insécurité routière chronique du Nord de l’Ontario.
Le projet initial, une station-service pour camions, a évolué pour devenir une infrastructure plus large destinée également au public et aux touristes. Bien que le site ait été approuvé, un terrain vacant entre la rivière et le bureau municipal, une confirmation écrite de la part de la province se fait encore attendre.
« On m’a dit que la date de construction envisagée était 2027, mais je n’ai eu aucun suivi », s’inquiète Jacques Dorval, le maire d’Opasatika.
Interrogé par ONFR, le ministère des Transports de l’Ontario a répondu que « la conception préliminaire et le choix du site sont presque terminés. Le projet passera ensuite à l’étape de la conception détaillée. »
Les estimations préliminaires des coûts sont en cours d’élaboration et dépendront du choix final du site ainsi que de l’ampleur des travaux, précise une porte-parole.
Le site proposé comprendrait des toilettes chauffées avec chasse d’eau accessibles à l’année, des espaces de stationnement pour les véhicules de tourisme et commerciaux, ainsi que de l’eau potable et le Wi-Fi.
« Des caractéristiques additionnelles incluraient une aire de pique-nique et un espace réservé à l’exercice des animaux de compagnie. De plus, la capacité du site à accueillir de futures infrastructures de recharge pour véhicules électriques sera examinée », ajoute le ministère.
Le projet accéléré à la suite d’un accident mortel
La nécessité d’une nouvelle aire de repos a été renforcée par un accident mortel près d’Opasatika, le 21 décembre dernier, une collision avec un camion semi-remorque ôtant la vie à trois des quatre membres d’une même famille, à bord du véhicule, la mère et les deux enfants.
En déplacement à la conférence annuelle de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (ROMA), M. Dorval a raconté à ONFR la mobilisation du village de moins de 300 habitants.
« Nous étions dans la salle des fêtes pour la fête de fin d’année quand on a reçu l’appel vers minuit. Nous avons fait les allers-retours sur les lieux de l’accident et jusqu’à 6h30 du matin nous étions sur place, à apporter des boissons chaudes et collations aux premiers répondants dans le froid. Des collègues de Kapuskasing sont venus nous prêter main-forte. »

« Pour le chef pompier qui est un ami, au moment de l’extraction, ça a été dur d’ouvrir la portière de voiture et de recevoir le corps d’un enfant inanimé dans les bras. Il n’a pas pu rester sur place, ces enfants-là ayant l’âge de nos petits-enfants, et la mère de famille ayant l’âge de nos enfants », raconte-t-il gravement.
« Les politiciens ne voient pas ça de leurs propres yeux et ne prennent pas l’ampleur de la chose ».
La fermeture de la route a laissé une cinquantaine de camions et des familles bloqués dans le village sans services sanitaires ni nourriture.
M. Dorval souligne le fait que la majeure partie des accidents implique des camionneurs et les mauvaises conditions des routes en hiver. Or, « il n’y a rien sur des kilomètres à la ronde pour les camions pour s’arrêter avant leur destination, se reposer ou échapper à une tempête de neige par exemple ».
Selon celui-ci, sans aires de repos, les camionneurs, mais aussi les touristes ou les gens du coin, qui naviguent entre nord et sud, se retrouvent isolés et vulnérables dès que les conditions se détériorent, n’ayant nulle part où se réfugier ou se ravitailler.
De nombreuses autres municipalités du Nord sont concernées par la situation de la route 11, dont Moonbeam, Hearst, Kapuskasing, Fauquier, Cochrane, ou encore Smooth Rockfalls, et soutiennent le projet s’accordant à dire qu’il n’y a pas assez d’espaces de repos sécuritaires sur les routes. Une manifestation a d’ailleurs eu lieu samedi pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur les dangers de cette route.
Un besoin critique d’infrastructures selon le maire de Hearst
Roger Sigouin, maire de Hearst, appuie son homologue : « Il y a un besoin de plus d’infrastructures. Quand les routes sont fermées, en ville, ce n’est pas joli. C’est nous qui sommes en première ligne, le gouvernement semble oublier ça. »
Il a lui aussi soumis une demande de construction de stationnement pour les camions lourds au centre-ville de Hearst.
« La Transcanadienne (dont la route 11 constitue la branche nord) est conçue pour un trafic léger. En plus de ne pas y avoir d’aires, il n’y a pas de routes de dépassement ni d’accotements pavés. J’ai moi-même perdu ma belle-mère et mon beau-frère. Imaginez-vous les tragédies qui s’y passent… »
« On travaille très fort pour sécuriser la route 11 en faisant des démarches auprès du gouvernement parce qu’ils n’ont aucune vision pour les dix prochaines années », accuse celui-ci. Ça fait 35 ans que je suis en politique, j’ai goûté à tous les partis politiques, sans qu’aucun ne fasse rien. Les gens sont tannés. »

En conférence de presse, la cheffe du parti d’opposition officielle, Marit Stiles, a commenté : « C’est très frustrant que rien ne se passe alors que mes collègues (des députés néo-démocrates) ont mis sur pied quatre projets de loi pour sécuriser ces routes. Les progressistes-conservateurs ne s’occupent pas de ces routes tout simplement parce qu’ils n’ont pas à les emprunter pour se rendre au travail ou pour accéder à des soins. »
De s’indigner : « Non seulement des gens perdent la vie sur ces routes du nord, mais quand elles sont fermées, on ne peut plus se déplacer et on en peut plus acheminer des biens. Je ne comprends pas que le gouvernement ne voit pas ça comme un projet fondateur pour l’Ontario. »
Le ministère des Transports a, quant à lui, également assuré que d’autres aires de repos étaient en cours de planification le long du corridor de la route 11, incluant des sites potentiels près des intersections avec la route 631 et la route 655, ainsi que dans les secteurs de Marten River et de Sand Dam Road, sans date de construction annoncée pour l’heure.