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« Une minimaison moins chère » : la solution est-elle franco-ontarienne ?

Temps de lecture : 4 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI  :

D’abord antiquaires, Audrey Simard et Sylvain St-Maurice ont décidé il y a quatre ans de créer leur entreprise Structure Héritage et de construire autrement, après avoir été entrepreneurs généraux.

LE CONTEXTE  :

Récemment installé à Hawkesbury, le couple travaillait déjà depuis dix ans sur ce projet de minimaisons. De plus en plus populaire, la minimaison souvent appelée sous son terme anglophone tiny house pourrait bien être une des solutions à la crise du logement qui sévit en Ontario.

L‘ENJEU  :

L’Ontario traverse une crise du logement sans précédent. C’est pourquoi le gouvernement de la province a décidé en 2022 d’accélérer la construction de logements avec plusieurs programmes dont le projet de loi 23. La province vise la construction de 1,5 million de logements abordables d’ici 10 ans. La solution à la crise du logement est-elle franco-ontarienne ?

« Qu’est-ce qu’une minimaison ?

On appelle une minimaison ou une petite maison, celle qui ne dépasse pas les 700 pieds carrés. La moyenne – et pour bien y vivre – c’est 400 pieds carrés. Le cadre du bâtiment stipule qu’une minimaison, c’est 700 pieds carrés et moins.

Par rapport à une maison classique et que l’on retrouve sur le marché, quelle est la différence d’un point de vue financier ?

La différence varie selon le prix d’un logement, mais en ce moment les maisons classiques font le triple de ce que peut coûter une petite maison.

Une minimaison moins chère qui arrive complète avec la ventilation, l’électricité, la plomberie, et cetera.

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Une minimaison de l’entreprise franco-ontarienne basée à Hawkesbury. Crédit image : Catalogue Structure Héritage

Aujourd’hui, si on vous commande une minimaison, comment allons-nous la recevoir ?

Il y a trois façons de faire. La plus facile, pour une personne qui n’est pas nécessairement manuelle, c’est de se faire livrer entièrement la maison qui est terminée à 95 %. On pose la maison sur les fondations et il reste les raccords à faire. En deux ou trois jours après avoir reçu la maison, elle est habitable.

L’autre manière, c’est d’acheter la maison, mais pas 100 % terminée. Pour ceux qui veulent un peu faire du marteau, qui aiment faire du revêtement et qui veulent aller chercher un gain de coût, c’est l’option.

Puis enfin, pour les bricoleurs avertis, c’est la maison en kit. C’est la même chose qu’IKEA, on monte la maison de A à Z. Ça demande une certaine dextérité, mais ça se monte à la façon IKEA avec un manuel à suivre. C’est le projet DIY (Do it yourself).

D’où vous est venue l’idée de construire des minimaisons ?

Ma conjointe et moi avons de l’expérience dans la construction, mais pour nous, il ne s’agit plus de construire la plus grosse maison, mais un « chez-soi » abordable. On pensait aussi que : ce n’est pas parce que c’est abordable que cela doit être laid. Alors, il y a quatre ans, on s’est lancé.

Avec Audrey, on regardait ces grandes maisons que l’on construisait, puis on s’est vite dit que ce n’était pas ça la vraie vie. La vraie vie ce sont ceux qui ont de la misère, ceux de la classe moyenne aussi et c’est comme ça qu’on a travaillé le concept. Puis la crise du logement s’est installée et ça a eu encore plus de sens. 

Minimaison construite dans la région par l’entreprise franco-ontarienne. Gracieuseté

En quoi la minimaison est-elle une solution à la crise du logement ?

Par son côté abordable dans un premier temps, puisque les prix ne sont pas ceux que l’on retrouve sur le marché en ce moment.

Ensuite, il y a le projet de loi 23, pour plus de logements en Ontario, qui permet d’avoir une petite maison sur un terrain déjà existant. Une parcelle avec déjà une maison, un raccord à l’eau et à l’électricité. C’est facile, si l’on a un grand jardin, d’ajouter une minimaison et donc un nouveau logement qui augmentera la valeur sur le marché de la maison initiale.

Puis ça crée un phénomène de communauté, souvent intergénérationnel. Dépendamment de la grandeur du terrain, il est permis de construire jusqu’à trois minimaisons.

Intérieur d’une maison en kit offert par Structure Héritage. Gracieuseté

Prenons, par exemple, un étudiant de Toronto qui termine ses études. Une minimaison pour 250 000 $, ce sera bien plus abordable. Et, en plus, on peut profiter de la vie et voyager à côté (rires). Chez Structure Héritage, nos maisons coûtent entre 150 000 $, 200 000 $ et 250 000 $.

Quels sont les avantages pour les municipalités de se doter de ce type de logement ?

En ayant des petites maisons sur des parcelles habitées, là encore, on évite de construire des nouvelles rues. On pose les tiny houses là où il y a déjà des canalisations et on se raccorde à la maison existante. Pour une municipalité, c’est bien parce qu’on n’est pas obligé d’ouvrir un nouveau quartier et d’avoir un étalement urbain. Sinon, il est simplement possible d’avoir sa petite maison sur un terrain neutre, bien sûr.

Actuellement, les villes sont très positives par rapport à ce modèle de maisons. Certaines personnes ont des a priori par rapport à l’aspect visuel, mais on travaille avec des architectes pour que ce soit beau, justement.

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Une minimaison peut mesurer jusqu’à 700 pieds carrés. Crédit image : Catalogue Structure Héritage

Les minimaisons sont connues pour être un modèle écologique, est-ce que c’est le cas avec votre projet ?

Tout à fait, c’est un modèle qui réduit énormément l’empreinte au sol. Si on compare l’empreinte d’une maison qui se situe autour de 1 200 pieds carrés, on va être à trois fois moins d’empreintes écologiques avec une petite maison. Quand on a une minimaison, c’est plus facile à chauffer et donc on produit moins de gaz à effet de serre. Ce type de logement s’associe aussi très bien avec la mise en place de panneaux solaires. Il y a définitivement beaucoup d’avantages écologiques et économiques dans ce nouveau mode d’habitat. »

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