Université d’Ottawa : les professeurs contractuels votent massivement en faveur d’un mandat de grève
OTTAWA – Les membres de l’Association des professeurs enseignants de l’Université d’Ottawa (APEUO) ont voté massivement en faveur d’un mandat de grève, dans un contexte de négociations difficiles avec leur administration. Le syndicat assure toutefois que ce résultat n’entraînera pas une interruption immédiate des cours.
Plus de 860 membres ont appuyé le recours à des moyens de pression pouvant aller jusqu’à la grève, au terme d’un vote électronique organisé sur cinq jours.
Le mandat a obtenu l’appui de 88,2 % des votants au sein de l’unité principale, de 73,1 % à l’Institut des langues officielles et du bilinguisme (ILOB) et de 100 % dans l’unité Toronto-Windsor.
« Nos membres envoient un message clair à l’administration qu’ils n’acceptent plus le statu quo et que les conditions actuelles sont devenues intolérables », affirme par communiqué Nelson Arturo Ovalle Diaz, président et négociateur en chef de l’APEUO.
L’association, qui représente plus de 2500 enseignants contractuels, avait convoqué lundi une assemblée générale spéciale afin de présenter l’état des négociations à ses membres avant le scrutin.
Pas de grève immédiate
L’obtention du mandat ne signifie pas qu’une grève sera déclenchée immédiatement.
L’association assure toujours privilégier une entente négociée et assure que la réussite des étudiants demeure sa priorité. Elle invite l’administration à reprendre les négociations « dans un esprit d’ouverture, de collaboration et de bonne foi ».
Les conventions collectives des trois unités représentées par l’APEUO sont échues depuis le 31 août 2025. Depuis, les membres sont notamment soumis à un gel salarial.
« Cela fait presque 23 mois qu’on négocie avec l’administration. On juge, pour plusieurs raisons, que les discussions n’aboutissent pas », indique Luc Angers, vice-président chargé de la mobilisation et membre du comité de négociation.
Selon lui, les représentants syndicaux et ceux de l’Université se rencontrent presque chaque semaine depuis juin, sans parvenir à régler les principaux points en litige.
« Ce sont des discussions, du verbillage. Ce sont des négociations superficielles. On n’a rien obtenu de concret sur les enjeux qui doivent être réglés », déplore-t-il, estimant que les deux parties se dirigeaient vers une impasse.
Des contrats qui seraient menacés
Dans son communiqué publié ce vendredi, l’APEUO accuse également l’administration de vouloir créer un nombre illimité de postes d’enseignement intensif et de les intégrer à l’unité de négociation des professeurs réguliers.
Selon l’association, une telle mesure risquerait de retirer aux professeurs contractuels des centaines de contrats d’enseignement, dont certains contrats permanents.
« Ce sont des centaines de contrats d’enseignement, dont des contrats permanents, que les membres de l’APEUO pourraient se voir dérober », soutient Luc Angers.
Il estime que cette situation accentuerait la précarité des enseignants contractuels et menacerait la qualité de l’éducation. Selon lui, la multiplication, au sein du corps professoral régulier, de postes sans obligation d’activités savantes pourrait également compromettre « l’intégrité et la pérennité des postes voués à la recherche ».
Sécurité d’emploi et rattrapage salarial
La sécurité d’emploi demeure l’une des principales revendications de l’association. Les professeurs contractuels sont généralement embauchés un semestre à la fois, même lorsque certains enseignent à l’Université depuis plusieurs années.
« Nous sommes des professeurs engagés semestre par semestre. Nous sommes donc dans une situation très précaire », explique M. Angers. « Après un certain nombre d’années, les professeurs qui ont enseigné, qui ont été fidèles et qui ont donné cinq cours ou plus devraient recevoir un contrat à plus long terme. »
L’association réclame également un rattrapage salarial. Selon son vice-président, plusieurs professeurs contractuels donnant au moins cinq cours gagnent moins que des enseignants du secondaire, malgré leurs qualifications universitaires.
« Il y en a même parmi nos membres qui doivent se mettre sur l’assurance-emploi l’été pour survivre. Ce n’est pas normal », soutient-il, rappelant que plusieurs détiennent un doctorat ou ont effectué des études postdoctorales.
La taille des groupes figure aussi parmi les préoccupations du syndicat. Certaines classes peuvent compter une centaine d’étudiants, parfois jusqu’à 130, ce qui compliquerait l’encadrement individuel.
Des reculs dénoncés
L’APEUO reproche par ailleurs à l’employeur de réclamer plusieurs concessions, notamment l’exclusion de certaines personnes de la Faculté des sciences de la santé de l’unité de négociation et l’élimination d’un plancher d’emploi pour les nominations à long terme.
Selon le syndicat, l’administration souhaiterait également pouvoir mettre fin à ces contrats pour des « raisons opérationnelles », supprimer certaines protections contre le harcèlement sexuel et retirer aux unités de l’ILOB et de Toronto-Windsor le droit de reporter les congés de maladie accumulés.
L’association juge ces demandes difficiles à justifier alors que l’Université d’Ottawa aurait enregistré un surplus budgétaire de 15,6 millions de dollars et une croissance record des inscriptions cette année.
Sollicitée par ONFR, l’Université d’Ottawa n’a pas répondu aux questions précises concernant le mandat de grève et les points en litige.
« L’Université est engagée à négocier de bonne foi et à arriver à une entente négociée avec le syndicat », a indiqué Jesse Robichaud, directeur des affaires publiques de l’Université d’Ottawa.