Alors qu'ils n'ont pas accès au RAFEO, plusieurs étudiants de l'Université de Sudbury optent pour Ottawa. Photo : gracieuseté de Copain Nyakagaragu
Société

Université de Sudbury : privés de RAFEO, ces étudiants quittent Sudbury

Alors qu'ils n'ont pas accès au RAFEO, plusieurs étudiants de l'Université de Sudbury optent pour Ottawa. Photo : gracieuseté de Copain Nyakagaragu

SUDBURY – Privée du Régime d’aide financière aux étudiants et étudiantes de l’Ontario (RAFEO), une partie de la première cohorte de l’Université de Sudbury décide de partir afin de sécuriser des prêts et bourses gouvernementaux ailleurs. Alors que des négociations avec le ministère des Collèges et Universités sont en cours, l’établissement fait face à un réel défi de rétention de ses étudiants à l’aube de sa deuxième rentrée académique.

Après une première année entièrement financée par l’Université de Sudbury, qui a bénéficié d’un soutien provincial de 21,6 millions de dollars, les étudiants de la première cohorte n’ont pas accès au RAFEO. Le ministère des Collèges et Universités ne reconnaît pas encore l’institution comme établissement postsecondaire autonome, elle qui, depuis 2025, dispense des programmes rattachés à l’Université d’Ottawa.

Cette situation chamboule le quotidien de certains étudiants, obligés de trouver des alternatives. Pour certains, la seule option est de quitter Sudbury.

« J’y croyais quand même », confie Arthur Foumena Mbog, étudiant en sciences commerciales, retourné à Ottawa depuis la fin du dernier semestre. Même si le jeune homme d’origine camerounaise comptait retourner à Ottawa, où il a effectué son secondaire, il planifiait de compléter ses études de premier cycle à l’Université de Sudbury. Mais sans RAFEO, il a choisi de rentrer plus tôt, et espère intégrer l’Université d’Ottawa pour sa deuxième année.

En avril 2026, la première cohorte de l’Université de Sudbury apprend qu’elle n’aura peut-être pas accès au RAFEO pour l’année académique 2026-2027. Photo : gracieuseté de Copain Nyakagaragu

Au moins cinq étudiants sur une cohorte d’environ 30 se sont installés dans la capitale. Beaucoup s’orientent également vers le Québec.

Pour le vice-recteur et chancelier Serge Miville, cette situation risque de totalement dissoudre sa première cohorte : « Plusieurs étudiants nous ont indiqué qu’ils ne pourront pas poursuivre leurs études à l’Université de Sudbury en raison de l’absence d’éligibilité au RAFEO, affirme-t-il. Il est possible que ces derniers choisissent de poursuivre leurs études dans un autre établissement dans lequel ils seraient éligibles, et ce, malgré leur souhait de poursuivre leur programme d’études avec nous ».

Des étudiants « pris en otage »

C’est alors qu’ils passaient leurs derniers examens que les étudiants ont appris la nouvelle. Fin 2025, certains d’entre eux remarquaient déjà l’absence de leur établissement sur le portail RAFEO, rapporte Oumarou Tapily : « J’ai posé la question au vice-recteur pour chercher à savoir, affirme-t-il. Il m’a dit qu’ils travaillaient là-dessus et qu’ils donneraient une réponse en avril 2026 ».

Le rectorat a fait part de la nouvelle aux étudiants : ils n’auront peut-être pas accès au RAFEO, mais l’établissement cherche une alternative le plus tôt possible.

Beaucoup d’entre eux commencent alors à planifier leur départ de Sudbury.

Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Fabien Hébert. Crédit photo : Lila Mouch/ONFR

Face à cette réalité, Fabien Hébert, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), a récemment rencontré le ministre des Collèges et Universités, Nolan Quinn. « On a fait valoir l’urgence de la situation et qu’une solution devait être trouvée le plus rapidement possible afin de ne pas prendre les étudiants en otage au sein d’une situation qui relève vraiment du ministère ».

Le président de l’AFO, qui s’est longuement impliqué dans l’ouverture et l’obtention du financement de l’université, craint que cette décision ne remette en question la légitimité même de l’établissement.

« La création de l’Université de Sudbury n’est pas encore complétée, en tout cas aux yeux du gouvernement, considère M. Hébert. C’est encore une université en devenir dans le sens où les négociations avec le ministère des Collèges et Universités ne semblent pas avoir été terminées pour obtenir un financement annuel récurrent ».

Selon lui, cette raison n’est toutefois pas suffisante pour refuser le RAFEO aux étudiants, d’autant plus que le gouvernement de l’Ontario s’est déjà engagé à financer le fonctionnement de l’université.

Ottawa, un choix populaire

Ceux qui ont opté pour Ottawa ne l’ont pas fait par hasard. Beaucoup d’étudiants de la première cohorte y habitaient déjà. C’est la gratuité des droits de scolarité que proposait l’Université de Sudbury qui avait incité ces Ottaviens à effectuer leur cursus de quatre ans là-bas.

« Au début, c’était une bonne opportunité. On se disait « wow, c’est gratuit ». On ne voit jamais ça », témoigne Marie Casimy, une étudiante de 28 ans actuellement basée à Ottawa.

Arrivée à Sudbury à l’automne 2025 pour son programme, l’étudiante d’origine haïtienne envisage maintenant plusieurs options avant de considérer l’Université de Sudbury. Elle a notamment soumis une candidature à l’Université d’Ottawa, ainsi que dans quelques établissements postsecondaires au Québec. « Si je suis refusée ailleurs, je retournerai à Sudbury, pas parce que je le veux, mais parce que je n’ai pas le choix ».

Les étudiants de l’Université de Sudbury bénéficiaient souvent de sorties, d’activités de groupe, et de cours en leadership. Photo : gracieuseté de Copain Nyakagaragu.

Alors que cet obstacle financier dissout peu à peu la cohorte, certains s’inquiètent quant à l’avenir de l’établissement. « Je me demande comment le visage de l’Université de Sudbury va paraître si la moitié de la première cohorte n’est plus là », s’afflige Mme Casimy.

Ally Orla Ikoneza, également étudiante en sciences commerciales, a dû retourner à Ottawa plus tôt que prévu : « Je ne suis pas sûre pour le moment de pouvoir continuer parce que je n’ai pas accès au RAFEO. Je n’ai pas les moyens pour continuer ».

Malgré cela, elle reconnaît la qualité des programmes et des activités proposés par l’université. Entre pique-niques, sorties culturelles, et activités de groupe, l’établissement a séduit une grande partie de sa première cohorte.

« J’ai aimé la façon dont ils nous ont accueillis. J’ai aimé la ville de Sudbury. C’est bilingue et on accueille beaucoup la population francophone. J’aimerais finir mes études à l’Université de Sudbury, mais seulement si les moyens me le permettent », ajoute-t-elle.

Un prêt à la banque comme alternative temporaire

Début juin, les étudiants reçoivent un courriel leur faisant part d’une option de financement temporaire — un prêt bancaire avec Desjardins. Beaucoup témoignent que le taux d’intérêt n’a pas été divulgué par l’université. « Avec nos propres recherches sur la banque Desjardins, on voit que le taux d’intérêt s’élève à 5 % », ajoute M. Tapily.

« J’étais hésitant. Lorsque je suis allé me renseigner, ils m’ont dit que l’année prochaine, il y aura probablement un accès au RAFEO », ajoute l’étudiant. Basé à Sudbury, il envisage de contracter un prêt pour l’année académique 2026-2027. Mais si cette situation se poursuit l’année suivante, il partira à Ottawa.

Pour une partie d’entre eux, ce prêt est plus une entrave financière qu’autre chose. « Le gros problème, c’est qu’on doit emprunter de l’argent à la banque qui sera, peut-être dans cinq ans, difficile à rembourser », affirme M. Foumena Mbog.

Soucieux de préserver leurs finances et de maintenir leurs cotes de crédit, plusieurs étudiants ont préféré écarter cette option.

Rester et payer le prix

Pour Copain Nyakagaragu, un étudiant burundais, rester à l’Université de Sudbury n’est pas une mince affaire. Catégoriquement opposé à l’idée de s’endetter auprès d’une banque, il travaille actuellement à temps plein pour une entreprise immobilière. Son but : économiser pour payer sa scolarité à l’Université de Sudbury.

« On se donne à fond et on essaie de se serrer la ceinture pour qu’on puisse au moins payer la scolarité ». En choisissant de payer l’université de sa propre poche, quitte à limiter ses repas, l’étudiant de 33 ans reconnait que cette situation est précaire.

Copain Nyakagaragu, étudiant de 33 ans, travaille à temps plein pour payer ses études à l’Université de Sudbury. Photo : gracieuseté de Copain Nyakagaragu

Avant de s’inscrire à l’Université de Sudbury, M. Nyakagaragu étudiait au Collège Boréal avec l’aide d’un financement du RAFEO. Une fois admis dans son nouvel établissement, alors que la période de grâce de son prêt s’achevait, il a tenté de geler ses remboursements, le temps de terminer son programme. Toutefois, son université n’étant pas admissible, il ne peut prétendre au statut d’exemption de remboursement pour poursuite d’études.

Il doit non seulement payer ses études, mais rembourser son prêt antérieur. « Je suis vraiment face à un dilemme. Rester là-bas ou quitter l’Université de Sudbury pour au moins trouver un autre établissement où je peux avoir accès au RAFEO, ne pas avoir à payer ma scolarité et aussi ne pas continuer à payer mon prêt alors que je suis encore aux études ».

Alors que l’étudiant en sciences de la santé réfléchit encore à comment s’en sortir, il espère que la situation s’améliorera vite, lui qui voyait en l’Université de Sudbury quelque chose de spécial. « Nous étions prêts à écrire l’histoire de l’université, dit-il. Ce sont des choses que tu ne peux pas trouver dans d’autres universités. Elle avait quelque chose de particulier. Mais tu ne peux pas te sacrifier, tu ne peux pas faire l’impossible ».