Valérie Grenier, le dernier virage avant Milan-Cortina
À quelques semaines des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, Valérie Grenier aborde un moment charnière de sa saison. Podium à la maison, places d’honneur sur le circuit et progression en vitesse : sur le plan des résultats comptable, l’hiver est solide. Mais à l’approche du rendez-vous olympique, la skieuse franco-ontarienne se situe surtout à un tournant, convaincue qu’elle peut encore ajuster son ski et hausser son niveau au moment où tout se joue.
La saison 2025-2026 n’a rien de linéaire pour Valérie Grenier. Elle l’assume sans détour : « Ma saison jusqu’à maintenant, c’est des hauts et des bas. Je suis quand même contente de certains résultats, mais je ne suis pas complètement satisfaite. »
Sur le plan des performances, la saison offre pourtant des repères solides. Après un podium à Mont-Tremblant, Valérie Grenier a aussi terminé au pied du podium à Semmering, avec une 4ᵉ place, puis signé un top 10 à Kranjska Gora, où elle a pris le 9ᵉ rang en slalom géant. Des classements qui confirment sa présence régulière parmi les meilleures sur le circuit.
Mais derrière les chiffres, le ressenti est plus mitigé. L’Ottavienne ne s’arrête pas uniquement aux positions finales, mais à ce qu’elle a réellement produit sur la neige.
« Ce n’est pas nécessairement le résultat, mais la façon dont j’ai skié et les erreurs que j’ai faites. Je connais mon potentiel, puis je n’ai pas réussi à l’atteindre lors de ces courses-là. »
À Kranjska Gora en Slovénie, une piste qu’elle affectionne particulièrement, ce sentiment a été encore plus marqué.
« C’est un endroit que j’aime beaucoup, où j’avais quand même l’intention de bien faire, mais je n’ai vraiment pas skié comme j’aurais aimé », confie-t-elle, consciente qu’il lui manque encore cette constance qu’elle recherche avant les Jeux.
Mont-Tremblant, bien plus qu’un podium
Dans cette saison en montagnes russes, Mont-Tremblant s’est imposé comme un point d’ancrage.
« C’était vraiment un moment incroyable. Un rêve qui s’est réalisé. »
L’émotion était d’autant plus forte que l’édition de 2024, annulée une semaine avant, avait laissé un goût amer. Cette fois, tout s’est aligné : la compétition a eu lieu et le podium a été au rendez-vous.
« On était déjà extrêmement contentes que les courses aient lieu. Le podium, c’était la cerise sur le sundae. »

Au-delà de l’image, ce résultat confirme son statut en slalom géant, sa discipline phare, celle où elle se sent aujourd’hui la plus solide et la plus légitime pour viser haut aux Jeux.
La vitesse, un chantier assumé
Autre fil conducteur de sa saison : la vitesse. Descente et super-G représentent encore un chantier, mais un chantier qui progresse.
« C’est un work in progress, mais je trouve que je me suis bien améliorée. Je me sens de mieux en mieux sur mes skis. »
Le verrou principal n’est plus uniquement technique. « Depuis ma blessure (fin janvier 2024), le côté mental me bloquait beaucoup. Maintenant, j’ai plus de confiance. » Une confiance qu’elle bâtit patiemment, en accumulant les descentes d’entraînement, en apprenant les lignes, en prenant ce qu’elle appelle du « mileage ».
Son programme avant les Jeux est très dense, privilégiant les compétitions à l’entraînement. La fin de semaine dernière, elle a signé une 14ᵉ place sur le super-G de Tarvisio en Italie. Deux jours plus tard, elle est revenue à sa discipline de prédilection avec le slalom géant de Kronplatz, où elle a pris la 9ᵉ place, signant un nouveau top 10 sur le circuit. Avant le départ pour Milan-Cortina, un ultime slalom géant en Tchéquie et un dernier bloc de vitesse est prévu à Crans-Montana (Suisse), à la fin du mois de janvier.
Malgré l’imminence des Jeux, elle n’a rien changé à son approche. Les courses qui précèdent les Olympiques sont abordées comme les autres, sans ajustement particulier, ni pression supplémentaire.
« Les objectifs restent les mêmes. Je ne modifie pas ma façon de faire », résume-t-elle, fidèle à un processus qu’elle refuse de bousculer à l’approche du grand rendez-vous.
Une tête froide et une routine maîtrisée
À l’approche d’un troisième rendez-vous olympique, la pression semble glisser sur elle.
« Je ne suis pas quelqu’un de très stressée avant une course. Au départ, je me sens bien, j’ai hâte d’y aller. »
Sa routine est simple, mais constante. Chaque matin débute par une méditation. Le reste du temps, la saison impose son rythme : peu de véritables blocs d’entraînement, beaucoup de compétitions, et une priorité assumée à la récupération.
« Avec l’horaire chargé, c’est important de prendre des journées de pause entre les courses pour récupérer et rester prête. »

Milan-Cortina : une ambition maîtrisée
Les ambitions sont élevées, mais volontairement mesurées dans le discours. Valérie Grenier reconnaît viser haut à Milan-Cortina, tout en refusant d’alourdir l’enjeu par des déclarations trop appuyées.
« Je dirais que j’ai des médailles en tête pour les Jeux. Évidemment, le slalom géant, c’est ma discipline de force présentement , confie-t-elle, avant de nuancer. Je regarde la médaille pour plusieurs disciplines, mais je ne veux pas trop en parler. »
Une manière pour elle de rester concentrée sur le processus, sans se mettre de pression inutile ni se porter malchance à l’approche du rendez-vous olympique.
À cela s’ajoute un atout de taille : la connaissance du terrain. Les épreuves de vitesse se dérouleront sur une piste qu’elle connaît particulièrement bien, skiée à de nombreuses reprises sur le circuit de la Coupe du monde. Une familiarité qui lui permet de visualiser les lignes, d’anticiper les enchaînements et d’aborder les descentes avec davantage de confiance.
Des repères solides pour aborder les Jeux
Cette année, son approche est aussi nourrie par l’expérience. Grenier s’apprête à disputer ses troisièmes Jeux olympiques, après PyeongChang en 2018 et Pékin en 2022. Deux rendez-vous qui lui ont permis d’apprivoiser l’environnement olympique, ses exigences et sa pression particulière.
Pour ces Jeux, elle arrive avec des repères, une lecture plus juste de ce qui l’attend et, au regard de sa maturité actuelle, de sa connaissance de la piste et de la constance affichée cet hiver, les espoirs de faire mieux que sa sixième place en 2018 sont permis.
À 29 ans, Valérie Grenier aborde Milan-Cortina, non pas comme une découverte, mais comme une opportunité pleinement assumée. Le dernier virage est lancé. Reste maintenant à transformer l’élan en résultat.