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WE Charity : les conservateurs demandent au commissaire aux langues d’officielles d’enquêter

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Le Parti conservateur du Canada (PCC) demande au commissaire Raymond Théberge d’enquêter sur la décision du gouvernement Trudeau d’octroyer la gestion de la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant (BCBE) à l’organisme WE Charity/UNIS malgré ses défis à desservir la population francophone.

Dans une lettre adressée au commissaire aux langues officielles, datée du 2 septembre, le député conservateur de Chicoutimi-Le Fjord et nouveau lieutenant politique du parti pour le Québec, Richard Martel, demande au commissaire aux langues officielles « de faire une enquête sur le mépris du gouvernement Trudeau à l’égard des populations francophones du Canada ».

Selon les informations dévoilées par le quotidien québécois, La Presse, en août, le groupe de bienfaisance, choisi pour gérer la Bourse canadienne pour le bénévolat étudiant, prévoyait de faire appel à la firme de relations publiques National pour l’aider à accomplir sa mission auprès du public francophone.

Une décision qui avait conduit plusieurs à remettre en cause la capacité réelle de l’organisme à s’acquitter de sa mission dans les deux langues officielles, bien que National ait précisé à ONFR+ avoir été approché par WE Charity « pour un mandat de communication, afin de supporter l’organisation pour la promotion du programme de Bourses canadiennes de bénévolat étudiant, au Québec et dans les communautés francophones canadiennes » et non pour gérer le projet pour le public francophone.

« Plus précisément, notre travail consistait à soutenir la communication auprès d’étudiants bénévoles et d’organismes à but non lucratif. Le mandat comprenait également le développement de contenu en français, la veille médiatique saillante et la rédaction de contenu pour les réseaux sociaux », expliquait une porte-parole de National, Chantal Benoît.

Manque de respect à la Loi sur les langues officielles

Bien que le programme de près d’un milliard de dollars ne sera finalement pas géré par WE Charity/UNIS, après que soient révélés les liens de l’organisme avec plusieurs proches du premier ministre Justin Trudeau et du ministre des Finances, Bill Morneau – qui a démissionné à la suite de cette affaire – les conservateurs n’entendent pas abandonner le dossier.

« L’article 25 de la Loi stipule clairement que le gouvernement a le devoir de veiller à ce que tout organisme qui offre un service en son nom le fasse dans les deux langues officielles. Le fait qu’il y ait eu sous-traitance auprès d’une autre organisation pour offrir un service en français m’inquiète », écrit M. Martel.

Citant les documents du comité des finances fournis par le ministère de l’Emploi et du Développement social, il s’étonne que seuls 7 % des demandeurs de la BCBE soient francophones et que 96 % du trafic Web ait été dirigé vers le site en anglais.

« Il est clair que le programme n’a pas été conçu dans le respect de la Loi, qui stipule clairement que le programme doit ‘assurer la qualité du statut et l’égalité des droits et des privilèges… dans les communications avec le public ou la prestation de services au public », poursuit le député conservateur québécois, qui remet en cause l’article 37 de l’accord de contribution signé par le gouvernement avec WE qui « exige que le projet soit exécuté dans les deux langues officielles ».

Le député conservateur de Chicoutimi-Le Fjord et nouveau lieutenant politique du parti pour le Québec, Richard Martel. Source : Twitter

« Je dirais que ce n’est pas une tentative honnête de se conformer à la Loi. Le gouvernement Trudeau est pleinement conscient que WE ne pouvait pas exécuter le programme dans les deux langues officielles, le simple fait de le mettre sur papier ne le rend pas vrai », poursuit-il.

Une étude morte au feuilleton

Ce n’est pas la première ni la seule tentative du PCC d’enquêter sur les ramifications linguistiques de l’affaire WE Charity/UNIS.

En août dernier, les membres conservateurs du comité permanent des langues officielles avaient obtenu que soit menée une étude sur la décision du gouvernement de choisir WE Charity/UNIS pour administrer ce programme, malgré l’opposition des libéraux siégeant sur le comité.

Plusieurs ministres, dont la ministre des Langues officielles Mélanie Joly et la ministre de la Diversité, de l’Inclusion et de la Jeunesse Bardish Chagger – dont le Nouveau Parti démocratique a demandé la démission dans ce dossier, hier – devaient être entendus, ainsi que les organismes We Charity/UNIS et National et le Commissariat aux langues officielles.

Mais avec la prorogation du parlement, le 18 août, l’étude est morte au feuilleton et le comité devra de nouveau présenter une motion pour éventuellement pouvoir la mener.

Raison de plus, selon M. Martel, pour demander une intervention de M. Théberge.

« Le mépris du gouvernement à l’égard des populations francophones du Canada doit faire l’objet d’une étude approfondie. Justin Trudeau ne doit pas pouvoir se soustraire à ses responsabilités », conclut-il.

Joint par ONFR+, le bureau du commissaire aux langues officielles a finalement indiqué, ce vendredi, « analyser présentement les faits qui ont été portés à notre attention pour déterminer si la plainte est recevable ».

« Bien qu’il soit trop tôt pour se prononcer, toute question entourant la prestation de service dans les deux langues officielles est préoccupante », ajoute le Commissariat dans un échange de courriels.

Cet article a été mis à jour vendredi 4 septembre à 11h31.

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