Politique

Viamonde prône un meilleur renouvellement des conseillers scolaires pour assainir la gouvernance

L'École secondaire Michelle-O'Bonsawin à Toronto du conseil scolaire Viamonde. Photo : gracieuseté de Benoit Fortin

Le conseil scolaire Viamonde considère, tout comme le ministère de l’Éducation, qu’une réforme du système de gouvernance est nécessaire, mais par une approche inversée. Le problème selon son président, Benoit Fortin, réside dans le faible taux de participation des parents aux élections qui met à mal ce processus démocratique et la santé de la gouvernance des écoles. Il défend la revalorisation du rôle du conseiller scolaire pour garantir un meilleur renouvellement des élus et, ainsi, assainir la gouvernance.

Comme le gouvernement, le conseil scolaire francophone Viamonde s’accorde à dire qu’il existe un problème de gouvernance au sein des conseils scolaires, mais la cause qu’il identifie est autre.

Ce sont plusieurs cas de mauvaise gestion financière de conseils scolaires qui avaient mis le feu aux poudres, entrainant leur mise sous supervision et l’octroi de nouveaux pouvoirs au ministre de l’Éducation. En juillet 2024, des élus d’un conseil scolaire catholique anglophone (Brant Haldimand Norfolk Catholic District School Board) s’étaient rendus à Rome pour l’achat d’œuvres d’art, pour un coût total de près de 190 000 dollars qui avait fait polémique.

En entrevue avec ONFR, Benoit Fortin, le président de Viamonde, affirme que si des centaines de parents avaient été présents dans la salle lorsqu’il avait été décidé de les y envoyer, l’incident aurait pu être évité.

Le problème selon lui : les conseils scolaires peinent à atteindre ne serait-ce que 10 % de taux de participation aux élections des conseillers scolaires.

« Il n’y aurait pas autant de dérives s’il y avait un plus grand regard et contrôle de la part des parents. »
— Benoit Fortin, président de Viamonde

« Viamonde a fait de gros efforts pour attirer les parents, avec des rappels et des ordres du jour. Mais sur 21 000 parents, je me suis récemment estimé chanceux d’en avoir eu 30 à une rencontre », raconte-t-il.

D’autre part, il souligne le fait que nombre de sièges sont réélus par acclamation faute de candidats, avec des conseillers scolaires vieillissants et qui ne sont jamais challengés : « Plus les gens s’impliqueront aux élections et en réunion, plus les conseils scolaires seront en bonne santé, plus la gouvernance sera surveillée. »

Pour le président du conseil scolaire francophone, l’équation est limpide : une participation accrue favoriserait un meilleur roulement et renouvellement des représentants, soit un meilleur système de gouvernance.

« Il n’y aurait pas autant de dérives s’il y avait un plus grand regard et contrôle de la part des parents », tranche-t-il.

Méconnaissance du rôle du conseiller scolaire

Celui-ci considère que le ministre de l’Éducation s’est saisi d’un problème, mais qu’il en a profité pour réduire des contre-pouvoirs institutionnels : « Or, on ne jette pas le bébé avec l’eau du bain, commente M. Fortin. Du point de vue du gouvernement, moins de conseils scolaires, moins d’opposition. »

« Les parents veulent être représentés par des élus, pas par des fonctionnaires auxquels ils n’ont pas accès. Comment régler le problème de représentation locale avec des fonctionnaires, questionne-t-il. Ils sont là pour être la voix des parents et créer certaines barrières vis-à-vis du gouvernement. »

Selon le président de Viamonde, dans la plupart des cas, les parents n’ont aucune idée du rôle que jouent les conseillers scolaires, un rôle à ses yeux pourtant essentiel qu’il faut promouvoir.

Ceux-ci ont une double représentation, fiduciaire, auprès du conseil, et locale, auprès de la population pour représenter les besoins locaux.

Ils sont également en charge d’administrer les budgets. Le budget total du conseil scolaire Viamonde s’élève par exemple à près de 300 millions de dollars et celui du Toronto District School Board à environ 3,4 milliards de dollars.

Il s’agit entre autres pour eux de déterminer quel quartier a besoin de quelle école, ou encore de dresser la liste des priorités par école, rendues publiques.

M. Fortin, pour qui l’implication des parents est la solution aux problèmes de gouvernance, affirme que voter pour ses représentants locaux ne prend que 30 minutes tous les quatre ans, et que les réunions générales ne prennent qu’une heure par mois.

Revalorisation des conditions de travail

Le conseil scolaire identifie le manque de reconnaissance du poste comme un frein majeur à l’attractivité de la fonction de conseiller scolaire.

« Paul Calandra (le ministre de l’Éducation) veut rajeunir la moyenne d’âge des conseillers scolaires, mais leurs frais de garde d’enfants ne sont pas pris en charge, alors que le salaire n’équivaut qu’à 200 dollars toutes les deux semaines », constate Benoit Fortin.

Il rapporte qu’une des élus du conseil scolaire francophone avait dû se déplacer pour deux jours de réunion et ainsi utiliser tout son revenu en frais de gardiennage pour ses trois enfants.

Emmanuelle Richez, conseillère scolaire, vice-présidente de Viamonde et mère d’un enfant elle-même, témoigne elle aussi : « On entend souvent que les conseillers sont des retraités et pas nécessairement de jeunes parents. Or, ce rôle représente des tâches importantes, du temps et des frais. Il faut pouvoir se libérer les soirs et les fins de semaine, ce qui n’est pas toujours évident, donc il faut avoir recours à des services de garde dont les coûts sont élevés. »

Benoit Fortin et Emmanuelle Richez, respectivement président et vice-présidente du conseil scolaire Viamonde. Photo : gracieuseté

En plus des comités de plusieurs rencontres par an, elle estime son implication à dix réunions par année, de 17h à 21h, ce qui l’oblige à voyager de Windsor à Toronto, à raison de quatre heures aller puis retour, en plus des quatre heures de réunion, avec un besoin de se loger sur place.

« Sans compter que les gens ont leur emploi à temps plein à côté. Sans un époux qui m’appuie, je ne pourrais pas le faire, déplore-t-elle. Si on veut encourager des parents qui font partie de la population active, il faut trouver des solutions pour les soutenir. »

Celle-ci ajoute qu’en tant qu’élus, ils se doivent d’être présents dans la communauté pour la représenter à la table du conseil, ce qui demande aussi du temps et de l’implication à l’extérieur.

« En revalorisant le travail et la paye, plus de gens s’impliqueraient. Si sur toute l’année on dépensait 50 000 dollars de garde d’enfants sur 300 millions, ça ne serait pas grand chose. Si on veut des jeunes parents qui s’impliquent dans la cause scolaire, c’est ce qu’il faut faire », conclut le président.