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Des maires du Nord réclament plus de sécurité routière

Une conférence sur la sécurité routière a mis le doigt, dimanche, sur les dangers de la route à travers la province. Photo : Laetitia Dogbe/ONFR

TORONTO – Réunis à Toronto jusqu’à mardi, des maires venus de toute la province mettent en avant leurs défis lors de la conférence annuelle de l’Association des municipalités rurales de l’Ontario (ROMA). Parmi eux, la sécurité routière dans le Nord a soulevé de très vives attentes, dimanche, au premier jour du rassemblement.

Renforcer la formation des conducteurs, élargir la route ou encore construire des aires de repos demeurent au cœur des préoccupations dans les communautés qui bordent les routes 11 et 17, des axes routiers hautement dangereux, théâtres de collisions mortelles fréquentes.

« Toutes nos municipalités soutiennent l’idée que nos routes devraient être améliorées », affirme Roger Sigouin. Rencontré dans les allées de la conférence, le maire de Hearst est venu porter ce message dans la Ville-Reine, soutenu par ses homologues de Timmins, Moonbeam, Kapuskasing… partageant un même sentiment d’urgence à agir.

« Je veux souligner le côté urgent, notamment vis-à-vis de l’impact sur la santé des communautés », alerte-t-il. Selon lui, une des façons d’atténuer la dangerosité de la route 11 serait d’aménager une aire de repos au centre-ville de Hearst, un projet soutenu par les autres maires pour diminuer la fatigue au volant et les fermetures de route à répétition à la suite d’accidents.

Et de pointer un manque de réactivité de la province, responsable des routes : « On dirait que la province ne veut pas voir ce gros problème. »

Roger Sigouin, maire de Hearst, a lui-même perdu des proches sur les routes du Nord. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Ce dernier explique que si les routes sont fermées, les personnes malades ayant besoin de se rendre à Sudbury ou Thunder Bay où des services pour le cancer sont fournis ne pourront plus y accéder. « C’est la même chose pour la Première Nation de Constance Lake : les chemins sont fermés et ils ne peuvent pas se rendre à Hearst », déplore l’élu du Nord.

Depuis la réduction des ressources destinées à l’entretien des chemins sous le mandat du premier ministre Mike Harris, M. Sigouin constate que la circulation a doublé, voire triplé.

Pour lui, le rôle essentiel que jouent les conducteurs de poids lourds qui desservent les communautés mérite une meilleure reconnaissance : « Il leur faut des stationnements, des services, des salles de bain, des restaurants, et tout ça, proche de la pharmacie, de l’hôpital, de tout. »

« On a de vieux procédés d’entretien des routes, c’est inacceptable (…). On a beaucoup de misère à avoir de l’argent de la province et du fédéral pour commencer des projets », dénonce M. Sigouin qui, après une rencontre avec le ministre des Transports en octobre dernier, espère obtenir des réponses lors de son passage à Toronto.

Timmins veut renforcer la formation des conducteurs

« C’est en train de devenir de pire en pire et je suis certaine que des données probantes peuvent le démontrer, abonde la mairesse de Timmins, Michelle Boileau. On est presque au point où il y a des saisons d’accident dans le Nord. »

« On pensait être à l’abri de ces problèmes, car nous avons plusieurs points d’entrée dans la communauté, mais il y a toujours des fermetures d’autoroute au complet autour de Timmins », relate Mme Boileau.

La mairesse de Timmins, Michelle Boileau, pense que les accidents arrivent trop souvent. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Sa Ville appuie les appels des groupes comme la Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario (FONOM), qui a introduit l’idée d’élargir la route à quatre voies, et notamment d’introduire le concept de « route en 2+1 » sur les routes canadiennes pour une meilleure sécurité.

« Il faut s’assurer que les formations des conducteurs soient standardisées », avance la mairesse qui se réjouit d’avoir un espace tel que la ROMA afin de mettre en lumière ce genre de réalités du Nord.

À Kapuskasing et Moonbeam, le même constat

Du côté de Kapuskasing, le maire Dave Plourde affirme lui aussi que « les fermetures de route affectent profondément nos communautés, car ça bloque la livraison de marchandises.  » Et de prendre en exemple les six fermetures intervenues récemment. »

« On voit plus de 10 000 camions passer à travers nos communautés chaque jour et ça rend les choses difficiles quand ils sortent des chemins », constate le maire, qui entame ses 33 ans de carrière politique municipale.

« Tous les jours, il y a une fermeture de route dans le Nord de l’Ontario », rejoint Luc Léonard, maire de Moonbeam, lui aussi favorable à une aire de repos.

« C’est un désastre quand on regarde le niveau d’accident per capita » décrit-il. Il ajoute que le système a été brisé petit à petit au fil des années et que le dispositif d’immatriculation d’utilisateur de véhicule utilitaire (IUVU) entraine des difficultés. « Ce qui a été permis au Canada, c’est que les entreprises s’auto-licencent et s’auto-assurent sans vérifier les compétences des conducteurs », résume-t-il.

Luc Léonard est le maire de Moonbeam depuis deux ans. Photo : ONFR/Laetitia Dogbe

Il ajoute qu’« il n’y a aucun règlement, aucune loi qui exige des pneus d’hiver. Il semblerait qu’il ait un léger manque de compréhension pour la route 11 qui traverse le Canada, et je blâme les gouvernements en premier. »

Dans la même lignée, une manifestation est prévue ce samedi à Hearst en faveur de plus de sécurité sur les routes du Nord. Les municipalités de Kapuskasing, Cochrane et d’autres se joindront au mouvement.