Politique

Réforme du recyclage : des effets variés en Ontario rural

De manière générale, le nouveau système de collecte du recylage se passe bien dans les communes rurales de l'Ontario pour les maisons individuelles. Photo : Canva

ONTARIO – Depuis le 1er janvier 2026, la gestion du recyclage en Ontario ne relève plus des municipalités. En vertu du principe de responsabilité élargie des producteurs, la collecte et le traitement des matières recyclables sont désormais confiés à des organismes mandatés par l’industrie, dont Circular Materials. Sur le terrain, ce changement se traduit par des réalités très différentes selon les régions, en particulier dans les municipalités rurales, où les élus saluent certains gains tout en soulevant des inquiétudes quant aux effets indirects du nouveau système.

Tecumseh : un modèle solide, mais des zones à surveiller

À Tecumseh, la transition s’inscrit dans la continuité d’une culture du recyclage déjà bien ancrée. Le maire Gary McNamara rappelle que sa municipalité affichait un taux de participation avoisinant les 95 %, bien au-dessus de la moyenne provinciale.

« On s’y est préparés pendant huit ou neuf mois, avec beaucoup d’éducation », explique-t-il, notamment en amont du déploiement du bac vert pour les matières organiques à l’automne 2025. Les premiers audits montrent d’ailleurs une très faible contamination des matières compostables.

Le passage à un bac bleu unique pour tous les recyclables, en remplacement du système à deux flux auparavant en place, représente toutefois un changement logistique important.

« Avant, j’avais deux bacs de 90 gallons. Maintenant, j’ai un seul gros bac », illustre le maire, soulignant que des ajustements ont dû être envisagés pour certaines populations plus vulnérables notamment pour les aînés.

Gary McNamara est maire de Tecumseh depuis 2003. Photo : Mickael Laviolle / ONFR

Mais au-delà du résidentiel, M. McNamara identifie un enjeu plus large : la place accordée aux immeubles à logements multiples et au secteur commercial dans le nouveau cadre.

« Sous Circular Materials, l’accent est mis surtout sur les maisons unifamiliales », observe-t-il, estimant qu’un effort supplémentaire sera nécessaire pour éviter que certains secteurs ne se retrouvent en marge du système.

Opasatika : des économies bienvenues pour une petite municipalité

À Opasatika, le changement est perçu avant tout sous l’angle budgétaire. Pour le maire Jacques Dorval, la réforme permet de soulager une municipalité de 260 habitants de coûts logistiques importants.

Jusqu’ici, la collecte du recyclage mobilisait un camion, des remorques et deux employés municipaux, avec des déplacements réguliers vers Kapuskasing. « On va sauver ces deux ou trois heures-là par deux semaines », explique-t-il, évaluant les économies annuelles à environ 10 000 dollars.

Dans un contexte où l’ouverture ou l’agrandissement d’un dépotoir représente un investissement de plusieurs millions de dollars, ces économies sont jugées significatives. D’autant plus que la population était déjà fortement engagée dans le tri des matières recyclables.

Jacques Dorval se satisfait des économies qu’il a pu faire grâce au changement de législation sur le recyclage. Photo : Sandra Padovani / ONFR

Hearst : gains financiers, mais inquiétudes pour le recyclage commercial

À Hearst, le maire Roger Sigouin dresse un bilan globalement positif du nouveau régime, tout en mettant en lumière une limite importante du système actuel.

Sur le plan municipal, la réforme allège clairement la facture. « C’était vraiment positif au niveau du recyclage parce qu’on n’a plus besoin de payer pour ça. Maintenant, c’est l’entreprise qui paie la ville pour aller le chercher », explique-t-il.

À long terme, la réduction de l’usure des équipements municipaux constitue également un avantage. « La vie de notre camion va être plus longue. À long terme, on est gagnant de tous les côtés. »

En revanche, le maire souligne un changement qui suscite un malaise dans la communauté. Les entreprises locales ne sont plus intégrées au programme de recyclage comme auparavant.

« Le seul côté négatif, c’est qu’on ne peut plus recycler les produits des entreprises locales. On trouve ça vraiment dérangeant comme communauté qui a prêché tout le temps à avancer et à recycler à tous les niveaux. »

Roger Sigouin est le maire de Hearst depuis 24 ans. Photo : gracieuseté

Sans accuser directement qui que ce soit, M. Sigouin met en garde contre les conséquences indirectes d’un tel cadre. En l’absence de solutions accessibles pour les commerces, certaines matières recyclables risquent de se retrouver dans le flux des déchets ultimes, ce qui accélère la saturation des sites d’enfouissement.

« Plus on envoie de produits au dépotoir, plus on avance la fin de vie du site », rappelle-t-il, soulignant qu’ouvrir un nouveau site peut coûter entre 5 et 10 millions de dollars.

Pour les citoyens, toutefois, la transition s’est faite sans bouleversement. « On a encore les bacs pour recycler, ça continue comme avant », précise le maire, notant que la participation demeure élevée dans la population.

Timmins : une adaptation progressive

À Timmins, la mise en œuvre du nouveau système a nécessité quelques ajustements au cours des premières semaines. La mairesse Michelle Boileau reconnaît que la transition ne s’est pas faite sans accrocs.

« Ça se passe bien. C’est sûr qu’au début, on avait peut-être des petits pépins. Il y a eu des ramassages manqués, mais on a pu régler tout ça », explique-t-elle.

La Ville a également revu certains paramètres avec Circular Materials afin d’adapter le dispositif à la réalité locale.

« On a pu négocier avec Circular Materials pour ce qu’ils proposaient par rapport aux dépotoirs. On en avait demandé plus et on a pu avoir une entente », ajoute la mairesse, indiquant que ces ajustements ont permis de stabiliser le fonctionnement du système.

Michelle Boileau possède la double casquette de mairesse de Timmins et de présidente de l’Association française des municipalités de l’Ontario. Photo : gracieuseté

Un même cadre, des effets très différents

Ce tour d’horizon met en évidence une réalité partagée par plusieurs élus ruraux. Si la réforme de 2026 confirme le principe du pollueur-payeur et génère des économies municipales, son application actuelle laisse subsister des zones grises, en particulier pour le recyclage commercial.

Sans être formulée comme une accusation, la préoccupation est claire : un système qui ne couvre pas l’ensemble des acteurs risque, malgré ses intentions, de détourner certaines matières recyclables vers l’enfouissement, avec des conséquences financières et environnementales à long terme pour les communautés.