Après une intense journée de bombardements, mardi, l'Iran entre dans le 12e jour de guerre avec les États-Unis et Israël. Photo : Canva
Société

Les Iraniens de l’Ontario entre crainte d’une guerre prolongée et espoir de démocratie

Après une intense journée de bombardements, mardi, l'Iran entre dans le 12e jour de guerre avec les États-Unis et Israël. Photo : Canva

Alors qu’un déluge de bombes s’abat sur l’Iran depuis 12 jours, de nombreux Iraniens de l’Ontario s’inquiètent pour leurs proches vivant sur place, partagés entre la crainte de voir leur pays rasé par les frappes israélo-américaines et l’espoir d’un renouveau démocratique qu’ils attendent depuis un demi-siècle.

« La guerre est quasiment finie », affirmait en début de semaine le président américain Donald Trump, à la veille d’une journée de frappe annoncée comme « la plus intense » du conflit. Combien de temps encore dureront les bombardements? Des jours? Des semaines? Des mois?

C’est la question que se pose Mohammad Tajdolati. « On est inquiet, confie ce Torontois d’origine iranienne, car il ne se passe pas une heure du jour et de la nuit sans qu’une bombe tombe quelque part. »

Une d’entre elles a atteint dimanche un dépôt pétrolier de Téhéran… « Ça a rendu l’air irrespirable. Les gens sont obligés de sortir avec des masques pour respirer et aller chercher de quoi manger », poursuit ce francophone qui peine à maintenir un contact avec ses proches.

Installé à Toronto, Mohammad Tajdolati est journaliste pour un média persan en ligne. Photo Gracieuseté de Mohammad Tajdolati

« Les communications sont difficiles, affirme-t-il. On n’a pas de nouvelles. De l’extérieur, on ne peut pas appeler à Téhéran. La famille peut appeler avec un téléphone fixe mais, après deux-trois minutes, la ligne est coupée. »

Après l’assassinat du guide suprême Ali Khamenei, remplacé par son fils, M. Tajdolati redoute un enlisement du conflit. « On entre rapidement dans une guerre mais on n’en sort jamais facilement, lâche-t-il. Un sentiment renforcé par la régionalisation du conflit. Plusieurs pays du golfe Persique ainsi que le Liban ont subi des frappes aériennes.

Après la dictature, le rêve d’un changement de régime

Aida Bahramian reste également sur ses gardes : « On a coupé une tête mais le régime des mollahs est comme un cartel. Il s’appuie sur plusieurs alliés partout dans le monde qui profitent des ressources du peuple iranien qui, lui, est plongé dans une précarité constante. »

Cette doctorante en sciences de la santé à l’Université d’Ottawa estime que la guerre est un mal nécessaire. « On rêvait d’un changement depuis des décennies. Après 47 ans de dictature islamique tyrannique, notre pays est étouffé. Ce régime qui tue des innocents et exécute des jeunes aspirant à la liberté n’avait aucune légitimité pour nous. On commence à voir la lumière dans notre pays. »

Aida Bahramian (Ottawa) a été profondément meurtrie par la répression des manifestations en janvier dernier. Photo : Gracieuseté Aida Bahramian

Mis au pied du mur, le peuple ne peut que vouloir de cette aide américaine, décrypte Houchang Hassan-Yari, un Iranien installé à Toronto, par ailleurs politologue et professeur au Collège militaire royal du Canada (CMR) à Kingston.

« Il n’y a pas d’avenir. La République islamique a fait en sorte que la population cherche par tous les moyens à se protéger contre un régime qui est en train de la tuer. Une intervention des États-Unis, même s’ils poursuivent leurs propres intérêts est donc forcément bien reçue, analyse ce spécialiste du Moyen-Orient. Un fossé énorme s’est creusé entre cet État – complètement anti-américain – et sa population dans ses rapports avec les États-Unis. »

Selon Mohammad Tajdolati, en l’absence d’une voix forte de la communauté internationale, il n’y a de toute façon pas d’autre option « contre un régime qui massacre les gens quand ils descendent dans la rue. Notre peuple est abasourdi, vit au jour le jour. À l’approche du Nouvel An iranien dans deux semaines, tout s’est arrêté. Il n’y a plus de sources financières et les réseaux d’alimentation sont interrompus. »

M. Hassan-Yari enfonce le clou sur les Nations Unies : Elles n’ont « pas pris une position très ferme, c’est pourquoi les intérêts américano-israéliens et du peuple iranien se sont rejoints, dit-il à propos d’un schéma gagnant-gagnant : d’un côté les Iraniens se libèrent et, de l’autre, l’Iran normalise ses relations avec ses voisins. »

« Continuer jusqu’à ce que tous les ayatollahs et leurs alliés soient déracinés du pouvoir »
— Aida Bahramian

La sanglante répression des manifestations populaires de janvier dernier a bouleversé Mme Bahramian. « J’étais horrifiée. Au moment où le monde entier nous regardait rompre le silence, Trump a dit qu’il attaquerait l’Iran. On ne pouvait qu’être content. Les gens criaient « Please, help us » et ce jour est arrivé. »

Elle espère que « la guerre va continuer jusqu’à ce que tous les ayatollahs et leurs alliés soient déracinés du pouvoir. Après ça, notre peuple, très cultivé et éduqué, saura prendre en main son avenir, vivre libre et en paix. »

« On sait qu’on va y arriver », est-elle convaincue, pensant à son père – un ancien prisonnier politique resté au pays – et aux Iraniens dans leur ensemble. « Ma famille, ce sont mes 90 millions de compatriotes. »

On compte plus de 200 000 Iraniens au Canada, majoritairement établis en Ontario après la Révolution iranienne de 1979. Une part d’entre eux sont francophones, le français étant la deuxième langue étrangère la plus apprise en Iran après l’anglais.