Laurentienne : « On n’a pas d’autres choix que d’être un peu plus conservateur », prévient le vice-recteur
[ENTREVUE EXPRESS]
QUI :
Alain Simard est vice-recteur principal aux études de l’Université Laurentienne à Sudbury.
LE CONTEXTE :
À l’appel de l’Association des professeures et professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL), un mouvement de grève paralyse depuis deux semaines le déroulement des cours.
L’ENJEU :
Le Conseil des gouverneurs et le syndicat doivent parvenir à une entente pour sortir de l’impasse, tandis que l’établissement se remet d’une lourde crise financière.
« Comprenez-vous la colère des professeurs et le manque de reconnaissance qu’ils expriment depuis plusieurs jours?
On comprend très bien la colère. Ce qui s’est passé pendant la LACC (Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies) était affreux. Les sacrifices étaient grands. On comprend tout ça, d’autant que certains membres de l’administration d’aujourd’hui faisaient eux-mêmes partie des professeurs à ce moment-là. Moi, je n’étais pas encore employé de la Laurentienne. J’étais à l’École de médecine, en bas de la côte. J’ai donc vécu les impacts un peu plus à distance.
Où les discussions ont-elles achoppé lors des négociations? Êtes-vous allés assez loin pour éviter cette grève? Une entente est-elle encore possible?
Il y a les salaires, la charge de travail et la pension. Sur ces trois niveaux, en toute honnêteté, on a mis sur la table la meilleure offre possible avec l’optique responsable de s’assurer que l’Université sera encore ici dans 5, 10 ou 15 ans. On est dans une situation financière beaucoup plus stable, mais on n’en est pas complètement sortis de la zone d’impact de la LACC. Il faut éviter les déficits à tout prix.
Pourtant vous disposez de 200 millions de dollars de liquidités, pour seulement 30 millions de dollars de prêt à rembourser, objecte l’APPUL. N’y a-t-il pas une marge rendant possible un geste supplémentaire?
C’est plus complexe que ça. Beaucoup de surplus générés (comme la vente de certains biens immobiliers ou des subventions pour des projets spéciaux) sont opérationnels et moins gros que ne laissent paraître les chiffres. En bout de ligne, ces surplus-là sont restreints et on ne peut pas les utiliser pour n’importe quoi.
L’autre grande raison, c’est qu’avec la LACC on a signé des ententes qui ne nous permettent plus de reprendre de prêt. Or, les universités dépendent beaucoup de ces prêts car leurs finances sont limitées avec des revenus principalement à l’automne. Donc la Laurentienne dépend beaucoup plus de sa réserve de liquidités qu’on ne le pense. On ne peut pas simplement dépenser ces 200 millions parce qu’on se mettrait encore une fois dans une situation très précaire.
Vous dites qu’on ne peut pas dépenser ces 200 millions pour « n’importe quoi », mais le corps professoral n’est-il pas le cœur de la mission universitaire? Comment allez-vous regagner sa confiance?
La seule façon d’aller de l’avant, c’est de travailler ensemble. Si on n’a pas confiance, ça ne fonctionnera pas. Est-ce qu’on est parfait? Personne ne l’est. Moi-même, je suis dans ce poste depuis quelques mois. J’ai accès à des informations que je ne comprenais pas avant. Il y aura toujours quelqu’un pour questionner la vérité. Dans les dernières années, avec une nouvelle équipe de leadership à l’université, on commençait à rebâtir cette confiance mais avec cette grève, tous ces efforts-là sont perdus.
En attendant, les étudiants sont directement victimes de ce conflit, leurs cours étant suspendus. Comment les aidez-vous? Leur réussite et leur chance de diplôme sont-elles hypothéquées?
Il y a encore trop d’incertitudes à ce stade. On aura des réponses une fois la grève terminée. Notre priorité est de s’assurer que les étudiants pourront compléter leurs études dans ce semestre. C’est un plan qui sera déterminé par le Sénat après la grève. On est résolu à trouver les solutions qui vont avoir le moins d’impact possible. L’annulation d’un semestre est la dernière option et on ne la considère pas à ce point-ci.
Vous avez mentionné que vous étiez relativement nouveau dans ce poste. La gestion de l’Université a connu un profond renouvellement. Comment s’assure-t-on, dans ce nouvel environnement, de ne pas reproduire les erreurs du passé?
Il reste plusieurs choses à régler, mais une des plus grandes responsabilités, c’est de s’assurer que nos décisions financières soient responsables. On n’a pas d’autres choix que d’être un peu plus conservateur, dans le sens où il faut éviter de mettre à nouveau l’université dans une situation qui ressemble à celle qui l’a menée à la LACC.
Le dialogue a-t-il repris ces dernières 24 heures ou la situation est-elle toujours au point mort?
Officiellement, non. Entre les directeurs et les chefs des équipes de négociation, il y a toujours un certain dialogue, mais pas au point de retourner à la table. De notre côté, on est en train d’étudier différents scénarios et on espère que les négociations vont reprendre bientôt. »