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La détermination des professeurs intacte au 10e jour de grève à la Laurentienne

La grève a débuté il y a dix jours avec des lignes de piquetage sur le campus et en centre-ville. Photo : Gracieuseté APPUL

SUDBURY – Affrontant des températures extrêmes, les professeurs entament leur 10e jour de grève à l’Université Laurentienne. Ils affirment qu’ils iront jusqu’au bout pour se faire entendre.

« Nous sommes tous prêts à tenir longtemps s’il le faut, affirme Mery Martinez-Garcia, professeure agrégée à l’École des sciences naturelles. On ne peut pas plier le genou. Certains d’entre nous ne pensaient pas faire grève plus d’une semaine et pensaient que l’Université ferait l’effort de négocier de bonne foi. Mais nous voilà ici, maintenant. »

Dans sa voix, le timbre de la détermination au 10e jour d’une grève déclenchée alors qu’une médiation entre le Conseil des gouverneurs de l’Université Laurentienne et l’Association des professeures et des professeurs de l’Université Laurentienne (APPUL) s’était soldée par une impasse.

Depuis, les professeurs se relayent sur les lignes de piquetage dans un froid glacial. Le thermomètre affiche -28 degrés Celsius en ressenti ce mercredi. Les jours précédents ont été encore plus froids. Mais hors de question de flancher. Ils veulent des réponses à leurs préoccupations.

Tissés serrés, les manifestants se battent notamment pour leur salaire, leur régime de retraite et contre une charge académique excessive. Photo : Gracieuseté APPUL

« Tout le monde est déterminé, constate Elizabeth Carlson-Manathara, professeure agrégée de l’École de service social. On sent beaucoup de solidarité entre professeurs mais aussi de la part de nos étudiants. Sur les piquets de grève, l’ambiance est amicale, soudée. Les gens nous soutiennent. On a même eu la visite d’un autre syndicat venu nous encourager. »

En jeu pour les professeurs : faire reconnaître des années de sacrifices depuis le redressement financier de la Laurentienne. Le niveau des salaires est donc sur toutes les lèvres.

« Nous avions l’espoir que la direction allait nous aider à récupérer une partie des pertes subies lors de l’insolvabilité causée par les dépenses excessives de l’administration pour la modernisation de l’établissement, confie Robert Schinke, professeur titulaire de l’École de kinésiologie et sciences. Et nous nous retrouvons fin janvier sur une ligne de piquetage… Nous avons le sentiment qu’il y a un manque total de considération. »

Les professeurs Robert Schinke, Elizabeth Carlson-Manathara et Mery Martinez-Garcia. Photo : site internet de l’Université Laurentienne

Mais les salaires ne sont pas la seule motivation des grévistes, tient à souligner Mme Martinez-Garcia. Depuis le départ forcé de plusieurs professeurs , « la charge académique est devenue extrêmement lourde. Entre les heures de cours et de labo, tu as juste le temps de préparer tes cours, te mettre à jour, en plus de performer en recherche et assurer la gestion de l’unité et de l’université. Je suis dans cinq comités différents. Quand arrive la fin de semaine, tu finis à la maison ce qu’on n’a pas eu le temps de faire dans nos heures de travail. »

Confiance brisée, pas de retour au dialogue

« Les gens ont beaucoup de mal à faire confiance à cette administration, tranche tout net M. Schinke. Il y a des gens âgés sur cette ligne de piquetage, et ils manifestent par des températures de -30 ou -40 degrés. Ce n’est pas une situation qui favorise la confiance. »

Les professeurs manifestent en outre un fort mécontentement sur la perte de deux années d’ancienneté et sur l’impossibilité de migrer leur régime de retraite vers un régime conjoint.

« On va continuer parce qu’on est traité de manière injuste, poursuit M. Schinke. Nous sommes le corps professoral le moins bien payé de la province. Il n’y a eu aucun ajustement (compte tenu de l’inflation) alors que nous avons fait de notre mieux pour fournir d’excellents services à nos étudiants. L’administration ne semble pas comprendre l’historique qui a mené à cette situation. Même si une entente sera peut-être signée plus tard, lorsqu’il y a autant de ressentiment, cela crée un milieu de travail très difficile. »

« Soutenir nos profs pour soutenir le futur de la Laurentienne » peut-on lire parmi les pancartes. Photo : Gracieuseté APPUL

« On a toujours ce sentiment de ne pas être reconnu à la hauteur de notre travail et ni des sacrifices qu’on a faits au cours des dernières années, renchérit Mme Carlson-Manathara. L’Université aurait pu profiter des négociations collectives pour reconnaître cela mais elle ne l’a pas fait. »

Et de conclure : « On tiendra les piquets de grève jusqu’à ce qu’on obtienne quelque chose de juste. »

À l’heure où nous écrivions ces lignes, le Conseil des gouverneurs et l’APPUL n’avaient pas renoué le dialogue ni repris le chemin des négociations.