Zachary Jeggo, d’Embrun aux relais mondiaux d’athlétisme, « juste être là, c’était déjà spécial »
À seulement 19 ans, Zachary Jeggo a goûté pour la première fois au très haut niveau. Sélectionné avec l’équipe du Canada pour les Relais mondiaux au Botswana, le Franco-Ontarien a vécu sa première expérience internationale chez les seniors, sans toutefois pouvoir courir en raison d’une blessure. Une étape charnière qui laisse entrevoir l’émergence d’un talent du 400 mètres et met en avant le parcours d’un athlète en pleine progression.
Avant d’émerger comme l’un des jeunes espoirs du sprint canadien, Zachary Jeggo ne se destinait pas à l’athlétisme. Originaire de l’Est ontarien, il grandit d’abord dans l’univers du hockey. « Toute mon enfance, j’ai joué au hockey. J’ai fait de l’athlétisme comme un sport secondaire, juste pour être un peu plus explosif », raconte-t-il.
C’est à l’adolescence que tout bascule. Entre une expérience frustrante dans le hockey compétitif et des performances prometteuses sur piste, le choix devient évident. « J’ai eu des bonnes performances aux Nationaux U16… donc je me suis dit : c’est quoi le point de continuer le hockey si je suis capable de bien faire en athlétisme? »
Après avoir exploré plusieurs disciplines, du demi-fond au 400 mètres haies, il se spécialise progressivement sur le tour de piste, une distance qui correspond à son profil.
S’exiler pour progresser
Aujourd’hui, il poursuit son développement à l’Université Simon Fraser, à Vancouver, où il continue de franchir les étapes. Un passage dans l’Ouest canadien qui l’éloigne aussi de ses repères linguistiques, lui qui a grandi dans un environnement francophone.
« J’ai fait l’école de la maternelle jusqu’à la douzième année en français… la grande majorité de ma vie était française. »
Installé en Colombie-Britannique, il reconnaît que le français est moins présent dans son quotidien. « Ici, la francophonie, ce n’est pas une grosse affaire… donc j’essaie d’appeler mes parents pour continuer à parler français. »
Des progrès rapides qui attirent l’attention
L’année 2026 marque une véritable percée dans son parcours. Dès sa première saison universitaire, Jeggo s’impose comme l’un des jeunes coureurs à suivre au pays. Il établit notamment un record canadien U20 en salle sur 400 mètres avec un chrono de 46,72 secondes, avant de descendre sous la barre des 47 secondes à l’extérieur quelques semaines plus tard.
Des performances qui ne passent pas inaperçues et qui le propulsent rapidement sur le radar national. Au début du mois de mai, il est appelé pour la première fois avec l’équipe nationale senior à l’occasion des Relais mondiaux.
Une première expérience internationale marquante
Direction le Botswana, une expérience qu’il décrit comme à part, dans une ambiance « ridicule » dans le stade, qu’il n’avait jamais expérimentée auparavant. « Être capable de représenter le Canada sur l’équipe senior, en Afrique… c’était très spécial, c’était une super belle expérience. »
Même s’il n’a finalement pas pu courir en raison d’une blessure, le Franco-Ontarien retient surtout l’apprentissage au contact des meilleurs, notamment de certains modèles qu’il admirait déjà, comme Christopher Morales-Williams ou encore les sprinteurs canadiens présents sur le circuit.
« Juste voir les athlètes seniors, comment ils prennent les choses au sérieux, comment ils s’entraînent… tu peux apprendre tellement en les observant. »
Au-delà de la piste, c’est tout un mode de vie de haut niveau qu’il découvre. « Même la façon qu’ils mangent, la façon qu’ils prennent soin de leur corps… juste les petites affaires, ça fait une grosse différence. »
Frustration mais motivation
Privé de compétition au dernier moment, Zachary Jeggo admet une frustration bien réelle. Mais cette déception s’est rapidement transformée en moteur pour la suite. « C’est un peu frustrant de travailler toute la saison… puis de ne pas être capable de démontrer mes compétences. Mais ça a aussi nourri le feu en moi… pour pousser pour le reste de la saison. »
Avec plusieurs échéances à venir, dont les Championnats nationaux à Ottawa, le Franco-Ontarien garde le cap.
Cap sur 2028
À court terme, l’objectif est clair : performer aux championnats nationaux et continuer à progresser. Mais à plus long terme, le rêve olympique commence déjà à prendre forme. « C’est un but… et ce n’est pas aussi loin que je pensais. » Avec les championnats du monde 2027 dans le viseur et une place à aller chercher dans les relais canadiens, Zachary Jeggo avance rapidement. Très rapidement.
Et son passage avec Équipe Canada, même sans course, marque déjà une étape clé : celle où un espoir devient un nom à suivre.