Le français prend le bord au Collège militaire royal de Kingston
C’est terminé pour le bilinguisme officiel mur à mur au Collège militaire royal du Canada (CMR) à Kingston. Le même endroit où l’astronaute Jeremy Hansen a notamment perfectionné son français change sa politique de bilinguisme et désigne l’anglais comme langue de travail principale au sein de l’administration.
Le centre de formation des militaires à Kingston passe d’une entité bilingue à une entité unilingue anglaise, en vertu d’une mise à jour de la politique sur les langues officielles à la Défense nationale. C’est ce qu’a indiqué le brigadier-général et commandant au CMR, Pascal Godbout, dans une note interne envoyée aux membres du Collège dont nous avons obtenu copie. Dans celle-ci, il est indiqué que le Conseil du Trésor a désigné la région de Kingston comme étant anglophone.
« L’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux sont menés principalement en anglais », édicte Pascal Godbout en précisant que « l’utilisation des deux langues officielles dans les réunions et les communications internes est encouragée lorsque la situation opérationnelle le permet ».
« Toutefois, l’information essentielle doit être disponible en anglais », décrète le commandant.
Pas d’impact sur l’instruction en français, assure le CMR
Pour les étudiants, les cours seront toujours offerts en anglais et en français, tout comme les cours de langue seconde, est-il précisé dans la note interne. Les élèves continueront aussi de suivre leurs cours selon un mode d’alternance, soit deux semaines en français et deux semaines en anglais.
Si tous les cours ne sont pas affectés, les services internes devront dorénavant privilégier l’anglais. Cette obligation concerne notamment les ressources humaines, les finances, l’administration universitaire, les technologies de l’information, ainsi que tous les services du personnel tels que la paie et les avantages sociaux.
Pour les élèves (les aspirants de marine et élèves-officiers), « le Collège maintiendra la capacité bilingue nécessaire pour respecter cette obligation ». Idem pour les membres du public, qui pourront recevoir un service dans les deux langues officielles en vertu des « normes fédérales en matière d’offre active », est-il décrété en vertu de la nouvelle mesure. Désormais, en vertu de cette directive, l’obligation d’offrir des services internes en français et en anglais ne s’appliquera plus aux employés.
Le CMR de Kingston et le CMR Saint-Jean au Québec sont les deux seules institutions universitaires fédérales du Canada. Elles ont donc des obligations linguistiques en vertu de la Loi sur les langues officielles et les politiques du ministère de la Défense nationale. Les élèves qui y obtiennent leur diplôme reçoivent un diplôme universitaire de premier cycle et un brevet d’officier dans les Forces armées canadiennes. Au total, une vingtaine de programmes sont offerts à une population étudiante de près de 1200 personnes. L’établissement fête d’ailleurs son 150e anniversaire cette année.
Si la note a été envoyée mercredi aux membres de la communauté universitaire, elle date du mois de février. Cela pourrait signifier que des postes de superviseurs ou dans la haute direction n’auront plus d’obligation de bilinguisme en vertu de cette nouvelle directive.
« Le CMR s’engage à garantir que les employés unilingues anglophones et francophones soient traités équitablement et aient un accès juste aux possibilités d’emploi ainsi qu’aux occasions de perfectionnement et d’avancement professionnels, sous réserve des exigences linguistiques légitimes associées à certains postes », peut-on lire dans cette missive.
Le CMR assure que les exigences linguistiques pour les postes « seront gérées de manière responsable et transparente afin de garantir le respect continu des obligations liées aux langues officielles ».
« Les gestionnaires sont responsables de l’application adéquate des exigences linguistiques dans leurs domaines de responsabilité, tout en assurant l’efficacité opérationnelle », soutient Pascal Godbout.
Le commandant assure que le bilinguisme « demeure un aspect clé du Plan de formation des officiers·ères de la Force régulière au CMR ».
CORRECTIF : Une version précédente du texte indiquait que le CMR de Kingston était la seule université fédérale au Canada. Bien que leurs chartes diffèrent, le CMR de Saint-Jean est également une institution universitaire sous responsabilité fédérale.