Congrès : Doug Ford confiant, mais en quête d’un nouvel élan
ETOBICOKE – Le congrès du Parti progressiste-conservateur (PPC), qui débute ce 30 janvier et se poursuit jusqu’au 1er février, ne revêt pas de grands enjeux pour Doug Ford, confiant, en position de force avec un gouvernement majoritaire. Toutefois, selon l’avis d’un expert et d’un partisan conservateur, avec un message de « capitaine Canada » qui s’essouffle, un bilan négatif dans les secteurs de l’automobile et de l’immobilier, celui-ci doit trouver un nouvel élan et un message rassembleur.
Au programme du congrès au Toronto Congress Centre d’Etobicoke, dont l’accès a été interdit aux médias – fait peu commun – des allocutions de Doug Ford et des causeries avec des membres du caucus sont prévues, de même que des conférences et du réseautage.
Pas de gros enjeux à prévoir selon les politologues, avec un Doug Ford en bonne posture, près d’un an après sa réélection. Un gouvernement majoritaire et pas de figure d’opposition qui s’impose, notamment avec la déconfiture et la démission de Bonnie Crombie à la tête du Parti libéral.
Il reste stable dans les sondages, le Parti progressiste-conservateur dominant avec 48 % des intentions de vote chez les électeurs décidés à l’échelle de la province. Côté approbation personnelle, 40 % des Ontariens ont une opinion positive du premier ministre ontarien (Abacus, janvier 2026).
« Ça risque d’être le non-événement de l’année, conjecture la politologue Geneviève Tellier. En fait, je serais très surprise qu’il y ait des surprises. »
« Même si M. Ford est moins populaire qu’il l’a été il y a un an, je n’ai pas eu vent de grognement ou de remise en question au sein de son caucus ou de son cabinet. Donc ce n’est pas quelque chose auquel il a à faire face pour ce rassemblement », dit, lui, le politologue Luc Turgeon.
L’avocat et partisan conservateur Joël Etienne n’anticipe ni surprise ni potentiel remaniement ministériel.
« L’avantage de Doug Ford, c’est qu’il est assis sur une très belle majorité, explique-t-il. Il est encore assez populaire dans les sondages publics, donc il n’a pas vraiment besoin de s’inquiéter. »
Celui-ci revient sur une levée de fonds « spectaculaire » du PPC en novembre 2025 à Etobicoke, leur événement de fin d’année : « C’est une fortune qu’ils ont amassée en une soirée, près de 12 millions de dollars. Il n’y avait pas un gros cabinet d’avocats, cabinet comptable, ou une grande entreprise qui n’y avait pas ses représentants. Je crois qu’après cette soirée-là, la vraie convention est devenue accessoire. »
Une division conservatrice fédérale et provinciale marquée
« C’est tout de même intéressant que ce congrès se passe en même temps que la convention du Parti conservateur fédéral. On essaye habituellement de faire en sorte d’éviter de tels chevauchements. Je pense que ça en dit long sur la relation entre le grand frère fédéral et la province de l’Ontario », constate le politologue Luc Turgeon.
Le partisan conservateur francophone Joël Etienne admet qu’une certaine pression se fait sentir auprès des membres des deux partis, quant à « choisir son camp ».
« En raison de la guerre civile fédérale-provinciale, c’est très difficile même de se présenter dans une convention ou l’autre. On ne peut même pas aller aux deux événements. »
« Théoriquement, en tant que partisans, on est censés aider les deux camps et faire son mieux pour le parti, relève-t-il. C’est ça la passion partisane, sous-entendu des non-employés, des activistes, comme nous appellent les politiciens d’Ottawa et leur personnel. »
Un besoin de renouveau du message de Doug Ford
Pour Luc Turgeon : « Ce qu’on voit, c’est que le parti a très bien fait de profiter de la vague anti-Donald Trump au printemps dernier, un peu comme les libéraux fédéraux, pour se présenter comme les sauveurs. Mais on sent un certain essoufflement de ce message pour Doug Ford. »
Il soulève le fait qu’en général, lorsqu’on est au pouvoir depuis longtemps, une certaine fatigue s’installe auprès de la population, surtout s’il y a une accumulation de scandales.
Selon M. Turgeon, le message sera à recalibrer également avec l’arrivée d’un nouveau chef libéral au provincial : « On peut penser que les progressistes-conservateurs vont tout de suite, comme c’est leur tradition, tenter de définir qui sera ce nouveau chef-là pour l’attaquer et prouver, en comparaison, leur légitimité à défendre les intérêts de la province. »
« Bien entendu, il y a également la question de la situation économique. Avec la rencontre entre Carney et Ford plus tôt cette semaine, il semble avoir voulu faire redescendre la température. Il est dans ses intérêts d’être main dans la main avec Carney, d’une part pour faire avancer ses projets (notamment l’extraction minière du Cercle de feu), et compte tenu de sa popularité plus élevée que celle de Pierre Poilievre. »
La création de nouveaux débouchés économiques pour la province est l’enjeu le plus important selon celui-ci.
Joël Etienne évoque lui aussi cet aspect : « L’économie ontarienne n’est pas très forte, avec les frais de douane américains d’une part – on a misé sur les véhicules électriques qui ne se vendent pas – ce qui prédate les tarifs, et l’immobilier qui n’est pas au beau fixe non plus, avec 20-25 % de déclin en termes de valeur. »
« Je pense que le parti va parler de son historique, de son bilan, mais le problème pour un parti politique c’est qu’il doit toujours se concentrer sur l’avenir et je ne sais pas sur quel discours il va s’appuyer désormais », reconnait-il.
« Parce qu’il est très populiste, Doug est le seul politicien conservateur depuis une génération qui est capable d’aller chercher des comtés néo-démocrates. Mais n’empêche que pour conserver une majorité, il faut définir un but vers lequel avancer », conclut-il.