Henri Lavergne, un regard torontois sur l’avenir de la FESFO
[LA RENCONTRE D’ONFR]
TORONTO – Henri Lavergne a été élu mercredi 51e président de la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO), obtenant 63 % des suffrages au terme d’un scrutin en ligne. L’élève de 11e année au Collège français de Toronto, qui entamera officiellement son mandat en juillet prochain, devient l’un des rares représentants de la métropole à accéder à ce poste. Arbitre de hockey et de baseball, il entend axer son mandat sur la représentativité des régions et l’implication des élèves dans les dossiers de politiques éducatives.
« Vous étudiez au Collège français à Toronto où votre cohorte compte à peine plus de 20 élèves. À quel moment précis avez eu envie de vous impliquer à plus grande échelle?
Ça a commencé dès la 7e année avec le conseil des élèves. Je m’y suis impliqué chaque année à différents rôles : j’ai représenté mes cohortes en 7e et 8e, puis en 9e et 10e, j’étais ministre des Sports. C’est là que j’ai vraiment commencé à travailler avec d’autres écoles autour de moi et à créer des liens dans le réseau des écoles francophones à Toronto.
Cette année, je suis dans l’exécutif de mon conseil mais, au temps des fêtes, j’ai vu que le poste de représentant du Grand Toronto était ouvert. J’ai postulé, j’ai appris ce qu’était la FESFO, j’ai été choisi et j’ai représenté la région pour la moitié de l’année.
Depuis 1977, vous êtes le troisième président originaire de Toronto sur plus de 50 mandats. En quoi est-ce crucial de porter la voix de cette région qui accède si rarement à la présidence?
C’est important d’être représenté dans le Grand Toronto. Accéder à la présidence d’une région un peu différente d’Ottawa, apporte une perspective nouvelle, car les défis y sont très différents de l’Est ontarien. À Toronto, les écoles sont plus petites et le sentiment d’appartenance très différent.
Plusieurs jeunes ne sentent pas qu’ils font partie de la communauté franco-ontarienne à cause d’insécurités linguistiques ou parce que la communauté n’a pas l’air comme eux. Il y a beaucoup de nouveaux arrivants qui rejoignent la communauté. Cette variété-là est vraiment cool à représenter.

Y a-t-il une rencontre ou un modèle dans la communauté franco-ontarienne qui vous a donné l’envie de vous impliquer ou procuré de fortes émotions?
Ce n’est vraiment pas une personne en particulier, mais plus la communauté en général qui m’entoure depuis que je suis très jeune. C’est une communauté au sein de laquelle il y a énormément de fierté. J’adore le 25 septembre : c’est une de mes journées préférées quand tout le monde porte du vert et du blanc et qu’on est fier d’être Franco-Ontarien.
Ce n’est pas toujours facile. On doit souvent se battre pour avoir accès à des services, des écoles en français ou notre droit à l’éducation en français. C’est une passion pour moi et c’est la communauté au complet qui me motive à me battre pour nos droits.
Après les grandes batailles historiques pour les universités comme l’UOF et l’U de S, en quoi la FESFO peut-elle encore être pertinente pour les jeunes aujourd’hui?
C’est le fait que les jeunes franco-ontariens ont besoin d’un endroit à l’extérieur de leur école où ils puissent avoir un contact avec le français. S’ils ont un problème avec l’accès aux services en français dans leur région, ils peuvent être représentés politiquement à l’extérieur de l’école. Seule la FESFO peut offrir ça. C’est important que notre voix soit entendue au niveau provincial et que de nouvelles personnes apprennent ce qu’est l’organisme et utilisent ses ressources.
On parlait souvent d’une baisse de participation ces dernières années. Est-ce qu’on peut dire que la vie associative à la FESFO est redevenue normale ou le réseau est-il encore en reconstruction?
Après la pandémie, ça a été très difficile de rebâtir le réseau, mais on a fait d’énormes progrès, surtout pour rebâtir notre réseau de personnes contacts dans les écoles. On a plus de 100 PéCos (des élèves qui servent de personnes-ressources pour la FESFO) maintenant à travers la province. J’ai mené ma campagne pour augmenter ce chiffre et le nombre d’écoles qui ont une voix directe entre nous et eux. Je veux continuer l’année prochaine à faire des progrès dans la représentation de chaque école.

Il manque encore des représentants pour le Nord et pour Toronto au sein du conseil. Comment allez-vous faire pour motiver les jeunes à prendre ces rôles?
Ce n’est pas de les convaincre de s’impliquer, c’est plutôt de les motiver à le faire. Beaucoup de jeunes veulent s’impliquer, mais ils se disent que leur voix n’a pas un grand impact ou qu’ils ne veulent pas gaspiller leur temps. On doit les convaincre que c’est important d’avoir cette représentation régionale. À Toronto, je suis en contact avec plusieurs personnes pour remplir le poste, et dans le Nord, on fait aussi beaucoup de réseautage. J’aimerais idéalement avoir le conseil au complet avant qu’on prenne la relève en juillet.
Cette année est la septième sans les Jeux franco-ontariens. Leur retour est-il envisagé ou faut-il inventer un nouveau modèle de rassemblement?
Les Jeux sont un événement auquel je n’ai jamais pu participer. Je ne vais pas dire oui ou non sur leur retour, car je n’ai pas encore parlé avec mon conseil de représentation de l’événementiel. Mais, selon moi, les événements qu’on va organiser seront axés sur les besoins et l’intérêt des jeunes. J’ai cru comprendre que la FESFO envisage de continuer le Congrès provincial du réseau jeunesse chaque automne. C’est important d’avoir un endroit où les jeunes francophones de chaque région peuvent se parler.

Comment comptez-vous améliorer la communication et la collaboration avec les autres organismes de la communauté?
Ça aide vraiment de se mobiliser, d’être actif sur les réseaux sociaux et de répondre présent quand on nous pose des questions. Je veux m’assurer qu’on est visible à travers la communauté. On a une excellente équipe au bureau qui est déjà très habile à faire ces collaborations, mais je voudrais augmenter nos collaborations à travers la province.
Le gouvernement envisage de bloquer l’accès aux réseaux sociaux dans les écoles pour protéger votre santé mentale, trouvez-vous cette mesure infantilisante?
Je ne peux pas parler au nom de la FESFO car je ne suis pas encore président, mais de mon côté je comprends que les réseaux sociaux posent un défi pour certains jeunes. Par contre, c’est un excellent outil pour nous pour communiquer avec les jeunes, car c’est là qu’ils se trouvent. Cette année, je rejoindre les jeunes là où ils sont. C’est un moyen de les informer sur des événements politiques ou de les inscrire à nos activités sans devoir aller leur parler un par un en personne. J’aimerais qu’on puisse garder ce moyen de communication, même si on est prêt à s’adapter si la mesure s’impose.

La province veut aussi noter la présence en classe. Trouvez-vous cette mesure nécessaire ou injuste pour ceux qui ont des réalités plus difficiles?
Là encore, je comprends que l’absentéisme est un problème en Ontario mais je voudrais m’assurer que la solution est mise en place de façon équitable et humaine. Certains jeunes doivent travailler pour faire de l’argent pour leur famille, d’autres vivent des défis de santé mentale et ont besoin de journées de repos pour mieux se présenter en classe ensuite.
Si l’absentéisme est compté dans la note finale, il faut que les jeunes puissent avoir une discussion avec leurs enseignants ou leur direction pour trouver une solution humaine plutôt que de juste mettre une solution technique sur un problème.
Certains disent que le système craque et que le financement baisse. En voyez-vous concrètement les effets sur le terrain?
Ce sont plus les profs qui voient l’impact direct sur les ressources en classe, mais pour les jeunes, c’est le manque d’opportunités. Travaillant dans un conseil d’élèves à mon école, je vois qu’on se fait parfois dire « non » parce qu’on n’a pas les moyens d’obtenir du financement pour organiser des activités rassembleuses pour les jeunes. Si on avait plus de financement, ce serait bien plus facile pour les conseils d’élèves d’impliquer les jeunes dans leur communauté.
Vous participiez hier aux états généraux de l’Ontario français ici même, à Toronto. Quel message crucial la jeunesse doit-elle envoyer pour que le futur de la province lui ressemble?
Pour moi, cette journée a été l’occasion d’écouter des perspectives variées et c’était inspirant de voir à quel point tout le monde veut voir du progrès. Mais mon message est clair : je veux que les jeunes soient entendus pour de vrai, pas juste pour « cocher une boîte ».
Trop souvent, on nous consulte par simple formalité parce qu’on est jeunes. Je refuse que notre voix soit un simple crochet sur une liste. Je veux qu’on se sente écoutés parce que notre opinion a un impact réel. Ce que nous, les jeunes, demandons, ce sont des actions concrètes qui reflètent nos idées et notre engagement, pas seulement une consultation pour la forme.

Dans dix ans, quand vous ferez le bilan, quel accomplissement vous fera dire : « J’ai réussi ma mission »?
Je veux être capable de dire que j’ai augmenté le nombre de jeunes francophones qui connaissent la FESFO et qu’on a représenté les défis de chaque région lors de mon mandat, du Nord au Sud.
Qu’aimeriez-vous faire plus tard comme études ou carrière?
J’ai toujours été très impliqué et j’aimerais continuer, que ce soit dans la représentation politique ou pour améliorer la vie des personnes autour de moi. Je n’ai pas encore décidé pour l’université, mais je veux continuer mon éducation en français. J’ai mon œil sur l’Université d’Ottawa en sciences politiques pour son programme bilingue qui est exceptionnel.
Mettons de côté votre titre de président! Qui est le Henri du quotidien, en dehors des études et de la représentation?
C’est probablement le sport. Je suis très impliqué dans le baseball et le hockey. J’arbitre du baseball durant l’été et du hockey durant l’hiver, en plus d’entraîner des jeunes. Je joue aussi régulièrement au hockey.

Suivez-vous les séries éliminatoires de hockey en ce moment et quel genre de partisan êtes-vous?
Oui, je suis les séries! Malheureusement pour moi, je suis un fan des Leafs de Toronto. Malgré tout, j’espère que des équipes canadiennes, comme les Canadiens de Montréal, peuvent gagner pour le Canada. Même si ça me fait un peu mal de dire ça en tant que partisan de Toronto, c’est correct, je suis les résultats de près.
À quoi va ressembler votre été? Des voyages ou projets en perspective, en dehors de vos nouvelles responsabilités à la FESFO?
Pour l’instant, je n’ai pas de voyage spécifique de prévu, puisque j’ai déjà fait un grand voyage en Europe durant la semaine de relâche. Je vais donc rester pas mal chez moi, à Toronto, pour travailler à l’association de baseball comme je le fais habituellement. Je vais en profiter pour passer du temps avec mes amis, mais je vais aussi consacrer une bonne partie de mon temps à me préparer pour la rentrée scolaire et, surtout, pour mon nouveau rôle de président. »
LES DATES-CLÉS DE HENRI LAVERGNE
2009 : Naissance à Toronto, en Ontario.
2021 : Élu représentant de la 7e année au Collège français de Toronto.
2025 : Anime un atelier sur l’importance de l’animation culturelle dans les écoles francophones canadiennes lors du congrès de l’ACELF à Markham.
2026 : Devient représentant du Grand Toronto à la FESFO.
2026 : Élu président de la FESFO.
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.