La fin d’un service de garde abordable et bilingue à l’Université d’Ottawa
OTTAWA – Située sur le campus de l’Université d’Ottawa, la garderie Bernadette fermera ses portes le 31 mai. En cause : un important projet de résidence étudiante lancé par l’Université qui a récemment franchi le cap des 50 000 étudiants.
En octobre dernier, le Bureau des gouverneurs a approuvé un vaste plan de transformation du campus. Le projet prévoit notamment la construction de 2600 places en résidence étudiante, de nouvelles salles de classe, des espaces d’étude, une salle à manger et des espaces verts.
Le réaménagement de l’ancien complexe Brooks, fermé depuis 2018 pour insalubrité et situé au cœur du campus, constitue la première phase du chantier, qui doit débuter à l’été 2026.
Mais pour les familles de la garderie Bernadette, ce développement coïncide avec la disparition, le 31 mai prochain, d’un service essentiel.
Une entente retirée, selon la garderie
« Dans ce nouveau plan directeur d’aménagement, aucune mention n’est faite du Centre de garde Bernadette ni de son avenir », s’indigne Alex Stratas, commissaire à la revendication pour le Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO).

Michel Guilbeault, un consultant et porte-parole embauché par la garderie pour défendre sa cause, affirme que « jusqu’au 1er décembre 2025, une entente de principe existait avec l’Université d’Ottawa pour un nouveau bail au 200, avenue Leese ».
Selon lui, cette entente a été retirée « soudainement, sans préavis et sans explication justificative ».
Du côté étudiant, la décision suscite également l’incompréhension.
Alex Stratas soutient qu’après des années de revendications, l’Université s’était engagée à relocaliser la garderie. « Le jour même où le nouveau bail devait être signé, l’Université s’est brusquement retirée de l’entente », affirme-t-elle.
Les familles et le personnel auraient été « complètement déstabilisés », particulièrement dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie.
Une pression financière majeure
Bilingue et indépendante de l’Université, la garderie est en activité depuis 30 ans. Elle accueille actuellement 49 enfants, alors que 75 autres figurent sur une liste d’attente.
« Les familles paient environ 500 $ par mois pour les services de garde. En cas de fermeture, elles devront se tourner vers le marché privé, où les coûts varient entre 1200 $ et 1600 $ par mois par enfant », estime Michel Guilbeault.
Il précise que sur les 49 familles desservies, 34 sont issues de la communauté universitaire, dont 26 étudiants.

Alex Stratas souligne par ailleurs que l’Université d’Ottawa deviendrait la seule université du groupe U15 (qui regroupe quinze grandes universités de recherche du Canada) à ne pas offrir de service de garde accessible à ses étudiants et à son personnel.
La version de l’Université
L’Université d’Ottawa rejette toute idée de retrait abrupt. Elle affirme avoir amorcé des discussions dès 2021 pour informer la garderie de la démolition à venir du complexe Brooks.
« En 2022, l’Université a accepté la demande de la garderie de continuer à exploiter ses espaces actuels avec l’engagement de lui donner un préavis de six mois avant la démolition. L’Université a respecté cet accord », assure Jesse Robichaud, porte-parole de l’établissement.
L’Université ajoute qu’elle reconnaît l’importance des services de garde pour les familles et rappelle que depuis plusieurs décennies elle a offert « des locaux gratuitement sur le campus en absorbant les coûts d’exploitation afférents (notamment les services publics ».
L’administration soutient également avoir déployé des « efforts soutenus » pour aider la garderie à trouver d’autres locaux, notamment en collaborant avec la Ville d’Ottawa et d’autres propriétaires fonciers à proximité du campus.
Mais l’Université demeure catégorique : « Il n’existe actuellement sur le campus aucun espace disponible propice à l’exploitation d’une garderie dans l’immédiat ou à moyen terme. »
M. Robichaud indique toutefois qu’une personne-ressource sera désignée afin d’accompagner les familles touchées et qu’un groupe de travail évaluera, à long terme, les besoins en matière de services de garde au sein de la communauté universitaire.
La mobilisation continue
Michel Guilbeault remet en question l’argument du manque d’espace, évoquant l’importante superficie occupée, « plus de 100 acres », par l’Université dans le secteur de la Côte-de-Sable.
Il affirme également que des préoccupations environnementales invoquées par l’institution n’auraient pas été appuyées par un rapport formel, et qu’une proposition d’évaluation indépendante serait demeurée sans réponse.
Pendant ce temps, la mobilisation s’intensifie. Plusieurs syndicats de l’Université d’Ottawa, dont le SCFP 2626 (qui représente les travailleurs étudiants), l’APUO (Association des professeur(e)s de l’Université d’Ottawa), l’APTPUO (Association des professeur(e)s à temps partiel de l’Université d’Ottawa) et le Centre de ressources féministes du SÉUO, réclament la relocalisation du service de garde sur le campus.