L'Express s'est d'abord bâti sur une petite équipe de journalistes. Photo : Gracieuseté
Société

L’Express de Toronto, un demi-siècle d’information en français

L'Express s'est d'abord bâti sur une petite équipe de journalistes. Photo : Gracieuseté

TORONTO – L’un des plus anciens journaux décryptant l’actualité en français à Toronto marque cinq décennies d’existence. Jean Mazaré qui a créé le Toronto Express en 1976 ainsi que les futurs collaborateurs ont apporté chacun une pierre à un édifice désormais historique dans la francophonie torontoise.

Au milieu des années 1970, Jean Mazaré était étudiant en graphisme à l’Université OCAD (École d’art et de design de l’Ontario). À cette époque, il mettait son talent de graphiste au service d’une publication francophone hebdomadaire, le Courrier Sud, qui a soudainement fermé ses portes après 30 ans d’existence.

C’est dans ce contexte qu’il a concrétisé l’idée du Toronto Express dans un local situé au sous-sol de l’Alliance française. « Il s’est retrouvé avec une table de mise en page, de l’équipement, puis il s’est dit qu’il allait faire son propre journal », raconte le rédacteur en chef actuel de l’Express de Toronto, François Bergeron. Il souligne que M. Mazaré a rapidement rebondi sur cette ambition de créer un journal francophone, dès la semaine où Courrier Sud a cessé de publier face à des problèmes financiers.

Avec la complicité de deux amis collaborateurs, François Taisne et Édouard Apanaszewski, le trio a réussi à créer un nouveau média local francophone. Le Toronto Express était publié régulièrement et permettait de parler des enjeux locaux et d’offrir une vitrine aux événements qui visaient le public francophone.

« Il a considéré que c’était un succès, donc il a continué », explique M.  Bergeron.

Étudiant roumano-canadien en graphisme, Jean Mazaré a créé le Toronto Express la même semaine que son licenciement du Courrier Sud ayant fait faillite. Photo : Gracieuseté

Comme le disait M. Mazaré, sans supports de diffusion, la francophonie torontoise n’avait pas de point de ralliement communautaire.

Le journal, à l’époque, réussit rapidement à porter la voix de la communauté franco-ontarienne à l’échelle de la province. Un député local avait d’ailleurs brandi la première page du journal à la Chambre des communes afin de souligner la grogne générée dans la communauté francophone liée à l’absence d’accent sur les lettres majuscules dans les passeports canadiens.

« C’est souvent arrivé que des articles du journal génèrent des questions au Parlement », constate François Bergeron.

D’abord introduit comme Le Toronto Express avant de devenir L’Express de Toronto, le premier numéro sort en mars 1976. Photo : Gracieuseté 

Processus de mise en page de l’Express. Photo : Gracieuseté

C’est lorsque les deux associés de Jean Mazaré s’orientent vers d’autres opportunités professionnelles en 1979, que François Bergeron croise sa route lors d’un séjour touristique : « Au bout de quelques semaines, il a fini par me convaincre de lâcher La Presse Canadienne à Montréal et de venir à Toronto. »

Aujourd’hui, M. Bergeron travaille avec le fils de Jean, Éric Mazaré, qui agit en tant qu’éditeur au journal ainsi que des pigistes et chroniqueurs qui couvrent la francophonie torontoise sous toutes ses coutures.

François Bergeron est le rédacteur en chef de l’Express de Toronto depuis 1979. Photo : Gracieuseté

L’âge d’or des années 90

Avant d’entamer un virage numérique, le rédacteur en chef se rappelle d’un moment particulier à la fin des années 1990, où le modèle d’affaires permettait l’embauche de cinq journalistes à temps plein. Le journal pouvait ainsi couvrir plusieurs sujets d’actualité y compris la scène culturelle en Ontario français.

« On avait vraiment beaucoup d’annonceurs intéressés à rejoindre la francophonie torontoise. »

Éric Mazaré (à droite), travaille toujours comme éditeur du journal crée par son père. Photo : Gracieuseté

L’écrivain Paul-François Silvestre, écrit deux chroniques littéraires par semaine pour l’Express depuis presque 50 ans. Photo : Gracieuseté

Dans le contexte de la crise des médias traditionnels et afin de survivre, l’Express de Toronto a diversifié son offre : un site internet, une infolettre et un exemplaire papier que François Bergeron continue de distribuer à 11 000 exemplaires à travers la ville.

« On se demande si on doit cesser le papier, mais on constate que c’est encore payant, c’est comme une carte de visite. »

Aujourd’hui affilié au Réseau.Presse, le média de Toronto fait partie de ce regroupement de plusieurs journaux francophones au pays lui donnant ainsi une meilleure visibilité et une force de frappe plus grande pour défendre la nécessité des médias locaux et des enjeux francophones.