Loger et soigner : La Ville d’Ottawa adopte un nouveau modèle pour répondre à l’itinérance
OTTAWA – Le Conseil municipal d’Ottawa a adopté mercredi une version actualisée de son Plan décennal sur le logement et l’itinérance. En créant un fonds destiné non seulement à la construction, mais aussi aux soins de santé intégrés, la Ville espère loger les 450 citoyens les plus vulnérables en cinq ans plutôt que dix.
Le maire d’Ottawa, Mark Sutcliffe, a été très clair lors du dépôt de sa motion, adoptée à l’unanimité par le conseil. Selon lui, le modèle actuel de lutte contre l’itinérance a atteint ses limites car il oublie l’aspect humain et médical du problème.
« L’une des leçons les plus claires des cinq dernières années est que le logement à lui seul ne suffit pas », a déclaré le maire devant le Conseil. « Sans accès aux soins de santé mentale, aux services de toxicomanie et aux soins primaires, de nombreuses personnes auront du mal à rester logées malgré le fait qu’on leur ait fourni un endroit où vivre. »
Cette vision se traduit par la création du Fonds pour le logement de soutien dès le budget 2027. Ce fonds aura pour mission de financer non seulement les « briques et le mortier », mais aussi le personnel spécialisé qui accompagnera les résidents au quotidien.
Bien que le montant final de ce futur réservoir financier doive être précisé lors du prochain cycle budgétaire, la Ville a déjà posé des jalons concrets. Le maire a confirmé que le budget 2026 inclut une enveloppe de 23,25 millions $ en capital pour le logement abordable, portant l’investissement total de la Ville pour le présent mandat à plus de 105 millions $.
Le Conseil a également autorisé une mesure d’exception : si des fonds se libèrent lors de la clôture des projets de capital de 2025, ils seront immédiatement injectés dans ce nouveau fonds pour servir de « mise de fonds » initiale.

3000 personnes sans toit chaque nuit
Les chiffres présentés au Conseil sont criants. En 2024, à Ottawa, près de 3000 personnes vivent l’itinérance chaque soir. Parmi elles, 450 sont sur une liste d’attente spécifique pour le logement de soutien, la seule option viable pour ceux qui font face à des défis sociaux et de santé complexes.
Au rythme actuel, le dernier de cette liste devrait attendre une décennie avant d’avoir une clé. Un délai jugé inacceptable par les élus.
« Le dernier sur la liste d’attente pourrait attendre jusqu’à 10 ans pour obtenir une unité. C’est pourquoi je dépose aujourd’hui une motion demandant de doubler le rythme auquel nous construisons ces unités de soutien », a martelé Mark Sutcliffe. « Nous ne serons jamais une ville prospère tant que tout le monde n’aura pas un endroit sûr où dormir le soir. »
Un investissement « fiscalement responsable »
Si certains s’inquiètent des coûts, le maire et ses alliés, comme la conseillère Catherine McKenney par le passé ou les voix actuelles du centre-ville, soutiennent que c’est un investissement rentable à long terme.
« Investir dans le logement de soutien est un investissement à long terme qui déplace les dépenses de l’intervention d’urgence vers la prévention et la stabilité », explique la motion du maire. « Cela permet de maintenir les gens logés en identifiant les problèmes tôt, améliore l’accès aux soins, et réduit les appels d’ambulances, les visites aux urgences et les séjours hospitaliers. »
La conseillère du quartier Somerset au centre-ville, Ariel Troster, a salué l’initiative, rappelant que la dignité humaine est indissociable de la santé économique de la ville.
« Nous ne pouvons pas revitaliser le centre-ville d’Ottawa si nous avons une portion significative d’individus sans-abri ayant des besoins sérieux et qui sont continuellement ignorés pour un logement. Présentement, les personnes dans le pire état ne sont pas logées, et c’est très préjudiciable à leur santé ainsi qu’à la sécurité de nos communautés », a-t-elle affirmé en séance.
Une nouvelle définition de l’abordabilité
Depuis 2020, les efforts combinés des gouvernements fédéral, provincial et municipal ont permis d’injecter près de 1 milliard de dollars dans le système d’habitation d’Ottawa. Ce montant a permis de créer 554 logements abordables et 329 unités de soutien, mais la demande continue de croître plus vite que l’offre.
Pour corriger le tir, le Plan rafraîchi introduit une modification technique, mais majeure : la définition de ce qui est « abordable ».
Désormais, la Ville d’Ottawa ne se basera plus sur les prix du marché, mais sur le revenu réel des ménages. C’est un changement réclamé depuis longtemps par les organismes communautaires et les partenaires autochtones qui ont participé à la co-conception de ce plan.
Appel à Queen’s Park et Ottawa
Le maire ne s’en cache pas : en créant ce fonds et en finançant des services de santé, la Ville d’Ottawa s’aventure sur un terrain qui appartient normalement à la province de l’Ontario.
« Puisque cet investissement municipal est censé réduire la pression financière sur les autres paliers de gouvernement, le personnel est dirigé à engager des discussions avec le fédéral et la province pour demander de l’aide au financement, tant pour le capital que pour les opérations », stipule la motion finale.