La ministre de la Santé de l'Ontario, Sylvia Jones, lors d'une conférence de presse à Queen's Park, à Toronto, le lundi 20 octobre 2025. Photo : La Presse Canadienne/Laura Proctor
Politique

La province crée un dossier médical électronique sans données linguistiques

La ministre de la Santé de l'Ontario, Sylvia Jones, lors d'une conférence de presse à Queen's Park, à Toronto, le lundi 20 octobre 2025. Photo : La Presse Canadienne/Laura Proctor

TORONTO – Le ministère de la Santé annonce la création d’un dossier médical électronique provincial pour les patients ontariens qui agirait comme un carnet de santé numérique, pour centraliser des données cliniques. Allergies, vaccinations, prescriptions, ou examens y seront répertoriés, mais sans mention, pour l’heure, des préférences linguistiques.

Ce « Dossier médical de soins primaires », à l’échelle de la province, sera un dossier de santé par patient accessible par les professionnels de la santé.

« Si le dossier médical n’est pas accessible et complet pour tous les professionnels de la santé, cela peut occasionner des complications et risques pour le patient, faire répéter des examens médicaux inutiles, ainsi que créer des retards de prise en charge », souligne la Dre Jane Philpott, présidente de l’Équipe d’action pour les soins primaires, expliquant ainsi que le système actuel est fragmenté.

Une base de données coordonnée réduirait les formalités administratives et améliorerait la qualité des soins reçus par les patients, bien que l’utilisation par les professionnels soit volontaire.

Ces nouveaux dossiers médicaux des patients comporteront tout antécédent vaccinal et médical, les allergies, les traitements en cours, les examens médicaux, mais aucune mention des données sur les préférences linguistiques pour l’instant.

Le ministère de la Santé n’a pas encore été en mesure de confirmer si les préférences linguistiques du patient seraient incluses à terme dans ce nouveau dossier. Le projet est présenté sans en faire mention. Interrogé sur ce point, le bureau de la ministre Jones a indiqué à ONFR que le projet n’en était qu’à ses balbutiements. La province s’apprête à lancer une étude de marché pour sonder les fournisseurs potentiels, précisant que les capacités techniques du futur système ne seront déterminées qu’une fois ce processus complété.

« C’est absolument inconcevable qu’en 2026, la question linguistique n’y ait pas sa place. Pourquoi est-on obligés de réclamer à ce stade alors que le processus d’appel d’offres est déjà en cours? », questionne avec frustration la députée néo-démocrate France Gélinas.

« Cela fait plus de 20 ans qu’on demande ce dossier médical provincial, j’étais encore la directrice d’un centre de soins communautaire ! »

Au-delà des critères linguistiques, l’élue soulève des questions logistiques : « Actuellement, les professionnels de la santé paient pour des bases de données, toutes différentes. Devront-ils encore payer pour accéder à celle-ci? Qui s’occupera du transfert et de la formation du personnel? »

La variable linguistique, « incontournable dans la création d’une base de données provinciale », selon l’AFO

En réaction à cette annonce, le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) Fabien Hébert indique à ONFR qu’une rencontre avec le Centre de planification des services de santé en français de l’Ontario (CPSSF) aura lieu dans les plus brefs délais sur le sujet.

« Le gouvernement est actuellement en appel d’offres. Cela devrait faire partie des critères de sélection pour le logiciel qui sera utilisé et on a encore le temps d’intervenir pour s’assurer que la variable linguistique soit incluse », explique celui-ci.

« Ce qui m’inquiète en revanche, c’est le fait que les médecins auront le choix d’adopter ce système ou non. Si on veut créer un portail universel, est-ce la solution? »

Selon M. Hébert, dans les années 80, quand le processus d’informatisation a commencé en Ontario, le gouvernement a manqué la chance de créer un réseau homogène.

Il nous confirme que l’AFO rappellera aux ministères des Affaires francophones et de la Santé qu’avoir la variable linguistique est un besoin et une demande des francophones.

« Avoir la variable linguistique (anglais-français) est un incontournable dans la création d’une base de données provinciale, tranche-t-il. Il ne faut pas oublier pas que le Canada est un pays bilingue et qu’il y a des obligations envers la communauté francophone. »

« Un rôle déterminant » dans l’accès aux soins

Le Centre francophone du Grand Toronto (CFGT) salue la création de dossier médical électronique, mais considère comme essentiel l’ajout des préférences linguistiques : « Une telle approche pourrait contribuer à soutenir davantage la planification et l’offre de services adaptés aux besoins des différentes communautés, notamment les francophones », réagit la vice-présidente Aissa Nautho.

« Pour les communautés francophones, la langue joue un rôle déterminant dans la compréhension des soins, la relation avec les professionnels de la santé et l’expérience globale du patient. La prise en compte des besoins linguistiques contribue à améliorer l’accès aux services et la qualité des soins. »

Celle-ci souligne l’opportunité que représente l’intégration des préférences linguistiques des patients dans les données recueillies : « Pour les centres de santé communautaires, la disponibilité de ces données faciliterait une meilleure organisation des services, renforcerait l’offre active en français et contribuerait à améliorer l’expérience globale des patients. »

Dans le cadre du budget 2026, qui sera déposé le 26 mars prochain, le gouvernement affirme  accroître le financement général de son Plan d’action pour les soins primaires pour le porter à un total de 3,4 milliards de dollars entre 2025 et 2029.

Selon les données transmises par la province, le Plan d’action pour les soins primaires aurait dépassé ses cibles initiales pour l’exercice 2025-2026. En date du 1er janvier dernier, 330 000 Ontariens auraient été aiguillés vers des services de soins, 30 000 de plus que l’objectif fixé.