Consultation sur l’avenir à Hawkesbury en anglais seulement?
HAWKESBURY – La municipalité de Hawkesbury a tenu lundi soir une réunion publique sur la révision de son Plan officiel, document qui orientera le développement urbain, social et économique de la ville jusqu’en 2046. Si la séance visait à présenter les grandes lignes de la croissance future, elle a été marquée par la question du droit des citoyens d’avoir accès à de la documentation en français dès les premières ébauches d’un projet.
Dès l’ouverture de la période de commentaires, le conseiller Antonio Tsourounakis a montré du doigt une faille majeure dans le processus de consultation. Constatant que la version préliminaire du Plan officiel était accessible presque exclusivement en anglais et que sa traduction n’était prévue qu’une fois le document adopté, l’élu a questionné la démarche.
Pour lui, la pertinence d’une consultation publique repose sur la compréhension du dossier par la population au moment où elle peut encore l’influencer.
Le conseiller a insisté sur le fait que la phase actuelle est cruciale puisque c’est précisément là où le conseil sollicite l’opinion des citoyens. Selon sa vision, une traduction hâtive permettrait aux gens de mieux saisir les enjeux et de commenter de manière éclairée, plutôt que de recevoir un document traduit une fois les jeux faits.
« Au lieu de la traduire à la fin, ne devrions-nous pas la traduire au début? », a-t-il lancé pour clore son argumentaire.
Cette intervention survenait après une présentation technique de la firme torontoise FOTENN Planning and Design, dont les représentants ont admis d’entrée de jeu les limites linguistiques de l’exercice.
« Je m’excuse, mon français est limité », a déclaré Lisa Della Rosa, associée de la firme, avant de préciser que la présentation se déroulerait en anglais.
L’équité démocratique en question
Pour Michael MacDonald, citoyen de Hawkesbury et cofondateur de la Ligue pour la liberté et la responsabilité citoyenne (LLRC), l’enjeu dépasse la simple logistique administrative.
Selon lui, le bilinguisme ne devrait pas être perçu comme un luxe ou un coût supplémentaire, mais comme une condition de validité de l’action publique dans une ville majoritairement francophone.
« Ce n’est même pas une question : ça devrait être fait pour tous les documents, point », martèle M. MacDonald qui soutient que l’utilisation exclusive de l’anglais dans des documents traitant d’enjeux financiers majeurs crée une barrière réelle à l’engagement.
« Quand c’est des mauvaises nouvelles, c’est publié nulle part, c’est juste en anglais. Si tu ne lis pas l’anglais, c’est moins accessible », déplore-t-il, craignant que des informations cruciales ne restent inaccessibles à une partie de la population.
M. MacDonald rejette également l’argument des risques juridiques liés à une traduction imparfaite : « Ajoute une clause de non-responsabilité au bas de tes documents précisant que les informations proviennent d’une firme externe et qu’elles ont été traduites au mieux, mais au moins, fais-le. »
Pour lui, l’absence de documents bilingues envoie un message dur aux résidents : « Oubliez ça, les francophones, vous pouvez rester sur la touche […] comme si vous étiez maltraités dans vos propres dossiers, au sein d’un pays bilingue. »
Les contraintes de l’appareil administratif
En réponse aux préoccupations de l’élu et des citoyens, la direction générale a exposé les contraintes logistiques et budgétaires auxquelles font face les services municipaux. Le directeur général, Samuel Cardarelli, a souligné que la municipalité ne dispose pas nécessairement des ressources pour traduire à l’interne des rapports dont la terminologie est très spécialisée.
Cette problématique est accentuée par la structure même du mandat confié aux experts externes : l’associée a d’ailleurs confirmé que la traduction ne faisait pas partie du contrat liant sa firme à la municipalité, laissant cette responsabilité entièrement à la charge de la Ville.
« Il y en a qui sont super techniques. Malheureusement, on ne pourra pas traduire toutes ces affaires-là qui sont techniques », a admis M. Cardarelli.
Il a précisé que le contrat liant la Ville à la firme consultante n’incluait pas la traduction des versions préliminaires, ce qui oblige la municipalité à évaluer des coûts additionnels. L’administration prévoit donc soumettre un rapport détaillé au conseil afin que les élus puissent décider d’allouer les ressources nécessaires pour traduire ces documents dès qu’ils sont au stade de brouillon.
À la suite des échanges, l’administration s’est engagée à produire un rapport administratif détaillé pour évaluer précisément les frais liés à l’externalisation de la traduction.
Les jalons du développement futur
Le Plan officiel révisé devrait être soumis pour approbation finale au cours de l’année 2027.
D’ici là, le document propose déjà des changements structurels importants, notamment un élargissement du périmètre du centre-ville pour permettre une plus grande hauteur de bâtiment et un objectif d’allouer au moins 10 % des nouvelles unités à l’habitation abordable.
La version finale devra également intégrer des exigences techniques précises, comme les études de vibrations pour les constructions situées à proximité des voies ferrées. Comme l’a rappelé l’administration lors de la séance, « n’importe qui peut construire à 30 mètres de la track s’il rencontre les standards du niveau de la vibration et puis du son ».