Crise à Fauquier-Strickland : la mairesse désavouée par son conseil
FAUQUIER–STRICKLAND – En pleine tourmente financière, le conseil municipal de Fauquier-Strickland a refusé, mardi soir, de financer le déplacement de la mairesse Madeleine Tremblay au congrès de la Fédération des municipalités du Nord de l’Ontario (FONOM), invoquant une rupture de confiance au cours d’une séance où plusieurs autres mesures d’austérité ont été adoptées.
Lundi soir au cours d’une réunion ordinaire du conseil municipal, une motion proposée par la mairesse et ne figurant pas dans l’ordre du jour a accentué les tensions déjà lourdes au sein du groupe d’élus.
La motion proposait d’envoyer un membre du conseil pour représenter la municipalité au congrès de la FONOM organisé à Timmins du 11 au 13 mai prochain.
La mairesse s’est portée volontaire soulignant qu’elle a appris, quelques jours plus tôt, lors de la rencontre annuelle de l’Association des municipalités du Nord de l’Ontario (NEOMA) dont elle est actuellement vice-présidente, que des ministres y seront présents.
« Je serais intéressée de m’y rendre et d’avoir une délégation pour parler avec la Société de gestion du fonds du patrimoine du Nord de l’Ontario et les Affaires municipales pour les remercier de leur soutien et de continuer le lobbying auprès du ministère des Infrastructures pour avoir des fonds pour la rénovation de notre pont », a-t-elle plaidé avant d’ajouter que le lieu du congrès cette année est « le plus proche possible ».
Une opposition frontale
La conseillère Priscilla Marcoux, bien qu’elle ait reconnu l’utilité d’une représentation, n’a pas caché sa ferme opposition : « À mon honnête avis, je ne pense pas que Madame la mairesse soit la meilleure personne pour diriger, pour expliquer les choses. »
Et d’ajouter : « Je ne suis pas d’accord que l’on paye plus de 1000 $ pour Mme la maire, c’est beaucoup trop. Si c’était votre propre argent, je n’aurais pas de problème, mais que la municipalité, que ces gens payent pour ça, ce n’est pas acceptable. »
Même son de cloche chez le conseiller Pierre Lamontagne : « Je suis d’accord, la confiance est brisée. »
« Oui, mais il y a bien de l’ouvrage à faire », lui a répondu la mairesse.
« Je sais […] mais regarde à combien de meetings tu vas et regarde dans quelle situation on est, ça n’a pas aidé », lui a-t-il rétorqué.
Madeleine Tremblay a d’abord acquiescé, avant de se défendre en insistant sur l’importance de s’enquérir de la situation des autres municipalités. « On sait ce que les autres municipalités pensent », a rétorqué Mme Marcoux.
Durant le vote enregistré, l’ensemble des conseillers, à l’exception de la mairesse, a voté en défaveur de la motion.
Austérité à tous les étages
Ce refus s’inscrit dans une série de compressions drastiques. Le conseil a notamment voté pour réduire son propre budget de déplacements et de conférences, le faisant passer de 10 000 $ à 3000 $ pour l’année à venir.
Malgré l’intervention de la conseillère Priscilla Marcoux, soulignant que la bibliothèque fonctionne déjà avec son plus faible financement en vingt ans, les élus ont entériné une coupe additionnelle de 1500 $. Cette réduction a été adoptée sous l’impulsion de la mairesse, qui préconisait des compressions encore plus drastiques.
« Voilà où les 1000 pièces devraient aller », s’est exclamé le conseiller Lamontagne après le refus d’envoyer la mairesse au Congrès de la FONOM.
Par ailleurs, une résolution a été adoptée pour demander à la province de revoir le coût de la Police provinciale de l’Ontario (PPO), jugé insoutenable.
Le dossier de l’eau a suscité de vives tensions, attirant de nombreux résidents ruraux venus s’opposer fermement à toute augmentation. Ces derniers refusent de financer, par leurs taxes, un déficit de 185 000 $ lié à un service dont ils ne bénéficient pas, dénonçant une iniquité flagrante entre les secteurs urbains et ruraux.
Devant cette mobilisation et la complexité de la répartition fiscale, les élus ont reporté leur décision au prochain conseil. Bien qu’une hausse de 15 % des tarifs soit envisagée pour les usagers du réseau, le conseil souhaite réévaluer les options et les frais facturés aux édifices publics avant de trancher.
Enfin, le conseil a rejeté le vote électronique pour 2026, préférant sacrifier une économie de 10 000 $ pour maintenir le scrutin papier, tout en garantissant, par voie de résolution, que tout le matériel électoral sera intégralement bilingue.
Cette séance d’arbitrages survient alors que la municipalité est liée par une entente de financement d’urgence pouvant atteindre 900 000 $ avec la province, l’obligeant à adopter un budget équilibré d’ici l’échéance du 30 avril.