Les autorités sanitaires assurent que les risques liés au hantavirus et à l’Ebola demeurent faibles en Ontario malgré la surveillance de plusieurs cas potentiels. Canca
Société

Ebola et hantavirus : « Il n’y a aucune raison de s’inquiéter dans l’Est ontarien »

Les autorités sanitaires assurent que les risques liés au hantavirus et à l’Ebola demeurent faibles en Ontario malgré la surveillance de plusieurs cas potentiels. Canca

Le Dr Paul Roumeliotis est médecin hygiéniste et directeur général du Bureau de santé de l’est de l’Ontario.

En Ontario, trois voyageurs à haut risque liés au hantavirus sont en isolement strict.
En parallèle, un patient est évalué après un voyage en Afrique de l’Est afin d’écarter notamment le risque d’Ebola, a annoncé mercredi le ministère de la Santé de l’Ontario. Aucun cas n’est toutefois confirmé dans la province.

Alors que les souvenirs de la pandémie de COVID-19 demeurent présents, les autorités sanitaires canadiennes assurent une surveillance étroite des maladies infectieuses émergentes et des risques liés aux voyages internationaux.

«  Quelle est actuellement la situation concernant l’Ontario, et plus particulièrement dans l’est de la province?

Il n’y a aucune raison de s’inquiéter dans notre région. Nous n’avons aucune indication que des personnes ayant voyagé sur la croisière à l’origine de la contamination (le MV Hondius) se trouvent dans l’est de l’Ontario. Il n’y a donc aucun risque pour la population.

Pour ce qui est de l’Ebola, l’épidémie demeure limitée à certaines régions d’Afrique. Malheureusement, il y a beaucoup de cas et de décès, mais il n’y a actuellement aucun risque pour la population canadienne.

En Ontario, trois voyageurs à haut risque — deux qui se trouvaient à bord du navire de croisière et un autre qui était sur le même vol qu’une personne décédée des suites du hantavirus — sont actuellement en isolement strict. Y a-t-il lieu de s’inquiéter?

Les personnes actuellement isolées en Ontario ne le sont pas dans l’est de la province. Toutes les précautions nécessaires ont été prises. La santé publique a effectué le traçage des contacts et rejoint toutes les personnes concernées.

Vous savez aussi qu’à Vancouver, une personne ayant contracté la maladie a développé des symptômes, mais elle était déjà en quarantaine. Elle n’a donc infecté personne.

Il faut aussi préciser qu’il existe différentes souches de hantavirus. La plupart sont transmises par les excréments ou l’urine de rongeurs. Habituellement, une personne infectée ne transmet pas ensuite le virus à d’autres humains.

La souche détectée chez ces voyageurs en provenance d’Argentine peut toutefois se transmettre d’une personne à l’autre, mais très difficilement. Cela nécessite un contact très étroit et prolongé pendant plusieurs jours.

Ce n’est pas comparable à la COVID-19, à la grippe ou à la rougeole. Pour toutes ces raisons, je ne suis pas inquiet pour notre région.

Le Dr Paul Roumeliotis assure que le risque lié au hantavirus et à l’Ebola demeure faible dans l’Est ontarien. Gracieuseté

Est-ce que des précautions particulières ont été mises en place par les autorités sanitaires?

Tous les bureaux de santé publique de l’Ontario, ainsi que les médecins spécialistes, se sont réunis récemment pour discuter de la situation, sachant que certains voyageurs revenaient en Ontario.

Nous avons élaboré des protocoles clairs concernant le diagnostic, l’isolement, les précautions à prendre et le traçage des contacts. Ces documents sont partagés à travers la province.

Nous sommes prêts. Mais honnêtement, une fois que la période d’isolement des personnes concernées, notamment par le hantavirus, sera terminée, je ne crois pas qu’il y aura un problème en Ontario.

Beaucoup de personnes comptent voyager cet été. Est-ce que voyager représente un risque?

Ça dépend où l’on voyage. Les personnes touchées avaient séjourné dans une région d’Argentine où le hantavirus est endémique. Dans ce contexte, oui, il y a un risque.

Même chose pour l’Ebola : je déconseillerais actuellement les régions d’Afrique où il y a des cas actifs.
Santé Canada offre des outils très utiles pour connaître les risques par pays et les précautions à prendre avant un voyage.

Les croisières, par exemple, favorisent la propagation des virus parce que les gens vivent dans un espace fermé. On l’a encore vu récemment avec une autre croisière où plusieurs passagers ont développé des symptômes gastro-intestinaux, probablement liés au norovirus.

De façon générale, si l’on s’informe bien, qu’on évite les zones à risque et qu’on prend les précautions nécessaires, voyager demeure sécuritaire.

Certaines régions nécessitent des vaccins ou des médicaments préventifs, par exemple contre l’hépatite ou la malaria. Personnellement, je préfère voyager dans des endroits où les risques sont les plus faibles possible.

Est-ce que l’immigration et les déplacements internationaux peuvent favoriser la propagation de maladies comme l’Ebola?

Il y a beaucoup de déplacements entre les pays touchés actuellement en Afrique. Si les mesures aux frontières et aux douanes ne sont pas adéquates, cela peut favoriser la transmission.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles l’Organisation mondiale de la santé considère la situation préoccupante. Lorsqu’il y a une flambée épidémique, la priorité est toujours d’identifier rapidement le virus et de limiter sa propagation.

Avec l’Ebola, par exemple, une personne demeure très contagieuse, même après son décès. Certaines transmissions surviennent lors des funérailles.

Heureusement, au Canada, nous avons des protocoles bien établis. On demande notamment aux voyageurs s’ils présentent des symptômes et quelles régions ils ont visitées.

Mais il faut aussi reconnaître que les pays touchés sont souvent confrontés à la pauvreté et à des systèmes de santé publique fragiles, ce qui complique énormément le contrôle des épidémies.

C’est particulièrement inquiétant parce que l’Ebola est une maladie très dangereuse, avec un taux de mortalité de 30 à 40 %. Et la souche actuelle ne répond pas au vaccin existant, ce qui complique la situation.

Même au Canada, plusieurs personnes dénoncent les problèmes dans le système de santé : urgences débordées, manque de médecins… Est-ce que cela pourrait compliquer la gestion d’une nouvelle pandémie?

C’est vrai que les hôpitaux et le système de soins aigus sont sous pression. Mais cela ne veut pas dire que notre système de santé publique n’est pas préparé. Nous travaillons en étroite collaboration avec les hôpitaux, les ambulanciers, les cliniques et même les forces militaires lorsque nécessaire.

Nous avons appris de la COVID-19 et nous sommes capables de mettre rapidement en place des mesures d’isolement, de dépistage et de coordination. Le système hospitalier peut être débordé, mais notre capacité de surveillance et de gestion des maladies infectieuses demeure solide. »