Le Collège militaire royale du Canada à Kingston est l'une des unités touchées par une mesure désignant l'anglais comme langue de travail au sein de l'administration. Photo : Canva
Politique

« Une très mauvaise décision » : inquiétude après le recul du français à la Défense nationale

Le Collège militaire royale du Canada à Kingston est l'une des unités touchées par une mesure désignant l'anglais comme langue de travail au sein de l'administration. Photo : Canva

OTTAWA- La décision de la Défense nationale d’imposer l’anglais comme langue de travail dans plus d’une centaine de bureaux envoie un mauvais signal, selon la francophonie canadienne et les partis d’opposition à Ottawa.

« Je pense que c’est une très mauvaise décision », réagit en entrevue le directeur général de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), Alain Dupuis, qui craint le mauvais message que cela pourrait envoyer ailleurs dans l’appareil fédéral.

« On ne veut absolument pas que la norme dans les ministères devienne de revoir à la baisse leurs obligations linguistiques, plutôt que de trouver des solutions créatives pour élargir le droit de leurs employés de travailler en français », signale-t-il.

La Défense nationale a indiqué dans une infolettre, à la fin juillet, qu’elle imposerait l’anglais comme langue de travail dans plus d’une centaine de bureaux à travers le pays, situés hors des régions désignées bilingues.

Cette mesure devrait toucher 180 unités, en majorité situées dans l’Ouest canadien, en Ontario et dans les Maritimes (à l’exception du Nouveau-Brunswick), où il ne sera plus permis d’utiliser le français comme langue de travail. Toutefois, elle pourrait également viser des unités situées au Québec, dont le statut passera de bilingue à unilingue francophone.

Cette mesure s’appliquera autant aux unités des Forces armées canadiennes qu’aux bureaux du ministère de la Défense. Estimant que cette initiative de l’administration fédérale va à l’encontre de la refonte de la Loi sur les langues officielles de 2023, sanctionnée par le gouvernement libéral, la FCFA sollicite l’intervention du ministre des Langues officielles, Marc Miller, ainsi que du ministre de la Défense, David McGuinty.

« Il est essentiel que le pouvoir politique se saisisse du dossier et envoie un signal clair. Enlever des droits linguistiques à des fonctionnaires qui veulent travailler en français ne respecte en rien la lignée des engagements pris par ce gouvernement », mentionne Alain Dupuis.

Sollicité pour commenter la situation, le cabinet du ministre des Langues officielles Marc Miller a plutôt orienté notre demande vers son confrère ministériel responsable de la Défense nationale, dont nous n’avions obtenu aucune réponse au moment de publier ce texte.

Le ministre de la Défense nationale David McGuinty. Photo : compte X officiel de David McGuinty

« C’est un recul énorme : les gens travaillaient en français. Et là, considérant qu’ils ont certaines difficultés, la loi du moindre effort fait en sorte qu’ils reculent et qu’ils réduisent les unités qui utilisent la langue française. C’est inacceptable », dénonce de son côté le député conservateur Joël Godin.

Ce dernier estime lui aussi que le ministre McGuinty se doit d’agir pour mettre cette décision en pause, et déplore la façon dont le tout a été dévoilé.

« Ça a été fait en catimini, de façon subtile et hypocrite. Si c’est leur intention, qu’ils le disent franchement, mais c’est très inquiétant », note l’élu conservateur.

Pour le Bloc Québécois, cette annonce ne vient qu’officialiser ce qui se passe réellement sur le terrain, déplore sa leader parlementaire, Christine Normandin.

« Ça nous fâche, mais malheureusement, on le voit tellement souvent », affirme-t-elle.

« On a souvent entendu des gens qui travaillaient à la Défense, autant des militaires que des civils, venir nous dire sous le couvert de la confidence que c’était impossible de travailler en français », ajoute la députée.

Cette nouvelle directive met fin au statut bilingue des bureaux implantés dans des zones unilingues : la langue de travail y est dorénavant établie principalement selon la région géographique de l’organisation ou de l’unité. Cette ancienne approche « présentait certains défis », a expliqué la Défense nationale.

« Plusieurs organisations et unités situées dans des régions unilingues éprouvaient des difficultés à respecter leurs obligations linguistiques, ce qui entraîne des plaintes fondées et de la frustration », a justifié le ministère dans son infolettre.

Le Commissariat aux langues officielles nous a indiqué que la commissaire, Kelly Burke, n’était pas disponible pour une entrevue, tout en précisant que le bureau avait déjà reçu une plainte au sujet de cette décision de la Défense nationale.