Défense nationale : le français se fait montrer la porte dans une centaine d’unités
Quelques mois après le Collège militaire royal de Kingston, c’est au tour de plus d’une centaine d’autres unités de la Défense nationale de devoir désormais prioriser l’anglais comme langue de travail, au détriment du français.
La Défense nationale a indiqué, dans une infolettre publiée à la fin juillet, qu’elle supprimait la désignation linguistique bilingue de près de 180 unités. Celles-ci deviendront en majorité unilingues anglaises, selon des informations d’abord rapportées par Le Devoir. Ce changement s’applique autant aux Forces armées canadiennes (FAC) qu’aux bureaux du ministère.
« Cette approche (bilingue) présentait certains défis. Plusieurs organisations et unités situées dans des régions unilingues éprouvaient des difficultés à respecter leurs obligations linguistiques, ce qui entraînait des plaintes fondées et de la frustration », justifie la Défense nationale dans son infolettre.
La Défense nationale explique qu’en vertu d’une nouvelle directive, la langue de travail est désormais déterminée principalement en fonction de la région où se trouve l’organisation ou l’unité, mettant ainsi fin au statut bilingue de bureaux situés dans des zones unilingues.
« En d’autres mots, on ne parle plus d’organisation ou d’unité anglaise, française ou bilingue. On parle désormais de la région linguistique dans laquelle l’organisation ou l’unité exerce ses activités », précise le ministère fédéral.
Cette directive, introduite en 2025, concerne principalement des bureaux et des unités situés dans l’Ouest canadien, dans les Maritimes et dans certaines régions de l’Ontario. Elle pourrait toutefois aussi toucher des unités au Québec, qui passeront de bilingues à unilingues francophones.
Selon la désignation linguistique du gouvernement fédéral, l’ensemble du Nouveau-Brunswick ainsi que certaines régions précises du Québec et de l’Ontario possèdent un statut bilingue. En revanche, l’anglais est établi comme langue officielle de travail dans le reste du pays (à l’exception du Québec), les activités devant s’y dérouler « principalement dans la langue officielle prédominante de la province ou du territoire où elles sont établies ».
En Ontario, outre Ottawa, les unités implantées dans l’Est de la province et dans certaines villes du Nord, comme Sudbury ou le district de Cochrane, se trouvent dans des régions bilingues.
Avant ce changement, selon des données tirées de rapports de la Défense nationale, le nombre de bureaux et d’organisations considérés comme bilingues au sein des Forces armées s’élevait à 436.
Cette modification s’apparente au cas du Collège militaire royal de Kingston, dont le statut est passé de bilingue à unilingue anglophone en mai dernier. En vertu de cette directive, l’administration interne, les réunions du personnel et les services centraux y sont menés principalement en anglais, tandis que les services au public et l’instruction demeurent disponibles dans les deux langues. La commissaire aux langues officielles avait confirmé l’ouverture d’une enquête concernant l’institution militaire.
Un ministère problématique?
Au cours des dernières années, le nombre de plaintes déposées contre la Défense nationale auprès du Commissariat aux langues officielles (CLO) a fluctué, selon des données transmises par l’organisme en février dernier. L’institution s’est classée au 2ᵉ rang de l’appareil fédéral en 2018-2019 avec 82 plaintes, puis au 4ᵉ rang en 2019-2020 avec 77 plaintes, avant de devenir l’organisation la plus visée en 2020-2021 en enregistrant 140 plaintes.
Toutefois, entre 2021 et 2024, le volume de plaintes a connu une baisse importante, oscillant entre 26 et 49 par an. Par conséquent, la Défense nationale ne figurait plus parmi les cinq organisations fédérales faisant l’objet du plus grand nombre de signalements.