Fierté dans la Capitale : David Breault « recommence à tisser les liens »
[ENTREVUE EXPRESS]
QUI :
David Breault, président du conseil d’administration de Fierté dans la Capitale, l’organisme qui organise le festival annuel de la Fierté à Ottawa.
LE CONTEXTE :
Fierté dans la Capitale conclut son édition 2026 dimanche avec son traditionnel défilé. En 2025, celui-ci avait été interrompu puis annulé après son blocage par des manifestants de Queers for Palestine, qui réclamaient notamment le rétablissement d’une déclaration publiée par l’organisme en 2024 en solidarité avec les Palestiniens, puis retirée de son site internet.
L’ENJEU :
Après deux années de controverses, Fierté dans la Capitale tente de retisser ses liens avec la communauté. Sa position exprimée en 2024 n’a toutefois pas changé.
« Dans quel état d’esprit abordez-vous le défilé de cette édition 2026?
Honnêtement, les gens sont très excités. On a très hâte, pas seulement pour le défilé, mais pour le festival en général. D’après ce qu’on entend de nos partenaires locaux, communautaires et des différents groupes, tout le monde est prêt pour la semaine de la Fierté.
Quelles ont été les principales nouveautés cette année?
Nous avons organisé pour la première fois un forum municipal. Comme Ottawa est en pleine campagne électorale, nous avons invité tous les candidats à la mairie à venir parler des enjeux importants pour les personnes LGBTQ+. Tous ne sont pas venus, mais nous avons eu de très bonnes discussions.
Nous avons aussi organisé un déjeuner communautaire en partenariat avec Opération Come Home. Pendant le festival, nous occupons une partie du centre-ville et certains parcs où vivent des personnes sans-abri. C’était une façon pour nous de leur dire merci.

Après l’annulation du défilé l’année dernière, qu’avez-vous changé pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise?
Nous avons fait des changements du côté de l’infrastructure. C’est notamment l’une des raisons pour lesquelles nous avons changé le parcours cette année, afin d’avoir plus de flexibilité si nous en avons besoin.
Mais nous avons surtout fait beaucoup de travail communautaire. Nous avons rencontré des membres de la communauté, notamment des personnes impliquées dans le groupe qui avait participé à l’interruption l’année dernière.
Nous avons eu des conversations difficiles, mais importantes, sur ce que la communauté attend de la Fierté et ce qu’elle souhaite pour l’avenir. Fierté dans la Capitale n’a pas nécessairement été très visible dans la communauté en dehors du festival. Nous faisons donc un effort plus concerté pour améliorer notre travail communautaire et avec nos partenaires. Ces discussions ont même modifié certaines choses cette année, notamment du côté des artistes et de l’accessibilité.
Nous recommençons à tisser des liens pour pouvoir continuer à avoir ces conversations sans que le défilé soit interrompu.
La question de la Palestine était au cœur des événements de l’année dernière. Votre position a-t-elle évolué depuis votre déclaration de 2024?
Notre position n’a pas changé depuis la publication de cette déclaration en 2024. Les engagements que nous avions pris cette année-là, nous les maintenons et nous les poursuivons encore cette année.
C’est toujours très important pour nous. Mais il s’agit surtout d’un travail en arrière-plan, autour des politiques et de la gouvernance. Ce n’est pas nécessairement du travail très « sexy », donc nous n’en parlons pas forcément haut et fort.

Comment rassembler lorsqu’un sujet provoque autant de divisions au sein de la communauté?
La Fierté a toujours été un endroit où les conversations difficiles ont leur place et il est important de continuer à les avoir.
Mais je ne pense pas qu’on arrivera un jour à un point où tout le monde sera d’accord. Nous sommes une communauté très diversifiée. Il y a des personnes LGBTQ+ très progressistes et d’autres beaucoup plus conservatrices.
Selon moi, la question n’est pas d’essayer de réunir tout le monde, mais plutôt de savoir si nous sommes capables de travailler ensemble et d’avancer vers un objectif commun. Il y aura toujours des personnes qui ne seront pas contentes. Ce n’est pas notre objectif de plaire à tout le monde, parce que nous n’y arriverions jamais.
Le thème de cette année est « Ensemble, on rayonne ». Que représente-t-il?
Nous avons besoin d’être ensemble pour être vus et être visibles. C’est le pouvoir de la solidarité et de la lutte collective qui nous permet d’aller de l’avant.
Mais « Ensemble, on rayonne », c’est aussi mettre la communauté queer sous les projecteurs, pas seulement pour son côté militant, mais aussi pour montrer son talent. Le thème représente donc à la fois l’idée de faire avancer la communauté et celle de mettre en lumière son travail. »