En Ontario, les élections scolaires se déroulent en même temps que le scrutin municipal et permettent d'élire les conseillers scolaires dans chacune des régions électorales des conseils de la province (jusqu’à 12 par conseil) pour un mandat de quatre ans, couvrant la période de 2026 à 2030. Photo : Canva
Politique

La démocratie scolaire mise à mal par l’abstention et la stagnation des candidats?

En Ontario, les élections scolaires se déroulent en même temps que le scrutin municipal et permettent d'élire les conseillers scolaires dans chacune des régions électorales des conseils de la province (jusqu’à 12 par conseil) pour un mandat de quatre ans, couvrant la période de 2026 à 2030. Photo : Canva

Les élections des conseillers scolaires, qui se tiendront le 26 octobre prochain conjointement avec les élections municipales, connaissent un déclin constant de leur taux de participation. De plus, avec trop peu de candidats, les réélections par acclamation se multiplient, un phénomène qui alerte plusieurs acteurs du milieu quant à la santé démocratique de la gouvernance scolaire.

En Ontario, ce vote vise à élire les conseillers scolaires au sein des régions électorales de chaque conseil scolaire, qui en compte jusqu’à 12, pour une nouvelle période de quatre ans, de 2026 à 2030.

Or, lors des dernières élections municipales et scolaires de 2022, le taux de participation provincial s’est effondré à 36,3 %, poursuivant sa chute après les 38,3 % enregistrés en 2018 et les 44 % de 2010.

Mathieu Fleury, ancien conseiller municipal d’Ottawa, et candidat au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) rappelle qu’il s’agit d’une désaffection plus vaste qui frappe l’ensemble du pays, mais dont le palier municipal souffre particulièrement depuis une dizaine d’années.

Mathieu Fleury est candidat pour les quartiers 12 et 13 d’Ottawa au sein du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario. Photo : site officiel de Mathieu Fleury

« Les gens arrivent, ils savent à peine pour qui voter à la mairie, puis ils doivent décider qui les représentera comme conseiller municipal. Et enfin, en tout dernier item sur le bulletin, ils doivent choisir un conseiller scolaire », explique-t-il. Les citoyens peinent ainsi à connaître les candidats, leurs programmes ou les enjeux réels défendus par les différentes candidatures.

Pourtant, bien qu’il soit le parent pauvre du scrutin municipal, le conseil scolaire constitue l’un des paliers politiques les plus proches des communautés. Souvent méconnus, les conseillers scolaires gèrent pourtant d’imposants budgets publics et définissent les politiques locales d’éducation. En plus de représenter la population locale, ces élus ont pour mission d’assurer la gouvernance et la reddition de comptes du conseil.

Plusieurs conseils scolaires affirment promouvoir activement l’importance du vote et des candidatures sur leurs plateformes numériques. Toutefois, la démarche d’information s’arrête là : les sites officiels ne diffusent qu’une simple liste nominative des candidats. Les profils, visions stratégiques et programmes politiques des aspirants conseillers demeurent quant à eux quasi absents en ligne.

Selon M. Fleury, l’absence de vraies campagnes aggrave ce phénomène. Également, dans de nombreuses circonscriptions, le manque de candidats mène à des élections par acclamation, ce qui annule le vote, décourage la participation des électeurs et érode l’habitude du vote local. Cette année, près des deux tiers des sièges de conseillers scolaires seront ainsi pourvus par acclamation parmi les quatre conseils scolaires publics de langue française de l’Ontario.

Un manque de candidats et de renouvellement

« Si les gens votent sans avoir aucune idée des candidatures, ou s’il y a trop de gens acclamés, ce sont tous des indicateurs d’un besoin de réforme », remarque l’ancien conseiller municipal qui soulève l’idée de moderniser le système en limitant par exemple le nombre de mandats à deux pour forcer le renouvellement.

Un besoin de renouveau partagé par Yelena Nichilo, une mère de deux enfants, très impliquée dans la vie scolaire, qui se lance pour la première fois pour un siège à Toronto-Ouest au sein du Conseil scolaire catholique MonAvenir.

« Dans cette élection, neuf candidats sur 12 ont déjà été élus par acclamation puisqu’ils étaient les seuls à avoir déposé leur candidature, rapporte-t-elle. On retrouve essentiellement le même groupe de personnes qui jouent aux chaises musicales d’une élection à l’autre. »

Yelena Nichilo, mère de deux fils et présidente du Conseil d’école de l’École élémentaire catholique du Sacré-Cœur de Toronto, se présente comme conseillère scolaire à Toronto pour le Conseil scolaire MonAvenir. Photo : gracieuseté

Elle considère que la plupart des conseillers occupent leurs fonctions depuis trop longtemps. « Beaucoup sont devenus complaisants. Ils ont à cœur de protéger leurs postes et se couvrent entre eux », déplore celle-ci.

Sans véritable opposition électorale, elle estime qu’ils ne sont pas suffisamment remis en question et qu’ils ne remettraient également pas suffisamment en question l’administration du Conseil scolaire.

De ce manque de renouvellement résulterait l’absence de nouvelles perspectives.

Benoit Fortin, président du conseil scolaire Viamonde, prône lui aussi un meilleur renouvellement des conseillers scolaires pour assainir la gouvernance, de même que la participation active des parents à la vie scolaire.

« La participation active d’une communauté est la seule garantie pour une gouvernance saine, mettre son nom sur un bulletin de vote, voter aux quatre ans, la participation aux réunions publiques, le bénévolat dans les écoles et pour les parents suivre la progression des enfants sont tous des gages de la réussite scolaire. »

Des enjeux de transparence?

Exaspérée par un manque de transparence et de communication dans le cadre d’un projet de réaménagement de la cour de l’École Sacré-Cœur de Toronto, Mme Nichilo a décidé de se lancer dans la course par conviction.

« Des parents et moi avons consacré la majorité de notre été à tenter de comprendre ce qui s’est passé : comment les décisions ont été prises, comment les fonds publics ont été dépensés et qui devait en assurer la surveillance. »

Elle explique que les conseillers scolaires ont laissé aller de l’avant le projet qui a subi un changement de direction, sans exiger la publication des résultats du sondage auprès des parents ni des réponses claires concernant les conséquences financières.

Yelena Nichilo affirme que leur conseillère scolaire a refusé de rencontrer un groupe de parents et de répondre aux questions concernant les décisions prises sur le sujet des investissements engagés dans l’école.

« Les conseils scolaires administrent d’importantes sommes d’argent public. Les conseillers doivent être prêts à poser des questions difficiles, à exiger de la transparence et à demander des comptes à l’administration. Et cela n’a pas été fait ici. Est-ce qu’il y a d’autres projets où les conseillers ont fermé leurs yeux? Je veux apporter des changements au Conseil de l’intérieur, car cela est inacceptable », s’insurge-t-elle.

Faire preuve de transparence et représenter les intérêts des parents devrait pour elle être la priorité des conseillers scolaires élus.