Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Société

Une pétition pour « sauver » le Collège Glendon dépasse les 2000 signatures

Photo : Rudy Chabannes/ONFR

TORONTO – Menacé de perdre son statut de faculté et son propre campus pour des raisons budgétaires, le Collège Glendon s’attire un soutien populaire en faveur de la préservation de son mandat bilingue et un vent d’hostilité contre les plans de son université de tutelle, York.

« Démanteler une institution unique et très respectée en période d’austérité administrative est contre-productif. L’Université York devrait investir aujourd’hui dans le recrutement pour Glendon, et non effacer son héritage. »

C’est ce que clament les partisans du maintien du collège dans son enceinte originelle de North York, dans une pétition en ligne sur le site Action Network, qui a franchi cette semaine la barre des 2000 signataires.

À l’origine de cette pétition, la Confédération ontarienne des associations de professeurs d’université (OCUFA) exige que le Collège Glendon reste un établissement d’arts libéraux bilingue situé à son emplacement actuel et que la présidente respecte le processus collégial en vigueur dans l’établissement concernant toute proposition visant à modifier les activités académiques et administratives.

Mais le destin de l’institution est entre d’autres mains : celles de son université de tutelle, York. Son plan est de stopper l’hémorragie budgétaire (qui dépasse les 40 millions de dollars en cumulé) en partie due à la chute des inscriptions au premier cycle (divisées par deux en l’espace de 10 ans avec 1343 inscrits en 2025-2026) en rétrogradant la faculté au rang de collège et en transférant ses offres de formation, ses services et sa vie communautaire en français vers le campus Keele.

Après une première compression d’un million de dollars il y a un an, puis une proposition soumise à sa communauté de Glendon en mai dernier, la rectrice par intérim Laina Bay-Cheng, a présenté une nouvelle mouture de la restructuration vendredi dernier, à laquelle les médias n’étaient pas conviés. Ironie du sort, cette discussion s’est tenue le Jour des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes, une journée qui d’ordinaire célèbre les avancées francophones.

Au-delà des économies réalisées, la direction de l’Université York avance que l’intégration à Keele « revitaliserait le mandat francophone et bilingue » de Glendon. En effet, 70 % des étudiants francophones actuels suivraient déjà des cours à Keele. Il serait par conséquent logique d’y rapatrier les étudiants du campus Glendon qui bénéficieraient d’une offre de cours plus large et mieux coordonnée du fait qu’elle serait concentrée sur un campus unique.

« Ce qui est en train de se passer, c’est la mort de Glendon »

Mais d’autres soutiennent au contraire que fondre une minorité de 1300 francophones dans un campus de plus de 50 000 anglophones conduira inexorablement l’exception bilingue du Collège Glendon à sa perte.

« On est en train d’assassiner le bilinguisme de Glendon, réagit sous couvert d’anonymat un membre de la communauté Glendon. C’est scandaleux. Croire qu’à Keele le français sera mieux respecté est une aberration. On a souvent par le passé reproché au campus Glendon lui-même de ne pas assez laisser de place au français… Alors comment peut-on croire une seule seconde que, mélangée à Keele dans une mer anglophone, cette institution sera miraculeusement plus bilingue qu’avant? »

Le campus Glendon et son manoir s’étendent sur une superficie de 33 hectares le long de l’avenue Bayview, à North York. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Et d’alerter : « Comme il y a des programmes similaires et concurrents entre Keele et Glendon, ils ne vont pas s’embarrasser à terme : ils vont en supprimer et garder quelques cours d’apparat en français pour faire plaisir au commissaire aux services en français, c’est tout. Ce qui est en train de se passer, c’est la mort de Glendon. »

Créé en 1959 et dirigé par le principal Escott Reid, diplomate et haut fonctionnaire de haut niveau, Glendon a depuis ses origines poursuivi un idéal : celui de former une élite canadienne bilingue dans les arts libéraux et les affaires mondiales à l’image de ce que devrait être le Canada.

Plus de 60 ans plus tard, plusieurs voient donc dans le plan proposé un coup de couteau dans le dos de l’idéal d’Escott Reid.

Des étudiants et professeurs hostiles au déménagement

« À Glendon, les étudiants peuvent parler français dans leurs salles de cours, dans les couloirs, avec leurs professeurs, avec le personnel et entre eux. Ils vivent dans un environnement où parler français ne nécessite ni explication ni excuse. Cet environnement immersif est un élément essentiel de ce qui fait de Glendon un établissement bilingue », contextualise Samuel Nieva, président de l’Association étudiante du Collège Glendon (AÉCG), partisan du maintien du statut de faculté et des activités sur le campus actuel.

Samuel Nieva, président de l’Association étudiante du Collège Glendon (AÉCG). Photo : Linkedin Samuel Nieva

En outre, la perte du statut de faculté conjugué au rabotage continu de son budget font craindre au syndicat SCFP 3903 « de graves répercussions sur le corps professoral contractuel » telles que « des pertes d’emploi, les cours de Glendon étant intégrés aux départements existants du campus de Keele.

« Ces pertes d’emploi potentielles s’ajouteraient aux importantes compressions déjà subies par les professeurs contractuels et les chargés de cours aux cycles supérieurs, un problème majeur à York, touchant également les étudiants de premier cycle qui se retrouvent avec un choix de cours de plus en plus restreint », déplore Zoë Newman, la présidente de l’union syndicale, dont les membres n’y voient guère plus clair depuis la concertation de vendredi dernier.

Plusieurs professeurs ont par ailleurs mentionné à ONFR avoir le sentiment de ne pas être les bienvenus parmi leurs confrères anglophones à Keele, où ils seraient regroupés avec des unités apparentées dans d’autres facultés – avec comme lieu d’ancrage le bâtiment qui abrite actuellement l’École de formation continue.

Ils ajoutent ne pas avoir reçu de garanties suffisantes sur les moyens et les cadres donnés à la pérennité et au développement de la vocation bilingue de Glendon.

L’Université York, elle, espère finaliser le transfert des étudiants et des professeurs dans leur prochain campus d’ici la rentrée 2029. La balle est le camp du Conseil de la faculté qui pourrait s’appuyer sur un vote ou une motion pour aller de l’avant ou au contraire abandonner la proposition de l’Université York.