Alors que le vote par anticipation s'ouvre à travers l'Alberta jusqu'à ce samedi, la communauté francophone se mobilise pour faire entendre sa voix face aux enjeux référendaires. Photo: gracieuseté d'Ilona Kibangou.
Politique

Référendum en Alberta : la jeunesse et l’ACFA mobilisées face à un vote inédit

Alors que le vote par anticipation s'ouvre à travers l'Alberta jusqu'à ce samedi, la communauté francophone se mobilise pour faire entendre sa voix face aux enjeux référendaires. Photo: gracieuseté d'Ilona Kibangou.

Alors que le vote par anticipation s’est ouvert ce mardi en Alberta, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) et Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA) déploient une batterie d’outils d’aide linguistique pour inciter les Franco-Albertains à se rendre aux urnes. À quelques jours du scrutin référendaire du 19 octobre, la jeunesse aborde ce rendez-vous démocratique entre intérêt marqué et sentiment d’impuissance.

Face à un bulletin de vote inédit comprenant 10 questions rédigées uniquement en anglais par Élections Alberta, l’organisme porte-parole et ses partenaires passent à l’action sur le terrain afin d’éviter que la barrière de la langue ne devienne un obstacle à la participation.

« Les questions sont longues, elles sont complexes, donc le but est vraiment de s’assurer qu’il n’y ait pas de barrières et d’essayer de minimiser les barrières linguistiques avec ce vote très important », explique Nathalie Lachance, présidente de l’ACFA.

Pour pallier l’absence de matériel bilingue dans les bureaux de scrutin, l’ACFA a fait équipe avec la professeure Anne-Josée Villeneuve, du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta, ainsi qu’avec l’Espace LiFT. Ensemble, ils ont conçu un document d’une page intitulé « Coup de pouce linguistique ».

Pour la présidente de l’ACFA, Nathalie Lachance, désigner 2026 comme Année de la francophonie est une reconnaissance qui donne une visibilité accrue aux francophones de l’Alberta. Photo : Gracieuseté ACFA

Ce guide offre une traduction fidèle en français des 10 questions référendaires, basée sur le travail réalisé par Radio-Canada. Les électeurs peuvent l’imprimer et l’apporter directement avec eux dans l’isoloir pour se guider au moment de voter.

« Tout ce qui a été fourni dans plusieurs langues par Élections Alberta, ce sont des questions par rapport au processus de vote, mais rien par rapport aux questions comme telles », précise Mme Lachance pour justifier cette initiative citoyenne.

Outre ce guide pour l’isoloir, l’ACFA propose sur son site web des fiches explicatives sur l’impact potentiel des questions pour la minorité, ainsi qu’un « plan de vote » individuel permettant d’identifier le meilleur créneau horaire. 

L’organisme rappelle que les personnes ayant opté pour le vote par la poste doivent soumettre leur enveloppe avant le 16 octobre, la date limite de demande étant échue depuis le 25 septembre.

L’intérêt et le désarroi de la jeunesse francophone

Au bureau de vote par anticipation du Campus Saint-Jean, accessible aux résidents du secteur, le scrutin référendaire suscite des réactions contrastées au sein de la communauté étudiante.

« De ce que j’ai vu depuis le commencement, on a deux groupes, observe Ilona Kibangou, présidente de Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA). Il y en a que ça intéresse pas mal parce qu’on parle de sujets majeurs comme la séparation. Mais il y a aussi un autre côté où les jeunes trouvent que c’est quelque chose d’assez compliqué. Les questions n’ont pas été bien formulées pour que les jeunes puissent facilement les comprendre avant de voter. »

Ce sentiment d’impuissance est d’autant plus vif chez une frange importante de la jeunesse francophone : celle issue de l’immigration récente qui, ne possédant pas encore la citoyenneté canadienne, se retrouve exclue des urnes alors que l’Alberta compte ses défis en matière d’immigration et d’intégration.

« Moi, par exemple, je suis résidente permanente, ce qui fait que je ne peux pas voter, confie Ilona Kibangou. Je suis ici au Canada depuis longtemps, je suis quelqu’un de très impliquée dans la francophonie et dans ma communauté, et c’est un vote qui me tient à cœur. Les questions sont prioritairement sur ma situation en tant qu’immigrante. C’est sûr qu’on aimerait avoir cette chance-là de voter, mais on ne peut pas. »

Ilona Kibangou, présidente de Francophonie jeunesse de l’Alberta (FJA), souligne l’intérêt de la jeunesse francophone pour le scrutin tout en rappelant la stricte neutralité de l’organisme. Photo : gracieuseté d’Ilona Kibangou

Des séances d’information ciblées

Pour accompagner les premiers électeurs et les jeunes de 18 ans, deux séances d’information virtuelles ont été organisées la semaine dernière. Si la première réunion ciblait le grand public, la seconde s’est déroulée en partenariat direct avec FJA.

« À la deuxième session, on a réussi à trouver pas mal de jeunes quand même, environ une dizaine, indique la présidente de FJA. Ils ont bénéficié de conseils sur comment et où voter. On ne leur dit pas quoi voter, mais on leur montre que c’est important de pouvoir voter et que ces décisions vont nous affecter, en bien comme en mal. »

L’ACFA collabore également avec FJA et le nouvel organisme Majorité pour continuer de diffuser largement les supports d’information et les présentations issus de ces rencontres.

Entre engagement historique et neutralité

Cette mobilisation électorale survient alors que la communauté s’interrogeait sur la place de la francophonie face au mouvement souverainiste. 

Au printemps dernier, la francophonie albertaine a pris officiellement position contre la séparation de l’Alberta en s’associant au mouvement Canadiens pour toujours (Forever Canadian), cofondé par l’ancien vice-premier ministre provincial Thomas Lukaszuk.

« Nous croyons que c’était important pour nous de partager notre intérêt et notre désir de demeurer au sein du Canada. On comprend que les protections que nous avons en tant que francophones en situation minoritaire sont beaucoup mieux protégées grâce aux institutions fédérales », réitère la présidente de l’ACFA, en évoquant la Charte canadienne des droits et libertés et la Loi sur les langues officielles.

Alors que le vote par anticipation s’ouvre à travers l’Alberta, la communauté francophone se mobilise pour faire entendre sa voix face aux enjeux référendaires. Photo : Istock

De son côté, FJA choisit de conserver une stricte neutralité auprès de ses membres. « On ne peut pas vraiment se prononcer sur la question parce qu’on n’est pas supposés prendre parti, précise Ilona Kibangou. Même quand on incite les jeunes à aller voter, on fait bien attention de ne pas pousser le bouchon en disant pour quoi voter ou ne pas voter. C’est juste important d’exercer son droit. »

Planifier son vote avant le 19 octobre

Avec 10 bulletins de vote différents à remplir par personne, l’ACFA s’attend à ce que les files d’attente soient particulièrement longues lors de la journée officielle du scrutin, le 19 octobre.

L’organisme encourage donc fortement les citoyens à profiter de la période de vote par anticipation, accessible jusqu’à ce samedi.

Sur le terrain, la présidente de FJA note toutefois que la plupart des étudiants tardent encore à se déplacer : « Jusqu’ici, dans les salles de vote du campus, j’ai surtout vu des personnes plus âgées et des parents venir voter. On connaît les jeunes : on est souvent à la dernière minute. La plupart iront probablement le jour même du scrutin, le 19 octobre. »

Cette fièvre électorale s’invitera d’ailleurs directement au Grand congrès du Centenaire de l’ACFA, qui clôturera les célébrations de son 100ᵉ anniversaire les 16 et 17 octobre à l’Edmonton Expo Centre. 

En plus des festivités comme l’Expo Frab, la Mosaïque du centenaire et le spectacle Francophonique, un atelier spécifiquement consacré aux enjeux du référendum figure à la programmation