Mouvement souverainiste en Alberta : quelle place pour la francophonie?
La francophonie albertaine célèbre cette année son 100e anniversaire, un fait reconnu officiellement par le gouvernement provincial. Pour l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA), ce centenaire est « une belle porte d’entrée pour la francophonie » dans la province. Mais l’année 2026 s’annonce aussi chargée avec le début d’une montée du mouvement souverainiste dans la province.
Le thème de l’indépendance dans l’Ouest s’est notamment imposé la semaine dernière lors d’une rencontre des premiers ministres des provinces et territoires avec Mark Carney.
Doug Ford a jugé « inacceptable et immorale » la démarche des séparatistes albertains qui, selon un article du Financial Times, auraient rencontré des responsables de l’administration Trump pour obtenir des appuis et discuter d’un prêt de 500 milliards visant à maintenir à flot une future Alberta indépendante.
Mais où se situent les francophones de cette province de l’Ouest dans ce mouvement? L’ACFA, qui représente un peu plus de 80 000 Franco-Albertains, ne souhaite pas commenter le dossier, soutenant que c’est prématuré et qu’il est difficile de connaître l’étendue de l’implication des francophones.
Toutefois, l’ACFA dit être au courant de francophones qui sont impliqués dans le mouvement Forever Canadian (Canadien pour toujours), c’est ce qu’affirme sa présidente Nathalie Lachance. Le groupe fait circuler une pétition pour faire contrepoids au mouvement souverainiste et a récolté plus de 400 000 signatures, selon Élections Alberta.
Pour le politologue Frédéric Boily, il ne faut pas nécessairement écarter la portée de l’année 2026 pour la francophonie albertaine en lien avec ce mouvement indépendantiste, toujours embryonnaire, rappelle-t-il.
« Ce symbolisme est important, surtout avec un mouvement séparatiste qui a tendance à oublier les francophones et les Autochtones. Le discours séparatiste s’accompagne souvent d’un antibilinguisme, bien qu’il soit moins fort aujourd’hui que dans les années 1980 », analyse le professeur du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta.
À l’heure actuelle, les leaders du mouvement séparatiste albertain collectent des signatures de résidents réclamant la séparation de l’Alberta du reste du Canada. Selon les règlements d’Élections Alberta, si la pétition obtient 178 000 signatures, un référendum sur la l’indépendance pourrait avoir lieu dès 2026.
L’analyste politique croit que les francophones de l’Alberta sont « inconfortables » face au mouvement souverainiste, tout comme les Autochtones.
« Une coupure du lien fédéral poserait trop de défis et de dangers pour l’avenir de la francophonie albertaine. Pour les Franco-Albertains, on ne peut pas appuyer les efforts de séparation », observe M. Boily.
Un centenaire marqué par le « symbolisme »
Pour souligner le 100e anniversaire de la francophonie albertaine, la l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) « a obtenu de la part de la province que 2026 soit l’année de la francophonie en Alberta », souligne la présidente Nathalie Lachance.
« C’est énorme, ça. C’est une belle porte d’entrée pour la francophonie, mentionne-t-elle. Je dirais qu’on va célébrer le centenaire de bien des façons. Donc, il y aura tout au long de l’année des activités et des actions. »
Plutôt que d’identifier un projet phare pour souligner cet anniversaire, l’ACFA mise sur l’avancement des services en français dans plusieurs secteurs : la santé, l’éducation et la justice, par exemple.
Pour le politologue de l’Université de l’Alberta, Frédéric Boily, la francophonie albertaine mise sur de bonnes relations avec le gouvernement de Danielle Smith.
« On n’est pas dans une optique de confrontation perpétuelle », analyse-t-il.
« Je pense que la francophonie albertaine pousse beaucoup sur les initiatives en matière de santé, évoque le professeur universitaire. L’année du centenaire est importante sur le plan de la légitimité symbolique, pour rappeler que les francophones ne sont pas un accident de l’histoire politique albertaine », conclut-il.