La Coupe d’Afrique de soccer de Hamilton réunira cette année 16 équipes et quelque 300 joueurs, avec l’ambition de rassembler les différentes communautés africaines de la région au-delà du terrain. Photo : CFA Hamilton
Société

À Hamilton, la Coupe d’Afrique de soccer rassemble les communautés

La Coupe d’Afrique de soccer de Hamilton réunira cette année 16 équipes et quelque 300 joueurs, avec l’ambition de rassembler les différentes communautés africaines de la région au-delà du terrain. Photo : CFA Hamilton

HAMILTON – Seize équipes, quelque 300 joueurs et une Coupe d’Afrique des Nations version hamiltonienne. Les 15 et 16 août, le soccer servira surtout de point de rencontre entre les différentes communautés africaines de la région. Pour sa 10e édition, la compétition prend une nouvelle dimension en s’associant à la Communauté francophone accueillante (CFA), avec l’ambition d’aller bien au-delà du terrain.

Botswana, Cameroun, Ghana, Nigeria, République démocratique du Congo, Somalie, Tchad… Seize nations seront représentées samedi au Mohawk Sports Park. À l’issue des rondes de sélection, deux équipes décrocheront leur billet pour la grande finale, disputée dimanche à 15 h au Hamilton Stadium, l’antre habituel du Forge FC.

Une petite Coupe d’Afrique à l’échelle de Hamilton, donc, mais dont l’histoire remonte déjà à dix ans. « On a commencé en 2016 avec quatre nations », se souvient Collins Kyere, président de l’African Canadian Youth Sports Network (ACYSN), qui était alors vice-président de la Ghana Association of Hamilton. « Je voulais lancer une initiative qui permettrait de rassembler les membres de la communauté africaine et je ne pouvais pas penser à autre chose que le sport. Pour la plupart des nations africaines, notre sport principal, c’est le soccer. »

Quatre équipes au départ, jusqu’à 12 en 2023, huit l’an dernier et désormais 16. Une croissance qui permettra de réunir samedi environ 300 joueurs, âgés de 16 à 65 ans.

Francophones et anglophones réunis autour du ballon

Pour cette 10e édition, la principale nouveauté se trouve cependant dans l’organisation. La CAN de l’ACYSN et le tournoi multisport annuel de la Communauté francophone accueillante de Hamilton unissent pour la première fois officiellement leurs forces.

Le rapprochement s’est fait progressivement. Lancé pendant la pandémie, le projet sportif de la CFA avait d’abord commencé par un tournoi de soccer avant de s’étendre à l’athlétisme, au basketball puis, cette année, au volleyball. Le soccer restait néanmoins à part tant sa capacité de mobilisation dépassait celle des autres disciplines.

« Les nouveaux arrivants, surtout francophones, s’intéressent beaucoup plus au soccer qu’à d’autres sports, souligne Nabila Sissaoui, coordonnatrice des CFA de Hamilton et London. La majorité vient généralement d’Afrique ou d’Europe, où le soccer est le sport préféré. »

Une collaboration informelle avec l’ACYSN avait déjà été amorcée l’an dernier. Cette fois, les deux organisations ont décidé de ne plus organiser leurs événements chacune de leur côté. « Ça faisait du sens de le faire ensemble. Au lieu d’avoir deux tournois, on en fait un grand et tout le monde se rassemble », résume Collins Kyere.

Nabila Sissaoui (au centre), coordonnatrice des CFA de Hamilton et London, voit dans le sport un puissant outil d’intégration et de rapprochement entre nouveaux arrivants et communauté d’accueil. Photo : CFA Hamilton

La CFA espérait initialement permettre à trois formations francophones de rejoindre un tournoi d’une douzaine d’équipes. L’engouement a finalement fait grimper le plateau à 16 formations, avec notamment le Cameroun, la République démocratique du Congo et le Tchad parmi les équipes francophones.

Ces couleurs ne correspondent toutefois pas nécessairement à la nationalité des joueurs. Chaque formation choisit un pays africain à représenter, mais le tournoi est ouvert à tous, peu importe l’origine. Certaines équipes réunissent ainsi des joueurs de plusieurs communautés, même non africaines (Français, Cambodgiens, Vietnamiens). Et la CAN dépasse les frontières de Hamilton : des participants viennent notamment de Waterloo, tandis qu’une formation représentant le Zimbabwe fera le déplacement depuis Kingston.

Le soccer comme porte d’entrée

Car derrière la compétition, les organisateurs assument une ambition plus large : créer des connexions entre des communautés qui vivent dans une même ville sans nécessairement se rencontrer. C’était déjà la raison d’être de la CAN lors de sa création.

« La communauté africaine était composée de plusieurs petites organisations culturelles, mais nous n’étions pas vraiment connectés, explique Collins Kyere. Aujourd’hui, il y a beaucoup de personnes que j’appelle mes frères simplement parce que je les ai rencontrées grâce à ce tournoi. Je connais leur origine, une partie de leur histoire. »

L’équipe du Ghana, pays d’origine de Collins Kyere, président de l’ACYSN et fondateur du tournoi, célèbre son titre lors de la dernière édition de la Coupe d’Afrique de soccer de Hamilton. Photo : CFA Hamilton

Cette logique rejoint directement la mission de la Communauté francophone accueillante : faciliter l’intégration des nouveaux arrivants francophones et leur permettre de créer des liens avec leur nouvelle communauté.

« Tout ce qui est culturel, sportif ou communautaire a un impact énorme sur l’intégration des nouveaux arrivants, estime Nabila Sissaoui. Ça leur permet notamment d’entrer en contact avec les membres de la communauté d’accueil. »

Mais la démarche ne consiste justement plus à rester uniquement entre francophones. « On est dans une grande communauté, on n’est pas isolés de la communauté anglophone. Si on veut vraiment la sensibiliser, il faut aussi faire des choses en partenariat », poursuit-elle. L’objectif est ainsi de proposer un événement coordonné notamment par des francophones, mais ouvert à l’ensemble de la population.

Le Tchad sort de l’ombre

Parmi les équipes engagées, l’une aura une saveur particulière pour Mahamat Rozi. Habitué du tournoi depuis plusieurs années sous les couleurs d’autres formations, le joueur pourra cette fois défendre celles du Tchad. Une situation que permet justement le fonctionnement de la compétition : lors de ses précédentes participations, Rozi avait rejoint des équipes représentant d’autres pays, faute de formation tchadienne.

« Je n’avais encore jamais vu d’équipe du Tchad. Cette année, on est là et on est prêts à gagner, on veut aller loin », sourit-il.

Environ 17 à 19 joueurs ont été mobilisés pour constituer la formation tchadienne. Une petite victoire en soi pour une communauté que Rozi décrit comme nombreuse dans la région, mais plutôt discrète. « On ne sort pas beaucoup », reconnaît-il. Les rencontres existent pourtant, notamment l’été autour de barbecues au parc Gage ou Bayfront, souvent organisés par les femmes de la communauté.

Mahamat Rozi représentera pour la première fois le Tchad à la Coupe d’Afrique de soccer de Hamilton, après avoir participé aux éditions précédentes sous les couleurs d’autres équipes. Photo : capture d’écran de l’entretien

Rozi, lui, a longtemps vécu le multiculturalisme hamiltonien autrement. Ses amis sont ivoiriens, camerounais ou congolais et, raconte-t-il, il lui arrive régulièrement d’être le seul Tchadien du groupe.

D’où l’idée, cette année, de faire venir les siens. « Je me suis dit : pourquoi ne pas représenter le Tchad cette année et rassembler beaucoup de Tchadiens? Je vais amener mes amis et on va rester ensemble. » Sans pour autant se couper des autres. C’est précisément tout l’intérêt du rendez-vous : afficher ses couleurs pendant les matchs avant de se retrouver au sein d’une communauté africaine beaucoup plus large.

Un bilan de santé entre deux matchs

L’autre particularité de cette CAN se déroulera loin des buts. Le Centre de santé communautaire Hamilton Urban Core sera présent durant la compétition pour proposer gratuitement des bilans de santé aux joueurs et aux spectateurs, notamment du dépistage du diabète et des mesures de pression artérielle.

Des ressources consacrées à la santé mentale des personnes noires et au programme jeunesse AMANI seront également proposées. Une équipe infirmière assurera par ailleurs les premiers soins pendant les deux journées de compétition. Une façon de profiter d’un événement capable d’attirer plusieurs centaines de personnes pour aller vers des populations qui ne pousseraient pas nécessairement spontanément la porte des services de santé.

Ghayt El Gouach (à droite), agent de projet à la CFA Hamilton, mise sur le sport pour favoriser les rencontres et renforcer les liens entre les différentes communautés de la région. Photo : CFA Hamilton

La notion de sécurité dépasse d’ailleurs la seule prise en charge des blessures. Collins Kyere insiste sur la volonté de l’organisation de conserver un environnement familial et sécuritaire. Deux joueurs ont ainsi été interdits de compétition cette année en raison de comportements passés jugés incompatibles avec cet objectif, sans pour autant être exclus de la communauté : ils pourront assister aux rencontres comme spectateurs.

« Tout le monde doit pouvoir se sentir en sécurité. Personne ne devrait avoir à s’inquiéter lorsqu’il vient jouer au soccer », insiste le président de l’ACYSN.

Une finale dans le stade du Forge

Après les matchs de qualification de samedi au Mohawk Sports Park, le tournoi changera de dimension dimanche.

Les deux meilleures formations auront droit au Hamilton Stadium pour une véritable finale de 90 minutes, avec ouverture des portes au public dès 14 h et coup d’envoi à 15 h. L’entrée sera gratuite. Un symbole supplémentaire pour les organisateurs, qui espèrent à terme renforcer leurs liens avec le Forge FC et montrer aux plus jeunes qu’une passerelle peut exister entre le soccer communautaire et le haut niveau.

Mais avant de rêver au professionnalisme, l’enjeu de cette fin de semaine sera surtout de remplir les tribunes de familles, de nouveaux arrivants, de francophones, d’anglophones et de curieux.

« C’est la beauté du communautaire, résume Ghayt El Gouach, agent de projet à la CFA Hamilton. On vient, on joue parce qu’on aime le soccer. On est là pour l’amour du sport et pour être ensemble. »

Et pour Mahamat Rozi et ses coéquipiers, si cette grande fête communautaire pouvait en plus se terminer avec un trophée aux couleurs du Tchad, ils ne s’en plaindraient certainement pas.