À Mississauga, une nouvelle école à l’image d’une francophonie qui se transforme
MISSISSAUGA – Ils ne sont encore que 90, mais pourraient rapidement être beaucoup plus nombreux. L’École élémentaire catholique Sainte-Kateri-Tekakwitha a accueilli mardi ses tout premiers élèves à Mississauga. Derrière cette nouvelle école de près de 300 places se dessine une francophonie du Grand Toronto en croissance, mais aussi de plus en plus diverse dans ses origines et ses parcours.
Tout est à construire à Sainte-Kateri-Tekakwitha : les traditions, les habitudes et surtout une nouvelle communauté scolaire.
Pour Vicky Marcotte, qui en prend la direction, cette première rentrée concrétise un rêve : « C’était mon rêve, dans le milieu de l’éducation, de lancer une école. C’est un établissement que les gens attendaient, que les gens voulaient. »
Son principe tient en une phrase : « Faisons l’école pour les enfants, plutôt que de demander aux enfants de venir dans notre école. »
90 élèves et d’autres inscriptions en cours
Pour cette première rentrée, 90 élèves sont inscrits, dont 27 en maternelle-jardin. L’école accueille les enfants jusqu’à la 6e année et dispose d’une capacité de près de 300 places.
Un démarrage loin de la capacité maximale qui n’inquiète pas Vicky Marcotte. La directrice dit avoir déjà vu une autre école passer d’une centaine à environ 400 élèves en quatre ans. À Sainte-Kateri-Tekakwitha, une quarantaine de dossiers d’inscription sont actuellement en cours de traitement.

Le mouvement était encore visible le jour de la rentrée. Au cours de l’entrevue avec ONFR, la directrice a désigné deux parents présents au bureau pour procéder à des inscriptions, une situation fréquente, selon elle, durant la première semaine de classe.
L’établissement devient la quatrième école élémentaire de langue française du Conseil scolaire catholique MonAvenir à Mississauga. Plus de 16 000 élèves font cette année leur rentrée dans les 62 écoles du conseil. Le gouvernement ontarien a investi 21 millions de dollars dans la construction de la nouvelle école, selon la ministre des Affaires francophones, Natalia Kusendova-Bashta, présente sur place pour ce premier jour.
Une francophonie aux multiples visages
Les 90 premiers élèves ne viennent pas tous du même horizon. Certains fréquentaient déjà une école francophone de Mississauga, tandis que d’autres font leurs premiers pas dans le système de langue française. Plusieurs sont issus de l’immigration.
« La francophonie est partout », lance Mme Marcotte, qui évoque des élèves aux racines africaines, suisses, belges, libanaises, égyptiennes, françaises ou québécoises. Elle raconte aussi le parcours d’une famille originaire de Chine qui, depuis l’annonce de l’ouverture de l’école, suit des cours intensifs de français afin de rejoindre cette communauté scolaire.

Une diversité également remarquée par Mme Kusendova-Bashta. « Je pense que le visage de notre francophonie ontarienne évolue constamment », observe la ministre, elle-même immigrante.
« Ce que nous avons en commun, c’est notre amour de la langue française et notre volonté d’éduquer nos enfants en français », résume-t-elle.
Le respect pour faire communauté
À cette diversité, l’école veut donner un socle commun, autour de la langue mais également des valeurs chrétiennes. La première que Mme Marcotte souhaite transmettre est le respect. « Ça s’applique à toutes les situations. Tu te respectes toi-même. Tu respectes les autres, peu importe qui tu rencontres dans l’école ou dans la rue. Tu respectes ton environnement. »
Elle y associe l’inclusion et l’entraide : « Nous devons être des modèles francophones et catholiques ici à l’école. »
Un choix partagé par Dominique Felesta, dont la fille fait son entrée en maternelle. Elle-même scolarisée en français, elle souhaite transmettre à son enfant la langue et sa foi. « Je veux qu’elle garde sa foi catholique. Ça donne de bonnes bases, de bonnes fondations », confie-t-elle.

Le français à trois minutes de la maison
Pour cette mère, l’ouverture répond aussi à une réalité concrète : Sainte-Kateri-Tekakwitha se trouve à trois minutes de chez elle, contre une quinzaine de minutes pour l’autre école francophone qu’elle envisageait.
« C’est une école catholique et française, évidemment. Moi aussi, j’ai fait toute ma scolarité dans des écoles francophones, alors j’ai décidé de faire le même choix pour ma fille », raconte-t-elle.
La proximité du français commence même avant la maternelle. L’école comprend un service de garde francophone de 73 places, déjà à pleine capacité selon la directrice. « Maintenant, les parents peuvent inscrire leur enfant dès le départ dans une garderie francophone. Ils vont poursuivre ici, puis ensuite à l’École secondaire Sainte-Famille », souligne Vicky Marcotte, qui aurait elle-même aimé avoir accès à un tel service lorsque ses enfants étaient plus jeunes.
Une école qui s’adapte aux enfants
La philosophie de la directrice se traduit aussi dans les salles de classe. Elles proposent plusieurs types de tables et de sièges ajustables, des tapis et des coussins, permettant de travailler assis, debout, seul ou en groupe.
« Peu importe la façon dont tu as besoin d’apprendre, tant que tu apprends, c’est ça le but de l’école », résume Vicky Marcotte. Enfant, ses bulletins soulignaient régulièrement qu’elle avait « la bougeotte », une caractéristique qu’elle considère aujourd’hui comme une force.

Chaque élève dispose également d’un Chromebook, même si la directrice insiste : le numérique n’est pas « l’outil principal ».
Cette rentrée coïncide justement avec l’entrée en vigueur du nouveau programme-cadre ontarien de maternelle-jardin. Ancienne enseignante en littératie, Vicky Marcotte apprécie particulièrement le renforcement des apprentissages fondamentaux en français et en mathématiques.
« Ça aide les enseignants, ça les oriente », explique-t-elle à propos du nouveau continuum d’apprentissage, qui doit permettre de mieux déterminer ce qu’un enfant doit maîtriser avant de passer à l’étape suivante.
D’élève à enseignante
Cette première rentrée marque aussi un commencement pour Chloé Wilton. Sainte-Kateri-Tekakwitha représente son premier poste permanent au sein de MonAvenir, un réseau qu’elle connaît depuis l’enfance : elle a fréquenté Ange-Gabriel puis Sainte-Famille.

L’ancienne élève veut désormais transmettre à son tour cet attachement à la langue. « J’ai toujours eu un grand amour pour la francophonie et j’essaie vraiment de transmettre cet amour aux élèves », explique-t-elle. Pour y parvenir, elle compte notamment utiliser la musique francophone actuelle et faire découvrir des athlètes ou artistes francophones issus du conseil.
Une façon de donner des modèles à cette première génération d’élèves qui commence désormais à écrire l’histoire d’une nouvelle communauté scolaire francophone à Mississauga.