À la tombée de la nuit, le St. Clair College Centre for the Arts accueille les festivaliers pour le lancement de la 22e édition du Festival international du film de Windsor (WIFF), jeudi 29 octobre. Photo : Mickael Laviolle/ONFR
Culture

À Windsor, le cinéma francophone crée des ponts entre les cultures

À la tombée de la nuit, le St. Clair College Centre for the Arts accueille les festivaliers pour le lancement de la 22e édition du Festival international du film de Windsor (WIFF), jeudi 29 octobre. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le Festival international du film de Windsor (WIFF) a donné jeudi soir le coup d’envoi de sa 22e édition avec la projection de Paper Tiger, suivie d’une réception festive. Au milieu des célébrations, deux cinéastes francophones rencontrés par ONFR ont salué le rôle du festival dans le rayonnement du cinéma en français et le rapprochement des cultures.

Après le grand écran, place à la fête. Jeudi soir, le Festival international du film de Windsor (WIFF) a célébré le lancement de sa 22e édition dans une ambiance musicale, entre les prestations d’une fanfare et les échanges entre les invités.

La soirée avait débuté au Chrysler Theatre avec la projection à guichets fermés de Paper Tiger, le nouveau film du réalisateur américain James Gray, présenté au Festival de Cannes. Porté notamment par Adam Driver, Miles Teller et Scarlett Johansson, ce drame criminel raconte l’histoire de deux frères entraînés dans une affaire liée à la mafia russe.

Une ouverture prestigieuse pour un événement qui transforme le centre-ville de Windsor en rendez-vous cinématographique jusqu’au 8 novembre.

Vincent Georgie prononce le discours d’ouverture de la 22e édition du WIFF, jeudi 29 octobre, avant la projection à guichets fermés de Paper Tiger, du réalisateur James Gray, au Chrysler Theatre. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Une installation artistique consacrée au septième art, composée de bobines de cinéma et de cadenas, témoigne de la place qu’occupe la culture cinématographique dans le centre-ville de Windsor, à l’occasion de la 22e édition du WIFF. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le Capitol Theatre, l’un des lieux emblématiques du Festival international du film de Windsor, accueille les cinéphiles pendant les onze jours de l’événement, qui se termine le 8 novembre. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Le Chrysler Theatre, au St. Clair College Centre for the Arts, s’est paré des couleurs du Festival international du film de Windsor pour accueillir le film d’ouverture du WIFF. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Une fanfare anime la réception organisée après la projection du film d’ouverture. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Vincent Georgie, directeur général et chef de la programmation du WIFF, échange avec des invités lors de la réception d’ouverture. Photo : Mickael Laviolle/ONFR

Très sollicité pendant la réception, Vincent Georgie, directeur général et chef de la programmation, multipliait les échanges et les photos avec les invités. Une soirée de célébration à laquelle participaient également plusieurs professionnels du cinéma, dont Barbara Ulrich et Renaud Lessard, deux cinéastes québécois rencontrés par ONFR.

Pour Barbara Ulrich, comédienne et coréalisatrice du film Barbara Cadabra, présenté au WIFF l’an dernier, la place accordée au cinéma francophone constitue l’une des particularités de l’événement.

Selon Vincent Georgie, directeur général du WIFF, le festival de Windsor présente cette année la plus importante sélection de longs métrages francophones en Amérique du Nord, avec 59 films en français. Une affirmation qui a surpris Barbara Ulrich.

« Ça m’a étonnée, parce que je ne le savais pas, puisqu’il y a beaucoup de festivals au Québec », confie la cinéaste, qui ne s’attendait pas à voir Windsor devancer les grands rendez-vous cinématographiques québécois sur ce terrain.

Au-delà du nombre de films, elle salue surtout la volonté du festival de rapprocher les communautés linguistiques. « Je pense que c’est aussi une volonté de faire des ponts entre les deux cultures. Et ça, je le remercie énormément », explique-t-elle, en référence à Vincent Georgie.

Née aux États-Unis, la cinéaste raconte avoir développé des liens profonds avec le Québec, notamment par l’intermédiaire de son défunt conjoint, qui était Québécois. « Je suis devenue québécoise par affinité, par amour », résume-t-elle.

Le français retrouve sa place à Windsor

Présent lui aussi à la réception, Renaud Lessard, coréalisateur de Barbara Cadabra, revient cette année au WIFF comme président du jury de la sélection des courts métrages ontariens.

Pour lui, la soirée d’ouverture marque le début d’un événement qui contribue à redonner une visibilité à la culture francophone dans une ville où l’héritage français demeure bien présent. « Il y a l’avenue Ouellette, il y a la rue Pelissier, il y a plein de rues, mais les gens ne parlent plus nécessairement autant français », observe-t-il.

« C’est intéressant de voir une culture francophone qui revient un peu à travers le festival. Et la communauté aussi qui est comme accueillante là-dedans, c’est vraiment réjouissant en fait. »

Cette année, le WIFF propose 59 longs métrages francophones parmi ses 232 films, une sélection dont l’ampleur avait déjà été soulignée par Vincent Georgie lors d’un entretien accordé à ONFR avant l’ouverture.

Mais pour Renaud Lessard, l’intérêt du festival ne se limite pas aux chiffres. Il réside aussi dans sa capacité à rendre le cinéma accessible et à créer un véritable événement culturel dans une ville davantage connue pour son industrie. « Chaque événement qui est un peu bouillonnant, qui est excitant, est à célébrer. Et le WIFF, c’est vraiment un bel exemple de réussite à ce niveau-là. »

Le cinéaste souligne également l’occasion offerte au public de découvrir des œuvres francophones dont la carrière en salle peut parfois être courte, y compris au Québec.

Une vitrine pour des voix différentes

Les discussions de cette soirée d’ouverture ont aussi été l’occasion d’évoquer l’évolution du cinéma francophone canadien.

Barbara Ulrich constate notamment une place grandissante accordée à la diversité dans les productions, reflet selon elle des transformations de la société. « Le cinéma francophone commence à en tenir compte davantage », estime-t-elle, évoquant notamment l’immigration et la diversité de la population.

Renaud Lessard voit pour sa part dans la situation minoritaire du cinéma francophone nord-américain une possibilité de proposer des récits moins conventionnels. « On se permet d’amener des discours qui sont peut-être moins populaires, mais pas moins importants », explique-t-il.

Il évoque également une volonté nouvelle de représentation et de « souveraineté narrative », portée par l’arrivée de cinéastes aux identités et aux parcours variés.

Alors que les festivités se poursuivent à Windsor, le WIFF entend ainsi faire cohabiter les grandes productions internationales et des œuvres qui trouvent plus difficilement leur place sur les écrans. Une diversité dont les deux cinéastes francophones présents à la soirée d’ouverture espèrent voir le rayonnement se poursuivre bien au-delà du festival.