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Éric Leclerc. Gracieuseté

Abracadabra ! C’est Éric Leclerc !

Temps de lecture : 8 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+] 

OTTAWA – Le prestidigitateur franco-ontarien Éric Leclerc éblouit les foules partout où il passe. Double champion canadien, cet « homme à tout faire » de la magie a bien voulu faire tomber le masque au micro d’ONFR+, en marge de son nouveau spectacle, MYSTERIC

« Vous avez reçu votre première trousse de magie à 9 ans. Avec quel tour avez-vous impressionné votre mère ?

Faire disparaître un foulard de sa main ! Elle m’a dit : ”Comment tu fais ? Dis-le à maman.” J’ai su ce jour-là que je voulais devenir magicien. J’ai pratiqué de longues heures devant le miroir avant de lui montrer. C’était une bonne trousse intermédiaire ! Suivre ses conseils m’a permis de suivre mes rêves.

Jusqu’à votre Record Guinness 2021. Comment avez-vous atteint un tel niveau ?

Je jouais à 12 ans dans des fêtes d’enfants ou dans les centres du troisième âge. Ce sont les spectacles qui paient le moins, mais où la demande est plus forte pour les débutants. Ma mère m’amenait faire des spectacles pour enfants à La maison inconnue les fins de semaine. Je suis devenu champion canadien en magie de scène cette année-là (1993).

Plus le temps avançait, plus je me produisais dans des foires. J’ai également fait beaucoup de magie ambulante dans de gros événements où j’abordais des passants. J’y ai développé mon caractère. J’ai joué devant une foule de 500 magiciens qui me jugeaient pour mon second prix du meilleur magicien. Je regarde mes trophées chaque jour sur ma table.

J’ai commencé le Lecleric show sur YouTube en 2011 avec un tour de magie par jour. J’y ai perdu ma blonde de l’époque, mais les portes que ça m’a ouvertes pour les gros shows américains en ont valu la peine. Je suis devenu populaire notamment à Salt Lake City, en Utah. Je filmais une émission de caméra cachée Tricked sur la seule chaîne mormone de la ville. C’est le fin équilibre de la célébrité entre ne plus pouvoir sortir et jamais se faire reconnaître.

Eric Leclerc. Gracieuseté

En plus d’être un des seuls magiciens à avoir remporté les deux prix, vous êtes également un des rares experts dans les publics de tous les âges. Quel est public affectionnez-vous le plus ?

Les adultes sont plus faciles à arnaquer que les enfants à cause de leurs concepts prédéterminés de la réalité. Lors de mes spectacles dans les écoles, mon micro tombe lorsque j’arrive sur scène et une grosse étincelle en tombe, les enfants sont crampés ! La télépathie est la forme la plus convaincante de magie pour adultes. Tu demandes aux gens de penser au nom de leur première blonde, le nom du chien qu’ils avaient quand ils étaient jeunes, c’est une mémoire fluide.

Quel instrument de magie vous passionne ?

Les cartes ! Tout le monde en a déjà touché, sait qu’il y en a 52 et que c’est pour jouer. Nous, les magiciens, montrons au public l’autre côté des cartes tout en leur cachant nos habiletés. C’est un langage universel ! Je m’en vais à Nairobi (Kenya) cette année montrer la magie dans des écoles. Même si on ne parle pas la langue, je vais pouvoir communiquer avec eux. Je fais signer une carte, elle se retrouve dans ma bouche ou derrière la fenêtre du restaurant.

J’ai toujours 15 paquets dans ma voiture et des centaines de tours en tête. C’est pour cela que je suis tombé en amour avec les cartes. Il y a tellement de subtilités et d’angles pour rendre un tour encore plus intéressant. C’est vraiment spécial comme objet.

Combien de tours de magie connaissez-vous ?

J’ai pour environ 350 000 $ de matériel dans ma salle de magie. Je dirais que j’en connais 10 000, que j’en fais 1 000 et que j’en ai une vingtaine dans mon répertoire.

Dans le monde de la magie, on publie nos tours dans des magazines de magicien. L’idée est que si tu penses à un tour, tu appelles un éditeur de magazine pour que ce soit publié et ça devient ta propriété intellectuelle. Mon tour dont je suis le plus fier est un close-up ou je prends un rasoir jetable, je le brasse au bout de mes doigts et il se change en paquet d’allumettes. C’est facile à faire et je n’en reviens pas que personne n’ait pensé à cela avant, depuis le temps qu’on a des rasoirs et des allumettes.

Mon tour le plus controversé, c’est quand j’ouvre mes conférences de magie. Je prends une bouteille de vodka et je donne un shooter à un spectateur. Je la bois ensuite d’un trait, un 26 onces ! Puis je continue ma conférence comme si de rien n’était.

Éric Leclerc exposait sa vitrine à la dernière édition de Contact ontarois. Gracieuseté

Inventer des tours, c’est notre plaisir quand on jamme entre magiciens et qu’on se demande si un tour existe puis la recherche commence. Est-ce que le concept a déjà existé ? A-t-il déjà été publié ? Y a-t-il des subtilités qu’on peut ajouter ?

Quels magiciens vous ont inspiré ?

Quand j’étais tout jeune, Alain Choquette. Je suis retourné le voir le 18 avril dernier, à la Maison de la culture. Par la suite, je m’inspirais des magiciens pour les magiciens. On parle ici de magiciens asiatiques connus dans le monde de la magie. J’aime beaucoup Cyril Takayama. Son tour le plus célèbre était d’aller dans un service à l’auto de McDonald’s et faire apparaître un cheeseburger dans sa main après l’avoir collé sur le menu extérieur. David Blaine m’a aussi inspiré pendant longtemps. Je suis choyé de pouvoir le côtoyer et même faire des brainstorm avec lui. J’ai visité le musée privé de David Copperfield avec nul autre que lui qui nous donnait une tournée de deux heures.

Comment vous sentez-vous lorsque spectateur d’un confrère ?

Je regarde surtout la présentation, les décors de scène, comment le magicien s’adresse à la foule. Généralement, les magiciens professionnels comprennent 90 % des tours sur scène. J’aime me faire avoir par le 10 % restant. Dans les conventions de magie, il y a toujours de nouveaux tours qui nous gardent la bouche et les yeux grands ouverts. Ça te fait ressentir ce qui t’a fait entrer dans la magie quand tu étais jeune. C’est ça les magiciens, on fait ressentir des réactions aux gens 40 ans après qu’ils aient arrêté de croire au père Noël.

Est-ce pour cela que vous faites de la magie ?

Je fais de la magie pour les réactions. Un des plus beaux compliments quand je fais un tour à une grand-mère ou un grand-père, eux ils ont tout vu dans leur vie et me disent ”wow ! je n’ai jamais vu quelque chose de même !”, on les ramène en enfance.

Plus de 10 000 tours en tête ! Gracieuseté

Avez-vous déjà complètement raté un tour sur scène ?

Le monde adore penser que les magiciens peuvent rater leur coup. On utilise ça à notre avantage. On dit à un spectateur de piger une carte. On la fait sauter dans le paquet. On lui demande si c’était le 3 de pique. Il répond ”non, c’était le 8 de cœur”, puis on souffle sur la carte et le 8 de cœur apparaît.

La différence entre un professionnel et un débutant est que nous sommes capables de cacher ces défauts au public. Les magiciens ont l’avantage de la surprise. Personne ne sait ce qui va arriver avant que ça arrive. S’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas, un expert va être capable de le couvrir sans que ce soit catastrophique.

Je me suis étouffé sur une balle. J’ai vomi hors scène. Je suis tombé de la scène quelques fois. Il y a des enfants qui ont fait pipi sur scène (pauvres jeunes !). J’ai déjà eu mes décors qui sont tombés. Parfois en télépathie je choisis mal mes assistants et je vais choisir un homme qui veut juste que ça ne marche pas. Je sais que la personne pense à ”Claire Galipeau” et quand je demande le nom, elle me répond : ”Gilles Longpré”.

Comment se distingue-t-on des autres magiciens ? Comment est-ce que l’on trouve son style ?

Beaucoup de magiciens se prennent au sérieux. Ils croient qu’ils sont vraiment en train de faire des miracles. Ils demandent à un adulte de souffler sur une pièce dans leur main pour que la pièce disparaisse. Je ris des magiciens, je ris de la magie sur scène, je ris de moi-même. J’ai beaucoup d’énergie, je suis très fou. Je me distingue en étant capable de lire une salle et la réaction des gens.

Les magiciens ont une liste de tours pour leurs spectacles. De mon côté, je connais mon premier et mon dernier tour. Entre les deux, je fais des tours selon le feeling du public. Je veux que la passion que j’ai pour la magie se voie sur scène.

Comment avez-vous vécu la pandémie ?

Je me rappelle avoir été un peu arrogant. J’étais en tournée et je me disais que rien ne pourrait mettre de bâton dans mes roues. Même si les écoles ferment, je vais avoir les adultes. Même s’il y a une récession, les écoles seront toujours ouvertes. Même s’il y a une grève à la télévision, je vais avoir les spectacles dans les écoles. Jamais je n’aurais pensé à une pandémie !

La pandémie était très difficile. Je n’ai pas eu de spectacle pendant presque deux ans. Je n’avais pas d’argent qui rentrait. J’ai fait une vingtaine de spectacles virtuels. Je n’ai pas aimé ça, on ne peut pas connecter avec les gens, ils ne peuvent pas me regarder dans le blanc des yeux.

Je suis vraiment heureux que les spectacles reprennent. J’en ai fait une douzaine depuis que j’ai le droit. Je suis un peu rouillé, mais pas assez pour dire que j’ai besoin de retourner me pratiquer. J’ai juste besoin de lire un peu plus mes scripts.

Affiche du nouveau spectacle d’Éric Leclerc. Gracieuseté

Parlez-nous de l’importance du bilinguisme pour vous

Je suis tellement reconnaissant de mes racines. Je m’exprime en français dans la vie de tous les jours avec mes amis. J’ai toujours parlé français avec ma famille. Le français m’a ouvert tellement de portes surtout avec Réseau Ontario : j’ai eu des centaines de spectacles avec eux. Quand je fais des spectacles pour enfants, mon français est très soigné car dans les écoles francophones en Ontario, l’anglais c’est tolérance zéro contrairement au Québec où on peut dire des mots comme whatever ou c’est cool. C’est ça les Franco-Ontariens ! On a un père francophone et une mère anglaise puis on lance quelques anglicismes, ça fait partie de notre culture.

Je dis toujours aux enfants que de parler français me permet de faire deux fois plus de spectacles, d’avoir deux fois plus d’amis et toujours plus de portes ouvertes. Je suis content de faire la promotion du français et d’être fier de nos racines.

Auriez-vous un petit scoop à nous glisser sur les prochains spectacles ?

Je suis en train de travailler sur un spectacle qui s’appelle Smokus Pocus sur le thème du cannabis. Je pense me louer une petite salle à Ottawa et tester l’intérêt dans la population. J’ai parti une compagnie de cannabis durant la pandémie. On a 500 plants, des vapes, des gummies. Je vais combiner le cannabis et la magie pour faire un spectacle qui va ouvrir les yeux ou bien les fermer ! »


LES DATES-CLÉS D’ÉRIC LECLERC :

1981 : Naissance à Orléans

1990 : Première boîte de magie en cadeau

1993 : Prix du meilleur magicien au Canada

2011 : Lancement du Lecleric show

2021 : Record Guinness de la plus longue chaîne de vidéos de magie

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

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