Rapahëlle Delauney dans la galerie d'art de l'Alliance française de Toronto, au 24 Spadina Road. Photo : Sandra Padovani/ONFR
Rencontres

Raphaëlle Delaunay, un parcours sur mesure pour faire rayonner le français

Rapahëlle Delauney dans la galerie d'art de l'Alliance française de Toronto, au 24 Spadina Road. Photo : Sandra Padovani/ONFR

TORONTO – Riche d’une longue expérience en gestion, en pédagogie et en apprentissage du français langue seconde, la nouvelle directrice de l’Alliance française de Toronto, Raphaëlle Delaunay, semble avoir endossé un rôle fait sur mesure pour faire rayonner la langue française. Après un mandat à la tête de l’Alliance française d’Adélaïde en Australie, cette passionnée d’immersion socio-culturelle orchestre depuis 2025 les cinq campus du Grand Toronto, avec la ferme intention d’allier excellence éducative et vitalité artistique.

« Racontez-nous votre parcours et les étapes clés de votre carrière…

Pendant mes études, la culture et les relations internationales m’intéressaient tout particulièrement bien que je me sois dirigée vers le domaine de l’accompagnement managérial pour une start-up. Il s’agissait d’un travail sur les dynamiques de management en entreprise en partant du principe que c’est l’expérience qui fonde la capacité à progresser, avec trois angles d’approche, la formation, le conseil et le coaching. J’ai notamment travaillé pour de grands groupes français tels qu’Air France.

Le PDG a par la suite ouvert une école d’art oratoire et une école de français langue étrangère (appelée français langue seconde au Canada), dont j’ai pris la direction des six campus, trois à Paris, un à Bordeaux, à Nice et à Biarritz, comprenant 6000 étudiants d’une centaine de nationalités différentes.

Vous y êtes restée 11 ans en tout. Est-ce cette expérience orientée autour de la pédagogie et de la langue française qui a été déterminante dans la prise de votre rôle à l’Alliance française?

C’était en effet une forme d’organisation similaire à l’Alliance Toronto, qui compte elle-même 6000 étudiants, cinq campus dans le GTA et un en ligne. Elle est d’ailleurs la première Alliance française d’Amérique du Nord.

J’ai ensuite pris la direction d’une école préparatoire de droit pendant deux ans, avec une refonte de la culture managériale, des réformes pédagogiques, etc. Mais suivant mon intérêt initial pour l’aspect culturel, j’ai finalement repris mes études, un master sur la coopération internationale à la Sorbonne, mêlant des notions de pédagogie et de transfert culturel.

Cela m’a orientée vers le Réseau culturel de la France à l’étranger, auprès duquel j’ai obtenu mon premier poste expatrié de directrice à l’Alliance française d’Adélaïde en Australie.

Portrait de Raphaëlle Delaunay pris à Adélaïde. Photo : gracieuseté

Parlez-nous de votre expérience et du rôle en Australie…

Les AF étant des associations à but non lucratif autonomes en termes de budget et de gouvernance (l’Australie en compte 30), j’ai alors découvert tous les aspects de la gouvernance associative de droit australien, très différent de ce que j’avais connu avant.

Côté programmation pédagogique et culturelle, nous jouissions de la proximité géographique avec la Nouvelle-Calédonie pour les contenus francophones. Aussi, en partenariat avec six Alliances j’ai participé à l’organisation du Alliance française French Film Festival, le plus gros festival de film français hors France, qui rassemble 200 000 spectateurs par an.

Cette période a été marquée par le contexte de la pandémie de COVID avec une fermeture stricte des frontières internationales, et j’ai choisi de retourner trois ans en France avant ma prise de poste à Toronto.

Pourquoi avoir choisi d’endosser un second mandat à l’Alliance française, et au Canada cette fois?  

Même après mon retour en France, je suis restée très attachée à la gouvernance associative, où je me suis d’ailleurs occupée d’une association liée à la jeunesse. Guidée par mon amour du voyage, mon intérêt depuis toujours pour le Canada et la volonté d’immersion culturelle, je me suis lancée.

Raphaëlle Delaunay nous montre une des galeries de l’Alliance française de Toronto sur le campus de Spadina. Photo : Sandra Padovani/ONFR

Vous y êtes installée depuis un peu moins d’un an. Que pensez-vous de Toronto?

C’est toujours une expérience particulière d’arriver dans un endroit où on n’a jamais vécu. La ville de Toronto est extraordinaire, riche d’une telle diversité et d’une multitude de communautés. Découvrir un pays pourvu de deux langues officielles avec le français en situation minoritaire, ce qui, historiquement a représenté des enjeux politiques, est des plus intéressants.

Du point de vue de l’Alliance, ça renforce d’autant plus le rôle de promotion de la langue française et du dialogue interculturel francophone. On essaye d’intégrer un maximum de culture francophone canadienne, environ 80 % de notre programmation.

Pouvez-vous rappeler la raison d’être et les activités principales de l’Alliance française?

Il faut savoir qu’il y a 800 AF dans le monde dont la mission est la promotion et la diffusion de la langue française et des cultures francophones dans les valeurs du bilinguisme canadien – dans le contexte présent – et dans une perspective de dialogue interculturel.

Notre activité se concentre autour de la programmation pédagogique, avec les cours et examens de français pour tous les âges, et aussi la programmation culturelle. On a la chance de disposer d’un théâtre de 143 places et de deux galeries d’exposition. On a plus d’une centaine d’évènements pluridisciplinaires par an : théâtre, cinéma, concerts, conférences, danse, exposition, etc. Les publics scolaires francophones ont aussi leurs propres programmes.

Raphaëlle Delaunay (au première plan, deuxième sur la gauche), entourée de l’équipe de l’Alliance française de Toronto, au campus Spadina. Photo : gracieuseté

Le campus de Markham de l’Alliance française de Toronto. Photo : gracieuseté

Le campus de Mississauga de l’Alliance française de Toronto. Photo : gracieuseté

Le campus de North York de l’Alliance française de Toronto. Photo : gracieuseté

Quels sont vos principaux objectifs en tant que directrice et dans quelle direction aimeriez-vous amener l’AF de Toronto?

En arrivant, j’ai échangé avec les équipes pour se demander vers quoi on avait envie d’aller d’ici quatre ans, qui est la durée de mon mandat.

L’excellence pédagogique nous importe beaucoup, mais aussi la porosité culturelle, qu’un étudiant se sente légitime de bénéficier de la programmation culturelle en français. Développer la programmation culturelle sur les autres campus est un de nos objectifs aussi.

Enfin, de mon expérience managériale, il m’est indispensable d’offrir aux 150 salariés de l’Alliance un environnement de travail responsable et sain.

Comment voyez-vous l’apprentissage du français évoluer via l’Alliance française?

Nous avons un tiers d’enfants et deux tiers adultes apprenants, pour qui la moyenne d’âge, entre 25 et 35 ans, est plutôt jeune. La demande adulte est en augmentation sur presque tous les campus (Spadina, Oakville, Mississauga, North York, Markham et le campus en ligne.)

La demande pour les examens explose, tant les certifications du niveau de langue TEF (Test d’Évaluation de Français) et TCF (Test de Connaissance du Français), que les diplômes DELF (Diplôme d’Études en Langue Française) et DALF (Diplôme Approfondi de Langue Française), certifications officielles et valables à vie délivrées par le Ministère français de l’Éducation nationale. »

1982 : naissance en région parisienne dans une famille nombreuse

2009 : co-écriture d’un livre sur le management d’équipe, Manager une équipe aux Éditions Nathan, en partenariat avec les Echos.fr  

2015 : attentats du Bataclan à Paris qui la marquent particulièrement, alors qu’elle dirige une école de Français langue étrangère étant en charge d’étudiants étrangers en immersion

2019 : arrivée en Australie pour prendre la direction de l’Alliance française d’Adélaïde

2025 : arrivée au Canada en tant que directrice des cinq emplacements de l’Alliance française de Toronto