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André Roy veut faire rayonner l’Université de l’Ontario français

Temps de lecture : 7 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

TORONTO – Depuis le 1er août, André Roy est officiellement à la barre de l’Université de l’Ontario français (UOF) pour un mandat de cinq ans, qui sera réévalué au bout des trois premières années. Rencontre avec le premier recteur de la nouvelle institution franco-ontarienne qui doit accueillir ses premiers étudiants d’ici un an.

« Pour commencer, et c’est la question que l’on a posée à tous nos invités de la Rencontre ONFR+ depuis mi-mars, comment se passe votre confinement ?

Ça a été une période un peu particulière pour moi. Dans le cadre de mes fonctions à Concordia, je devais me rendre en France, mi-mars, pour une rencontre annuelle avec des collègues sur la mobilité francophone internationale et quand je suis arrivé, à Paris, on m’a indiqué au dernier moment que cette réunion était annulée.

Je suis donc revenu plus vite au Canada où j’ai dû me mettre en quarantaine. Comme j’ai la chance d’avoir une maison à la campagne, je m’y suis installé et j’y ai passé finalement presque quatre mois en isolement quasi complet, tout en travaillant à distance. Je dois dire que j’ai trouvé ça un peu dur, parfois, et que les quelques fois où j’ai dû revenir à Montréal, je trouvais ça un peu étourdissant.

Vous êtes entré en poste le 1er août*, comment se déroule ce début de mandat ?

Ça se déroule très bien ! J’ai déjà eu l’occasion de rencontrer presque toute l’équipe, en personne et par Zoom. Nous avons aussi eu la chance que notre vice-recteur aux études et à la recherche, Denis Berthiaume, un candidat d’exception qui a mené une carrière à l’international, puisse entrer en poste rapidement, le 4 août, ce qui aide beaucoup pour planifier toute l’organisation. Les étoiles s’enlignent bien et on avance, notamment dans notre recrutement au niveau des ressources humaines et des finances.

Êtes-vous déjà installé à Toronto ?

Je suis encore dans ma maison de campagne, mais suis déjà allé à Toronto pour trouver mon logement. Tout est arrangé et je vais y emménager le 1er septembre. Je serai à cinq-sept minutes de marche de notre site, sur la rue Jarvis.

Source : Site internet de l’Université Concordia

Vous arrivez dans une université où, comme le soulignait au moment de l’annonce de votre nomination la présidente du conseil de gouvernance, Dyane Adam, tout est à bâtir. Par où allez-vous commencer ?

On ne peut pas commencer par une seule chose, car il y a beaucoup de dossiers à gérer en parallèle. On doit notamment travailler avec les architectes, car le concept de nos locaux doit refléter notre conception pédagogique. On doit aussi mettre en place notre équipe et recruter aux postes clés…

Mais la priorité absolue, pour septembre, c’est de pouvoir annoncer officiellement nos programmes, afin de nous positionner auprès des étudiants, de pouvoir répondre aux questions et de parler des débouchés.

La COVID-19 ne doit pas vraiment aider dans le contexte…

C’est certain que ce n’est pas facile, notamment pour intégrer une équipe et faire en sorte que chacun sente en faire partie. La semaine prochaine, nous aurons une retraite d’équipe à Toronto, ça va nous aider.

Est-ce que la date d’ouverture, prévue pour septembre 2021, est encore réaliste compte tenu de la pandémie ?

Je suis optimiste, si on maintient notre rythme. Les mois d’août et septembre seront décisifs à cet égard, mais nous avons déjà la chance d’avoir M. Berthiaume en poste, ce qui me rassure. Cela dit, il faut être conscient qu’on ne connaît pas l’avenir de la pandémie. S’il y a une deuxième vague, ça peut ralentir l’industrie de la construction et donc, notre projet, ainsi qu’avoir des conséquences sur le recrutement. Il y a encore beaucoup d’incertitude.

Source : Site internet de l’Université Concordia

Les attentes sont très fortes envers l’UOF, vous le savez. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans cette aventure ?

Il y a deux raisons. D’abord, c’est la cause elle-même. Cette université a été acquise grâce à l’immense énergie déployée par la communauté. Je me sens investi d’une mission par rapport à ça, car même si j’ai travaillé huit ans dans un milieu universitaire anglophone, la francophonie est un élément très important pour moi, qui me tient à cœur. Et puis, j’ai été Franco-Ontarien pendant trois ans quand j’étais à Waterloo. (Il sourit)

D’autre part, le côté transdisciplinaire de ce projet m’a beaucoup intéressé. C’est quelque chose sur laquelle j’ai travaillée dans ma carrière de géographe et j’aime l’opportunité que ça offre de faire changer les choses et d’offrir une signature pédagogique renouvelée. 

La route pour faire avancer un tel projet a été semée d’embûches. Aviez-vous suivi tout le dossier de l’automne 2018 quand l’avenir de l’UOF semblait au point mort après les annonces du gouvernement ontarien ?

Je l’ai suivi à distance. Mais, par le plus grand des hasards, j’ai eu la chance d’être là quand le fédéral et la province ont officialisé leur entente, car j’avais une rencontre prévue avec le conseil de gouvernance. C’était un moment unique et historique qui m’a beaucoup touché. Et je sens que c’est une grosse responsabilité pour toute l’équipe de faire de ce projet une réussite.

Ça suppose aussi beaucoup de pression…

Je pense que j’ai l’expérience et la carrière pour m’aider là-dedans. J’ai démontré un sens de l’engagement en éducation supérieure et touché à beaucoup de domaines. Je suis donc assez confiant, tout en gardant une certaine humilité par rapport à cette mission. Parfois, je dois avouer que tout ça me donne un peu le vertige. Mais quand je vois comme les choses avancent, cela me rassure. Je suis déterminé à être à la hauteur de cette responsabilité.

Existe-t-il des parallèles entre l’Université Concordia, qui est une université anglophone dans une province francophone, et l’UOF ?

Oui, dans un certain sens. Déjà, ce sont tous les deux des campus urbains. De plus, Concordia est l’une des universités québécoises les plus agiles et diversifiées au niveau de ses étudiants, ce qu’on veut aussi pour l’UOF.

Cela dit, on ne peut pas comparer la présence anglophone à Montréal qui est très soutenue, avec la communauté francophone que nous voulons desservir ici, car elle est beaucoup plus dispersée géographiquement.

Source : Site internet de l’Université de Montréal

Quelle est votre vision pour l’UOF ?

Je veux que ce ne soit pas simplement une université, mais plutôt un carrefour pour la francophonie, un lieu de rassemblement et d’activités, avec un rôle académique qui s’adresse aux jeunes étudiants, mais aussi à ceux qui sont en formation continue. Nous allons développer des partenariats pour y parvenir avec les organismes et la communauté. Nous avons d’ailleurs une vice-rectrice – partenariats, collectivités et aux relations internationales [Édith Dumont] qui est responsables de développer cet aspect.

Certains membres de la communauté franco-ontarienne auraient aimé que votre poste soit occupé par une personne issue de l’Ontario français. Qu’en pensez-vous ?

Je peux le comprendre, mais quand on regarde mon parcours, il n’est pas exagéré de dire que j’ai des atouts. De plus, j’ai déjà vécu trois ans en Ontario, et même si je n’ai pas été très actif dans la francophonie ontarienne, j’ai développé des contacts avec mes collègues et appris sur le système d’éducation ontarien. Cette cause, je l’endosse. 

Revenons d’ailleurs sur votre expérience en Ontario. Qu’est-ce que vous a appris votre passage à l’Université de Waterloo ?

C’est un moment de ma carrière que j’ai adoré et je serais resté plus longtemps si ça n’avait été pour des raisons personnelles. Après près de 30 ans de carrière, j’aspirais à autre chose et quand Waterloo m’a approché pour devenir le doyen de la Faculté de l’environnement, ça m’a tout de suite intéressé, car c’est une cause à laquelle je crois énormément. J’ai beaucoup aimé le côté agile et innovant de cette université. Et ce que j’y ai appris va me servir aujourd’hui.

L’UOF se situe dans une ville où se trouvent déjà de très nombreuses universités, dont plusieurs prestigieuses. Pourquoi un jeune franco-ontarien devrait-il s’y inscrire ?

Sans nier l’importance de la réputation des autres institutions, je pense que ce que nous avons à proposer, c’est une approche pédagogique et dans la façon d’apprendre qui sera différente. Nous allons être très près de nos étudiants et bien les accompagner.

Nos programmes aussi se démarqueront avec de multiples facettes qui permettront aux étudiants de maîtriser différents savoirs pour répondre aux problèmes et aux enjeux sociaux actuels.

Enfin, ceux qui feront partie de la première cohorte ne doivent pas oublier qu’ils feront partie de l’histoire !

Source : Site internet de l’Université Concordia

Des organismes et des membres de la communauté qui ont travaillé pour la création de cette université, comme le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), déplorent que cette nouvelle institution ne soit pas provinciale, mais juste limitée à Toronto et à sa grande région. Trouvez-vous cette critique légitime ?

C’est un point de vue que je comprends, car les gens qui se sont battus pour ce projet viennent de partout dans la province. Mais nous allons développer des partenariats, comme celui que nous avons déjà avec l’Université de Hearst. Nous ne voulons pas regarder une seule région, mais donner l’opportunité à tous les Franco-Ontariens et à tous les francophones du Canada et à l’international. Ce ne sera pas facile, mais je vais me rendre sur le terrain pour y parvenir.

Vous êtes géographe de formation. Qu’est-ce qui vous avez conduit dans ce domaine ?

En fait, c’est un peu le hasard, même si j’ai toujours aimé la géographie. Je m’étais inscrit à l’école des Hautes études commerciales (HEC) pour travailler en marketing ou en ressources humaines, mais aussi, comme je m’intéressais aux chiffres et à la démographie, en géographie, car la démographie n’était qu’une mineure.

Dès le deuxième cours de géographie, le professeur m’a fait réaliser que je ne savais rien de ce qu’on faisait en géographie ! Ça m’a allumé et j’ai fait un changement à 180 degrés. Je suis devenu scientifique et travaillé toute ma carrière, au Québec et en Europe, sur les rivières, la question de l’érosion des berges, des inondations, puis sur l’impact des changements climatiques.

Finalement, alors que j’étais à Belfast pour suivre les traces de ma grand-mère irlandaise, je me suis posé des questions. J’aimais enseigner, j’aimais la recherche et les projets de recherche avec les étudiants, mais j’étais prêt à passer à autre chose. Et donc, juste après, je suis allé à l’Université de Waterloo.

La recherche ne vous manque pas ?

J’ai continué à Waterloo, mais pas à Concordia. Par contre, j’ai toujours continué d’enseigner. C’est quelque chose que j’aime beaucoup et d’ailleurs, j’espère pouvoir continuer sporadiquement à l’UOF si un de mes collègues, par exemple au programme en environnement urbain, me propose d’intervenir dans son cours. »


LES DATES-CLÉS D’ANDRÉ ROY :

1952 : Naissance à Montréal

1982 : Professeur à l’Université de Montréal

2006 : vice-doyen à la recherche de la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal

2011 : Doyen de la Faculté de l’environnement de l’Université de Waterloo

2014 : Doyen de la Faculté des arts et des sciences de l’Université Concordia

2020 : Devient le premier recteur de l’Université de l’Ontario français

Chaque fin de semaine, ONFR+ rencontre un acteur des enjeux francophones ou politiques en Ontario et au Canada.

*Cette entrevue a été réalisée le 12 août 2020.

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