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Apprentissage du français pour Mary Simon : possible, mais avec « beaucoup de temps et de motivation »

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – « Je m’engage fermement à apprendre le français. » Voilà les propos de Mary Simon quelques minutes après qu’elle a été nommée gouverneure générale du Canada mardi. Mais sera-t-il possible pour celle-ci d’apprendre le français ? Tout à fait, mais ça va prendre de la rigueur et beaucoup de motivation selon trois linguistes qu’ONFR+ a interrogés.

Pour la chercheuse Meike Wernicke, le fait de vivre dans un environnement bilingue à Rideau Hall va lui permettre d’augmenter son exposition au français, aspect vital pour apprendre la langue.

« Elle sera dans un environnement entouré de gens francophones et bilingues qui peuvent interagir avec elle et ça va beaucoup l’aider. On sait que l’apprentissage d’une langue se fait en interaction avec des locuteurs de cette langue. Il y a plusieurs considérations, mais le fait d’écouter la langue, de lire des textes, et surtout d’interagir avec les gens qui parlent va l’aider si elle est prête à l’apprendre », avance la professeure de français en langue seconde à l’Université de la Colombie-Britannique.

Celle qui est devenue la première gouverneure générale autochtone parle l’inuktitut et l’anglais. Elle part déjà avec une bonne base, selon Carole Fleuret, professeure à l’Université d’Ottawa (l’U d’O.).

« La recherche montre très clairement que quand on parle d’autres langues, ces autres langues nous servent de fondement pour apprendre des langues, c’est clairement documenté en recherche. Ça démontre une certaine maniabilité du cerveau et donc, oui, ça peut la servir à apprendre le français », affirme la chercheuse qui se spécialise notamment dans le développement orthographique et l’appropriation de l’écrit en langue seconde.

« Si elle parle français une fois tous les 15 jours et qu’elle parle l’anglais le reste du temps, ça va être très très difficile » Carole Fleuret, professeure de l’Université d’Ottawa

Plusieurs ont pointé du doigt le fait que, même si elle est née au Québec, elle n’a jamais appris le français jusqu’à présent. Mary Simon a expliqué qu’on l’avait privée d’apprendre le français plus jeune en raison du fait qu’elle était allée à l’école dans un externat indien fédéral qui permettait seulement l’éducation en anglais. Il n’est pas toutefois trop tard pour cette dernière, pense une autre professeure de l’U d’O.

« L’hypothèse que plus on est jeune, mieux on apprend une langue n’est pas prouvée par la recherche. Plusieurs chercheurs ont tenté de le prouver, mais ce n’est pas concluant, car il y a plusieurs facteurs qui interviennent dans la réussite et les défis d’apprentissage des langues. Que ce soit le contexte, la méthode, la motivation et les capacités d’apprentissage (…). Le fait qu’elle ait 73 ans n’est pas un obstacle à son apprentissage, ça c’est certain », souligne Catherine Levasseur de l’Institut des langues officielles et du bilinguisme.

Difficile d’apprendre le français ?

Pour cette dernière, il est difficile de dire quels pourraient être les défis ou difficultés que pourrait rencontrer Mme Simon lors de l’apprentissage du français, car c’est différent pour chaque individu, peu importe la langue.

« Il n’y a pas de langue plus difficile ou facile à apprendre. Chaque langue a des particularités et il y a des éléments plus difficiles ou faciles, mais c’est unique à chaque personne. Les anglophones aiment dire que le français est compliqué à apprendre, mais ce n’est pas dans l’absolu. Chaque personne est unique dans l’apprentissage d’une langue. Ce qu’elle (Mary Simon) va trouver difficile ne le sera pas autant pour moi ou vous. »

La gouverneure générale Mary Simon et le premier ministre Justin Trudeau. Capture d’écran Youtube

Concernant la rapidité à laquelle elle pourrait apprendre la langue de Molière, cela va dépendre de son niveau actuel et de sa capacité d’apprentissage, croit une autre professeure de l’Université d’Ottawa.

« Ça dépend d’elle et de la fréquence à laquelle elle parle le français. Si elle parle français une fois tous les 15 jours et qu’elle parle l’anglais le reste du temps, ça va être très très difficile. Si elle le fait sur une base régulière et qu’elle travaille aussi bien l’oral, la lecture et l’écrit tout en étant motivée, elle parlera français d’ici deux à trois ans, c’est sûr », croit Carole Fleuret.

Un discours du trône en français ?

Le lendemain de sa nomination, la ministre des Langues officielles Mélanie Joly a assuré que Mme Simon prononcerait un discours du trône en français. Avec les rumeurs d’élections à l’automne, cela voudrait dire que la nouvelle diplomate pourrait devoir prononcer un discours en français d’ici quelques mois.

« Il y a plein d’artistes qui chantent dans d’autres langues et qui ne parlent pas un mot de la langue. Ce sont des structures répétitives qu’on mémorise et voilà. Ça ne veut pas dire pour autant qu’elle (Mary Simon) parle la langue », nuance Mme Fleuret.

La professeure Levasseur croit que ce genre d’exercice de temps à autre va contribuer à améliorer sa connaissance du français.

« C’est sûr qu’elle ne pourra pas utiliser ces phrases-là de manière spontanée au départ, mais ça va l’exposer au vocabulaire, aux structures et tournures de phrases en français. C’est un outil parmi d’autres qui va contribuer à son apprentissage. Elle va s’habituer à la prononciation des mots et ils vont probablement la coacher un peu. De lire des phrases déjà écrites pour elle semble artificiel, mais ça va contribuer certainement à son exposition au français. »

La meilleure façon d’évaluer ces efforts pourrait être de regarder la compréhension de la langue plutôt que l’usage en premier, croit la professeure Wernicke.

« Les compétences ne sont pas toujours visibles, car elle peut comprendre et lire en français, mais elle ne sera peut-être pas à l’aise de parler. On arrive toujours mieux à comprendre une langue que de la produire. »

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