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Après la pluie, le beau temps à Smooth Rock Falls

Vue aérienne de Smooth Rock Falls. Crédit image: Courtoisie

SMOOTH ROCK FALLS – Après la fermeture de l’usine de pâtes et papiers en 2006, Smooth Rock Falls semblait destiné à disparaître. Cette petite municipalité majoritairement francophone qui longe l’autoroute 11 entre Kapuskasing et Cochrane comptait 2 208 habitants ,en 1986. En 2011, il n’en restait que 1 376. Mais, avec des politiques municipales innovatrices et proactives, la chute s’est stabilisée et un renouveau d’intérêt se développe pour ce petit village.

DIDIER PILON
dpilon@tfo.org | @DidierPilonONFR

«On n’est pas fermé, on n’a pas abandonné et on n’est pas mort», proclame Michel Arseneault, le maire. «On va survivre et on va se rétablir. On est fort et on va être correct.»

Toutefois, cette vision optimiste n’a pas toujours été facile à maintenir. M. Arseneault a vécu la fermeture de l’usine de près. Comme son père et son grand-père avant lui, il a lui aussi travaillé pour l’usine.

«La fermeture de l’usine, c’est un traumatisme pour la communauté qui a laissé des séquelles permanentes», résume Serge Miville, professeur d’histoire à l’Université Laurentienne, originaire de Smooth Rocks Falls. «Le village s’est vidé. Les jeunes, surtout. Si tu as 30 ans et que ça fait cinq ans que tu travailles au moulin, tu ne restes pas à Smooth Rocks Falls. Tu vends ta maison à perte, tu déménages et tu travailles ailleurs.»

Serge Miville, professeur d’histoire à l’Université Laurentienne. Crédit image: gracieuseté

L’exode s’est traduit en une chute de la valeur de l’immobilier. Selon les documents de la municipalité, Smooth Rocks Falls aurait perdu 40 % de son revenu en taxe municipale.

«Le pire, c’était de perdre la jeunesse», acquiesce le maire. «Quand les jeunes adultes ont déménagé, ils ont amené les enfants avec eux. Ça a affecté vraiment toutes les organisations en ville. Ça a vidé les écoles, l’aréna, la piscine. Mais là, on a de plus en plus de familles qui viennent s’établir et on voit de plus en plus de jeunes enfants.»

Toutefois, cette tendance commence à s’inverser. «On ne peut pas confirmer si la population est en croissance», nuance M. Arsenault. «Il faudra attendre le prochain recensement pour avoir les statistiques exactes. Cependant, on voit que le nombre de transferts de propriétés augmente, ce qui veut dire qu’il y a des gens qui arrivent en ville.»

 

Maintenir les services essentiels

Si la municipalité en est arrivée à ce point, c’est grâce au travail et à la vision de Luc Denault, directeur du développement économique de Smooth Rocks Falls, qui a conçu un plan stratégique de 20 ans.

«Lorsque M. Denault nous a dit qu’on avait besoin d’un plan de 20 ans, on s’est mis à rire», avoue le Maire. « Smooth Rocks Falls n’avait jamais eu un plan pour plus de deux semaines. Mais il avait tout à fait raison.»

La première étape était de maintenir les services.

«À Smooth Rock Falls, on n’a pas tout ce qu’on veut. On n’a pas de McDonald’s ou de Tim Hortons. Mais on a tout ce dont vous avez de besoin. On a des restaurants, un hôpital qui donne du service d’urgence en 15 minutes, on a des écoles françaises et anglaises, une bibliothèque, une piscine municipale, et plein d’activités sportives. C’était une priorité de maintenir ça.»

Pour offrir tous ces services à coût réduit,  Smooth Rocks Falls a conclu des ententes de services partagés avec les municipalités environnantes.

«Prenons comme exemple notre camion qui ramasse les ordures», explique M. Denault. «Pour nous, ce n’était pas possible d’acheter un camion neuf. Mais là, on le partage avec une autre municipalité. Ça veut dire qu’elle nous aide à défrayer les coûts de capital, puis elle paye aussi pour les services qu’elle reçoit. Puisqu’on n’a pas d’usine de traitement du recyclage, on emporte notre recyclage à Cochrane.»

Ce système de partage ne se limite pas à l’équipement, mais inclut aussi les ressources humaines.

«On vient de combler un nouveau poste, un gérant des services de protection qui coordonne les services d’urgence et joue le rôle d’agent municipal. Avant ça, comme bien des communautés de la région, on n’avait aucun de ces services. Une entente avec Fauquier, un village d’à peu près 500 habitants à une vingtaine de minutes de route, nous a donné la capacité d’engager quelqu’un à plein temps. C’est bon pour nous et c’est bon pour eux.»

 

Repeupler le territoire

Afin de susciter l’intérêt des citoyens potentiel, la municipalité de  Smooth Rocks Falls s’est dotée d’un système d’incitation généreux.

«La ville s’est réappropriée les propriétés abandonnées», explique M. Denault. «Après trois ans que les propriétaires ne payaient plus les taxes, la ville les a déclarées comme terrains de surplus et tout le monde a eu la chance de les acheter. Celles que personne n’a achetées ont été démolies.»

Le centre-ville de Smooth Rock Falls. Crédit image: wikipedia

La municipalité vend désormais les terrains vacants et, comme incitation, offre un rabais de 90 % si l’acheteur bâtit une maison dans les deux prochaines années. À ceci se rajoutent des rabais sur les permis de construction, et jusqu’à trois ans d’allègement de taxes municipales.

De nouvelles maisons se construisent désormais. «Un investisseur a acheté 17 propriétés et se prépare à bâtir 11 unités sur le terrain, dès cette année», confie M. Arseneault.

 

Ramener les emplois

Sans les emplois qu’apportait l’usine, le village s’est réinventé en banlieue. Selon son site web, 42 % de sa population travaille à l’extérieure de la ville, habituellement à Kapuskasing, à Cochrane et à Timmins. «Les gens s’installent ici parce qu’ils peuvent acheter une maison et vivre dans une communauté sécuritaire pour élever leurs enfants.»

Toutefois, MM. Arseneault et Denault planifient aussi le secteur commercial et industriel.

Lorsque l’épicerie est passée au feu en 2015, la municipalité s’est chargée de rebâtir. Avec une subvention de la Société de gestion du Fonds du patrimoine du Nord de l’Ontario, la ville de Smooth Rock Falls a acheté et rénové un immeuble sur la route 11 afin d’y établir une épicerie.

«On ne savait pas qui allait l’opérer, mais on savait que personne n’allait débarquer et en bâtir une pour nous», avoue le maire. Le 15 décembre 2017, un Freshmart a ouvert ses portes dans le bâtiment que la ville a construit.

La municipalité a aussi commencé à aménager un parc industriel le long de l’autoroute.

«L’objectif, c’est d’avoir les terrains disponibles pour que les entreprises puissent s’établir», explique M. Denault. «On prépare les services d’eau, d’égout, de gaz naturel et d’électricité, comme ça tout sera prêt. En plus, les nouvelles entreprises qui s’installent pourront bénéficier d’un allègement des taxes municipales pour les trois premières années. On offre aussi des prêts, des diminutions des prix des baux.»

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Didier Pilon
dpilon@tfo.org

Originaire de Rockland, Didier Pilon baigne depuis longtemps dans la vie culturelle et communautaire de l’Ontario français. Il est diplômé d’une maîtrise en philosophie politique de l’Université d’Ottawa, où il s’est initié au journalisme au journal indépendant La Rotonde. Il a aussi collaboré avec de nombreux journaux et blogues culturels avant de se joindre à l'équipe d'#ONfr en 2017 pour poursuivre sa passion, l’actualité politique.